Fondamentalisme

(voir aussi Foi)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« L’Écriture et la nature procèdent au même titre du verbe divin, la première dictée par le Saint-Esprit, la seconde exécutrice obéissante des ordres de Dieu. Mais puisque les Écritures, pour s’adapter à la compréhension de tous, soutiennent des propositions opposées dans leur énonciation et dans leur sens immédiat au vrai absolu… il apparaît impossible de se référer à l’Écriture pour mettre en doute les connaissances de la nature. »

Galilei,

Lettere a P.B. Castello – Opere, Edit. Nazionale, Barbera, Firenze, 1911, Vol. XIX, p. 299-305.

« Tant que le sacerdoce aura le droit d’infecter la jeunesse, de l’habituer à trembler devant les mots, d’alarmer les nations au nom d’un Dieu terrible, le fanatisme sera le maître des esprits, l’imposture à volonté portera le trouble dans les États. »

Paul-Henri Thiry d’Holbach, « Système de la nature », t. I, c. 12.

 

 « La volonté du peuple, la démocratie ne peut être souveraine puisqu’elle pourrait s’exprimer en faveur de la neutralité ou de l’indifférence. »

 Pie IX, Encyclique « Quanta Cura » (1864)

«  … je suis incapable de tenir compte d’une « révélation » prétendument faite à nos aïeux dans les temps reculés de notre histoire. Si respectables que me paraissent ce genre de traditions, et quelque rôle qu’elles aient pu jouer dans notre passé moral, je ne puis accepter d’y voir des certitudes de départ. Seules valent, à mes yeux, les croyances qui, à tout moment recréables par l’intelligence, peuvent se former de novo dans l’esprit d’un homme d’aujourd’hui, à partir de matériaux fraîchement fournis par la science ou la libre réflexion. »

Jean Rostand, « Ce que je crois », Grasset, 1953, p. 17.

« « Nous craignons le changement au moins autant que nous en sommes curieux. On dit que l’Occident est le berceau de la liberté, mais il est aussi tenté en permanence par la fuite loin de la liberté et de la connaissance. Nous sommes, estime Carl Sagan, dans l’une de ces périodes où l’humanité hésite. Nous mesurons bien les apports de la science, mais nous sommes tout autant en quête de repères et de mentors qui nous déchargeraient de nos responsabilités.  »
Tel serait, selon Sagan, le sens de la résurgence actuelle de tous les intégrismes. Les nouveaux obscurantistes, religieux ou totalitaires, seraient disposés à se rallier à une même devise : « Arrêtez de penser !  » »

Interview de Carl Sagan par Guy Sorman,
« Les vrais penseurs de notre temps », Fayard, 1989.

 

« La foi a souvent élevé l’homme aux pires déchaînements d’intolérance et de destruction. Aucun compromis n’est possible entre révélations et certitudes concurrentes sur un même territoire. Pensez au Liban, à la Yougoslavie, à l’Irlande du Nord, à l’Inde… Les athées, il est vrai, ne furent pas en reste lorsqu’en 1789, ils saccagèrent les cathédrales au nom de leur « foi » (…)
Les grands mouvements fondamentalistes iranien, algérien, égyptien, pakistanais et bien d’autres considèrent la démocratie comme un sacrilège, une machinerie démoniaque. Comment, en effet, accepter qu’un parti opposé à la foi puisse prendre le pouvoir ? Comment envisager que le pays puisse être mieux dirigé par un autre parti que celui de Dieu ? »

 Jacques Rifflet,
« Les Mondes du Sacré », éd. mols, 2009, p. 191 et 392.

« … si toutes les preuves de l’univers réfutaient le créationnisme, je serais le premier à les admettre, mais je resterais quand même créationniste car c’est ce que semble indiquer la Parole de Dieu. Et je me dois d’en rester là. »

 Kurt Wise, dir. du Center for Origins Research (Dayton)
in
Richard Dawkins, « Pour en finir avec Dieu », Perrin, 2009, p. 360.

« Un des spectacles les plus tristes qu’il nous est donné de voir dans nos rues aujourd’hui est l’image d’une femme emmitouflée dans du noir informe de la tête aux pieds, regardant le monde qui l’entoure par une fente minuscule. La burqa (…) instrument d’oppression des femmes et de répression qui enferme leur liberté et leur beauté, symbole d’une cruauté masculine monumentale et de la soumission féminine à une peur tragique. »

Richard Dawkins, « Pour en finir avec Dieu », Perrin, 2009, p. 459.

 

 « (…) À la différence de l’intégrisme, qui ne recourt pas forcément à la violence et se limite à la pensée (les disciples de Mgr Lefebvre en sont un bon exemple), le fanatisme est une volonté d’incarner ses idées en actes, fussent-ils violents et sans rémission. Les fanatiques islamiques sont des « fondamentalistes », au sens où ils se réclament d’un texte sacré qui n’a pas varié depuis mille quatre cents ans, et dont ils donnent une exégèse littérale (…) Il faut « démythologiser » les textes, aurait dit le grand exégète protestant Rudolf Bultmann, leur accorder une lecture symbolique, spirituelle, dont la force est vivante, et non une lecture littérale qui est, elle, inquiétante et dépassée. »


Odon Vallet
interviewé par Dominique Simonnet, « Le fanatisme, c’est le refus de l’autre »,
http://www.lexpress.fr/culture/livre/09/2001.

« Israël des années 80 est marqué par un autre phénomène : le rabbin Meïr Kahane et son mouvement Kach (C’est ainsi). L’homme avait fait ses premières classes racistes et terroristes aux États-Unis, à la tête de la Ligue de défense juive. Arrivé en Israël en 1971, il est élu député en juillet 1984 et profite dès lors de son immunité parlementaire pour s’attaquer avec violence, verbalement et physiquement, aux Arabes des territoires occupés comme à ceux d’Israël, à la gauche, aux mouvements pacifistes. Il soumettra même au Parlement une législation raciste inspirée des lois anti-juives de Nuremberg promulguées par le III e Reich en 1935 (…)  Plus que fasciste, beaucoup d’observateurs en Israël le considèrent comme nazi, à l’instar du journaliste Yaïr Kotler, qui lui a consacré un livre dont un chapitre s’intitule « Meïr Kahane sur la voie de Hitler« … »

 Joseph Algazy, « Au nom du Grand Israël », Le Monde diplomatique, décembre 1995.

 

« Cabu, Charb, Honoré, Tignous et Wolinsky n’ont jamais confondu le respect de la liberté de croire, conquis par l’émancipation laïque, et le respect des croyances elles-mêmes. Ils ont su qu’on peut critiquer voire tourner en dérision une religion, quelle qu’elle soit, et que ce geste n’a rien à voir avec la stigmatisation d’une personne en raison de sa religion (…)
Ces hommes de culture ne voulaient nullement faire la leçon. Ils incarnaient la liberté vive de l’être humain, cette sorte de langage sans façon qui convoque la pensée dans le sourire provoqué, et produit la conscience émancipée. Ces artistes modestes et tendres n’étaient jamais méchants, mais toujours féroces avec l’inhumanité qu’ils dessinaient sans complexe ni fausse pudeur. Ils dénonçaient l’intolérance et le racisme, la xénophobie et la bêtise meurtrière. Ils s’inscrivent désormais dans la « tradition des opprimés » chère à Walter Benjamin. Ils côtoient Jean Calas et le Chevalier de La Barre, Giordano Bruno et Michel Servet, suppliciés au nom de la religion. Ils sont les héritiers de Voltaire, qui « écrasait l’infâme » dans l’humour du Dictionnaire philosophique, de Diderot qui dénonçait le fanatisme dans La Religieuse, d’Averroès qui invitait à lire le Coran avec distance dans le Discours décisif. »

Henri Peña-Ruiz,
« Pour lutter contre le fanatisme, la laïcité plus que jamais » www.lemonde.fr/2015/01/14.

Foi

(voir aussi Dieu, Fondamentalisme et Religion)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

« Nous ne pourrions pas même croire si nous n’avions pas des âmes raisonnables. Dans les choses qui appartiennent à la doctrine du salut et que nous ne pouvons pas comprendre encore, mais que nous comprendrons un jour, il faut que la foi précède la raison. »

 Saint Augustin, (IV e s. ap. J.-C.), « Lettres 120 ».

 

« C’est le cœur qui sent Dieu et non la raison. Voilà ce que c’est que la foi : Dieu sensible au cœur, non à la raison. »

Blaise Pascal, « Pensées », 1660.

 

 « … le soin des âmes ne saurait appartenir au magistrat civil, parce que son pouvoir est borné à la force extérieure. Mais la vraie religion consiste, comme nous venons de le marquer, dans la persuasion intérieure de l’esprit, sans laquelle il est impossible de plaire à Dieu. Ajoutez à cela que notre entendement est d’une telle nature, qu’on ne saurait le porter à croire quoi que ce soit par la contrainte. La confiscation des biens, les cachots, les tourments et les supplices, rien de tout cela ne peut altérer ou anéantir le jugement intérieur que nous faisons des choses. »

John Locke, « Lettre sur la tolérance », 1689.

 

 « L’univers m’embarrasse et je ne puis songer que cette horloge existe et n’ait point d’horloger. »

Voltaire, « Les Cabales », 1772.

 

« Je ne peux donc jamais admettre Dieu, la liberté, l’immortalité en faveur de l’usage pratique nécessaire de ma raison, sans enlever en même temps à la raison spéculative ses prétentions injustes à des vues transcendantes. Car pour arriver à ces vues, il faut qu’elle emploie des principes qui ne s’étendent en fait qu’aux objets de l’expérience possible, mais qui, dès qu’on les applique à ce qui ne peut être un objet d’expérience, transforment réellement aussitôt cette chose en phénomène et déclarent impossible toute extension pratique de la raison pure. Je dus donc abolir le savoir afin d’obtenir une place pour la croyance. »

Emmanuel Kant, « Critique de la Raison Pure », préface, 1781.

« Quand on a la foi, on peut se passer de la vérité. »

F. Nietzsche (1844-1900)

 

 « Croyance : c’est le mot qui désigne toute certitude sans preuve. La foi est la croyance volontaire. La croyance désigne au contraire quelque disposition involontaire à accepter soit une doctrine, soit un jugement, soit un fait. On nomme crédulité une disposition à croire dans ce sens inférieur du mot. »

Alain, « Définitions », Gallimard, 1953.

 

« La foi soulève des montagnes, oui : des montagnes   d’absurdité. »

André Gide (1869-1951)

 

« Si tout doit avoir une cause, alors Dieu doit avoir une cause. S’il existe quelque chose qui n’ait pas de cause, ce peut être aussi bien le monde que Dieu, si bien que cet argument ne présente aucune valeur (pour démontrer l’existence d’un Créateur). »

Bertrand Russell,
« Pourquoi je ne suis pas chrétien », J.-.J. Pauvert, 1960, p. 25-26.

 

« Lorsque la foi devient haineuse, bénis soient ceux qui doutent ! »

Amin Maalouf

 

 « … la science moderne décrit dorénavant très bien les bases neurales et épigénétiques du besoin de croire. Celui-ci est apparu et s’est développé chez les hominiens dès que ceux-ci se sont rendu compte qu’ils étaient mortels. Pour affronter cette réalité décourageante, leur cerveau a généré des mythes consolateurs, à base de puissances tutélaires, d’au-delà, d’éternité. La capacité à entretenir ces mythes est devenue héréditaire et a permis à l’espèce d’éviter désespoir et suicide. Les athées eux-mêmes reconnaissent que les mêmes bases neurales de la croyance sont activées chez eux quand leur cerveau évoque des croyances plus matérielles, comme la foi irraisonnée au progrès, au triomphe de la vérité, lesquelles découlent elles aussi, si on les prend au pied de la lettre, d’une interprétation subjective d’un certain nombre d’observations statistiques. »

Jean-Paul Baquiast,
« Glissements progressifs… de la science à la manipulation », 22/02/2008, ww.automatesintelligents.com.

« … le besoin de croire, surtout dans le cadre d’un groupe, est inhérent à la nature humaine, probablement gravé dans celle-ci par la sélection naturelle parce que les populations qui croyaient en quelque chose avaient plus de chances que les autres de produire de la progéniture dans les conditions existantes, quelle que soit la vraisemblance de l’objet de la croyance. Historiquement, les religions ont répondu à ce besoin d’une manière exceptionnellement efficace, en proposant des mythes puissants qui s’adressaient directement aux sentiments d’émerveillement et d’effroi que les humains n’ont cessé d’éprouver face aux mystères du monde… »

Christian de Duve, « Génétique du péché originel », O. Jacob, Paris, 2009, p. 193.