Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…
« … aussi bien chez l’homme sain que chez le malade, il se produit fréquemment des actes psychiques qui, pour être expliqués, présupposent d’autres actes qui, eux, ne bénéficient pas du témoignage de la conscience. Ces actes ne sont pas seulement les actes manqués et les rêves, chez l’homme sain, et tout ce qu’on appelle symptômes psychiques et phénomènes compulsionnels chez le malade ; notre expérience quotidienne la plus personnelle nous met en présence d’idées qui nous viennent sans que nous en connaissions l’origine, et de résultats de pensée dont l’élaboration nous est demeurée cachée. Tous ces actes conscients demeurent incohérents et incompréhensibles si nous nous obstinons à prétendre qu’il faut bien percevoir par la conscience tout ce qui se passe en nous en fait d’actes psychiques… »
Sigmund Freud, « L’Inconscient » (1915), Gallimard, 1968.
« … quand Freud a émis pour la première fois l’hypothèse de l’existence de processus mentaux inconscients, elle n’a suscité que protestations et incompréhension. Ce n’était pas seulement une atteinte au bon sens : il était contradictoire en soi d’affirmer qu’il pouvait y avoir des croyances et des désirs inconscients, des sentiments de haine inconscients, des plans d’autodéfense et de vengeance inconscients (…) Nous acceptons désormais sans le moindre sursaut d’incompréhension une foule d’affirmations selon lesquelles des processus compliqués de vérification d’hypothèses, de recherche de souvenirs et d’inférence – en bref de traitement de l’information – ont lieu en nous alors qu’ils sont totalement étanches à l’introspection. Il ne s’agit pas d’activité inconsciente réprimée du genre de celle découverte par Freud, d’activité « invisible » à la conscience, mais seulement d’activité mentale située totalement en deçà ou au-delà de la portée de la conscience. »
Hofstadter et D. Dennett,
« Vues de l’esprit », InterÉditions, 1987, p. 22.
« Quand on a passé 40 ans de sa vie à observer les faits biologiques et quand la biologie générale vous a conduit à travers l’étude du système nerveux vers celle des comportements, un certain scepticisme vous envahit à l’égard de toutes relations d’une expérience vécue exprimée dans un langage conscient. La seule certitude que nous pouvons en retirer c’est que toute pensée, tout jugement nous concernant ou concernant ceux que nous avons rencontrés sur notre route, toute analyse logique de notre vécu n’exprime que nos désirs inconscients, nos automatismes culturels, la recherche plus souvent d’une valorisation de nous-mêmes à nos yeux et à ceux de nos contemporains. »
Henri Laborit,
« La vie antérieure », Grasset, 1989, introduction.