Génie

(voir aussi Créativité)

 Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« … il s’élève d’un vol d’aigle vers une vérité lumineuse, source de mille vérités auxquelles parviendra dans la suite en rampant la foule timide des sages observateurs. Mais à côté de cette vérité lumineuse, il placera les ouvrages de son imagination : incapable de marcher dans la carrière et de parcourir successivement les intervalles, il part d’un point et s’élance vers le but ; il tire un principe fécond des ténèbres ; il est rare qu’il suive la chaîne des conséquences… »

Denis Diderot,« Encyclopédie », 1757, article « génie ».

 

 

« Un homme de génie ne pense pas seulement plus vite que nous, il pense différemment, ou du moins tout se passe comme s’il pensait différemment. Que ses exceptionnelles facultés inventrices soient en rapport avec une supériorité du pouvoir réflexif, ou avec certaines particularités de l’affectivité – c’est là tout le problème du génie –, toujours est-il qu’il perçoit des relations qui échappent au commun des mortels, qu’il rompt des associations de concepts qu’on eût pu croire définitives pour en créer de nouvelles, qu’il aboutit à des synthèses originales et imprévues, et résout, en les posant à sa manière, des problèmes qui semblaient jusqu’alors insolubles. »

Jean Rostand,
« Ce que je crois », Grasset, 1953, p. 113.

« Les mots et le langage, écrits ou parlés, ne semblent pas jouer le moindre rôle dans le mécanisme de ma pensée. Les entités psychiques qui servent d’éléments à ma pensée sont certains signes, ou des images plus ou moins claires, qui peuvent à volonté être reproduits et combinés. »

Albert Einstein in Jacques Hadamard,
« Essai sur la psychologie de l’invention dans le domaine mathématique », Blanchard, 1959.

 

« Un phénomène est certain et je puis répondre à son absolue certitude : c’est l’apparition soudaine et immédiate d’une solution au moment même d’un réveil soudain. Ayant été réveillé très brusquement par un bruit extérieur, une solution longuement cherchée m’apparut immédiatement sans le moindre instant de réflexion de ma part – fait assez remarquable pour m’avoir frappé de façon inoubliable – et dans une voie entièrement différente de toutes celles que j’avais tenté de suivre auparavant. »

Basarab Nicolescu,
« Nous, la particule et le monde »,
Le Mail, 1985, p. 126.

 

 « Il semble que l’intuition des nombres, comme celle des autres objets mathématiques, ne repose pas tant sur la manipulation de symboles que sur une perception directe de leurs relations significatives. »

Stanislas Dehaene,
« La bosse des math », Jacob, 2006, p. 169.

 

 « Si nous avions la possibilité de faire du génie génétique ultra performant, ou si nous avions plus de connaissances en intelligence artificielle, il est probable que nous pourrions créer des êtres plus intelligents que nous, parce que, à la différence de l’évolution, nous n’aurions pas à progresser laborieusement de petite adaptation en petite adaptation, nous pourrions d’un seul jet concevoir la structure finale et la fabriquer. »

Serge Boisse,
« L’esprit, l’IA et la singularité », Lulu.com, 2007, p. 99.

 

« Daniel Tammet est un génie. Diagnostiqué Asperger (une forme d’autisme légère), ce jeune britannique, capable de prouesses cérébrales hallucinantes, détrône les calculatrices. Le 14 mars 2004, devant un jury de mathématiciens, il réussit l’exploit de réciter de tête les 22 514 premières décimales du nombre Pi. Il cumule le syndrome d’Asperger avec un phénomène neurologique moins connu, la synesthésie. C’est grâce à elle qu’il visualise les chiffres et les lettres de façon colorée, sous forme de paysages abstraits.
Ses capacités ne s’arrêtent pas là. Daniel Tammet est fasciné par le calcul calendaire, apprend les langues rapidement et est considéré dans le monde scientifique comme la « pierre de rosette » de l’autisme. Il a réussi là où beaucoup en étaient incapables : mettre des mots sur les mystères du cerveau. « Mon cas reste intéressant, mais loin d’être unique, ce qui me réjouit car cela montre que je ne suis pas un extraterrestre« , dit-il. »

Julia Baron,
« Daniel Tammet : « Je ne suis pas un extraterrestre » »,

http://www.liberation.fr , nov. 2013.

Créativité

(voir aussi Génie et Intuition)

 Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

« L’histoire des découvertes scientifiques et techniques nous enseigne que les hommes sont pauvres en idées originales et en imagination créatrice. Même quand les conditions extérieures et scientifiques pour la naissance d’une idée existent depuis longtemps, il faut le plus souvent un motif extérieur pour qu’elle se réalise ; l’homme doit, pour ainsi dire, buter sur la chose avant que la pensée vienne. »

Albert Einstein,
« Comment je vois le monde », Flammarion, 1958, p. 199.

 

 « On parle de créativité à propos d’une œuvre d’art. Qu’est-ce que cela représente à côté de l’énergie créative qui agite un homme mille fois par jour, bouillonnement de désirs insatisfaits, rêveries qui se cherchent à travers le réel, sensations confuses et pourtant lumineusement précises, idées et gestes porteurs de bouleversements sans nom (…) Que chacun pense, plus précisément, à l’incroyable diversité de ses rêves, paysages autrement colorés que les plus belles toiles de Van Gogh. Qu’il pense au monde idéal bâti sans relâche sous son regard intérieur tandis que ses gestes refont le chemin du banal. »

Raoul Vaneigem,
« Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations », nrf, Gallimard, 1967.

 

 « Le discours d’entreprise associe volontiers la créativité, l’innovation et la flexibilité (…)
Le mot renvoyant de plus en plus à cette qualité productrice de valeur ajoutée, favorisant le développement des performances de l’entreprise, il va envahir tout un pan du discours politique prônant la libéralisation des marchés et la concurrence effrénée (…)
Dans ce nouveau contexte, la créativité doit être redéfinie comme une aptitude favorisant l’émergence de solutions ou l’adoption de démarches assurant à la productivité d’un secteur d’activité sa rentabilité maximale. »

Gérard Mans,
in « Les nouveaux mots du pouvoir », Durand dir., Éd. Aden, Bruxelles, 2007, p. 113-114.

« Tout créateur artistique sait qu’il faut laisser venir en soi une vaste respiration, une latence apparemment inerte, un vide, pour que germe, soudain, une idée construite, presque plénière, de l’œuvre à venir.
Il y a une part en nous qui suit un chemin qui se dérobe dès que l’on tente de le découvrir sur la carte du rationnel. Une part qui nourrit la créativité, qui ouvre à la répartie, qui surprend celui-là même qui l’émet. »

 Jacques Rifflet,
« Les Mondes du Sacré », Éd. mols, 2009, p. 57.

« La créativité survient lorsque le rapprochement d’au moins deux éléments différents façonne un ensemble qui prend du sens. Le plus souvent la créativité résulte de l’injection signifiante d’un domaine inhabituel à l’intérieur d’une pratique conventionnelle (…)
Aujourd’hui, de nombreux artistes accèdent à un épanouis­sement grâce à la découverte de la vie des artistes qu’ils admirent, ce qui leur permet de réfléchir à leur propre histoire et de la comprendre.
Nous parvenons à une époque nouvelle où la créativité n’émerge plus seulement de la souffrance et de sa mise en spectacle plus ou moins révoltée, mais aussi d’un épanouissement. Les déplacements nécessaires à la créativité sont maintenant expé­rimentés par des artistes attentifs à revendiquer une histoire personnelle caractérisée par des progrès sensoriels et relationnels. »

Eugène Michel,
« Souffrance, plaisir et créativité artistique », www. dcalin.fr/publications, 2014.