Paix

( voir aussi Guerre)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« … nous ne choisissons pour nos rois que les plus faibles, les plus doux, les plus pacifiques ; encore les changeons-nous tous les six mois, et nous les prenons faibles afin que le moindre à qui ils auraient fait quelque tort se pût venger d’eux ; nous les choisissons doux afin qu’ils ne haïssent ni ne se fassent haïr de personne, et nous voulons qu’ils soient d’une humeur pacifique pour éviter la guerre, le canal de toutes les injustices. »

Cyrano de Bergerac,
« Histoire comique des États et Empires du Soleil »
, 1662.

 

 « Se rendre inoffensif tandis qu’on est le plus redoutable, guidé par l’élévation du sentiment, c’est là le moyen pour arriver à la paix véritable qui doit toujours reposer sur une disposition d’esprit paisible, tandis que, ce que l’on appelle la paix armée, telle qu’elle est pratiquée maintenant dans tous les pays, répond à un sentiment de discorde, à un manque de confiance en soi et envers le voisin, et empêche de déposer les armes soit par haine, soit par crainte. Plutôt périr que de haïr et de craindre, et plutôt périr deux fois que de se laisser haïr et craindre. »

Frédéric Nietzsche,
« Le voyageur et son ombre »,
Mercure de France, 1909.

 

 « Il faut se rendre compte que les groupes industriels puissants qui participent à la fabrication des armes sont, dans tous les pays, opposés au règlement pacifique des litiges internationaux, et que les gouvernants ne pourront atteindre ce but important [la paix internationale] que s’ils sont assurés de l’appui énergique de la majorité de la population (…)
Gandhi, le plus grand génie politique de notre temps, a indiqué le chemin et montré de quels sacrifices les hommes sont capables quand ils ont reconnu le bon chemin (…) On ne peut pas arriver à une véritable paix, si l’on règle sa façon d’agir sur la possibilité d’un conflit futur – surtout quand il devient de plus en plus clair qu’un tel conflit belliqueux signifierait l’anéantissement général. »

 A. Einstein,
« Comment je vois le monde », Flammarion, 1958, p. 58, 60 et 100.

 

« On n’est pas obligé de se laisser faire du tort. Mais il ne faut pas non plus répondre par la violence. Le non-violent montre sa force non pas en étant passif, non pas en ne réagissant pas, mais en étant spirituellement et émotionnellement actif pour convaincre l’adversaire qu’il est sur le mauvais chemin. Il ne s’agit donc pas d’une « non résistance passive au mal », mais d’une résistance non-violente active au mal (…)
Celui qui résiste par la non-violence peut très bien participer à des boycotts ou à des grèves, mais il est conscient que ces actions ne sont pas des fins en soi, et qu’elles visent essentiellement à susciter de la honte chez l’adversaire pour son comportement. Le but recherché, c’est non pas l’humiliation de l’autre, qui génère violence et amertume, mais c’est toujours la réconciliation… »

James M. Washington,
« The essential Writings and Speeches of Martin Luther King »,
Harper, San Francisco, 1991, p.16-18.

 

« L’expression processus de paix a tellement été utilisée pour masquer des stratégies géopolitiques ou des intérêts économiques qu’on ne peut la prendre qu’avec des pincettes et qu’elle aurait bien besoin d’un sérieux ravalement sémantique (…) Le mot [processus] participe pour une large part, peu visible de prime abord, d’une vision déshumanisée du monde, c’est-à-dire déshistorisée et désocialisée. Comme si le processus consistait en un développement automatique, exempt de tout rapport de forces, de tout rapport d’inégalité entre les parties. Et comme si la paix était le produit presque manufacturé d’une industrie du consentement mutuel. »

 Henri Deleersnijder, in « Les nouveaux mots du pouvoir »,
Durand dir., Éd. Aden, Bruxelles, 2007, p. 337.

 

 « On s’alarme des guerres du Golf devenues rituelles. Mais que sont-elles, sinon les mini-dysfonctionnements d’une Pax americana qui fonctionne à merveille sur le principe du Si vis pacem, para bellum. À moins que ce ne soit la paix elle-même qui, en freinant les logiques de guerre, apparaisse comme un dysfonctionnement majeur dans l’innocente expansion du way of life américain… »

François Brune,
« Longue vie au dysfonctionnement ! », Le Monde diplomatique, juin 2003.

« Les membres permanents du Conseil de Sécurité, dont la première mission est d’aider à résoudre pacifiquement les conflits entre États, sont les plus grands exportateurs d’armes (la Russie et la France viennent de dépasser les États-Unis)… celles-ci étant essentiellement destinées à des pays sous-développés, gangrenés par des régimes corrompus. »

 Yves Thelen,
«Éveil à l’esprit philosophique », L’Harmattan, 2009, p. 105.

 

Guerre

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…  

« Le meilleur moyen de se défaire d’un ennemi, c’est de s’en faire un ami. »

Henri IV


« Si mon partenaire voit en moi un ennemi, il se trompe : son ennemi est en lui ! »

Maxime propre à la voie martiale

 

 « Si tu veux la paix, prépare la guerre ! »

Publius F. Vegetius, « Epitoma rei militaris », (IV e -V e s.)

 

 « Si la raison gouvernait les hommes, si elle avait sur les chefs des nations l’empire qui lui est dû, on ne les verrait point se livrer inconsidérément aux fureurs de la guerre. Ils ne marqueraient point cet acharnement qui caractérise les bêtes féroces. Attentifs à conserver une tranquillité de laquelle dépend leur bonheur, ils ne saisiraient point toutes les occasions de troubler celle des autres. »

Denis Diderot, « Encyclopédie », 1765.

 « À quoi sers-tu, géante, à quoi sers-tu, fumée,
Si tes écroulements reconstruisent le mal,
Si pour le bestial tu chasses l’animal,
Si tu ne sais, dans l’ombre où ton hasard se vautre,
Défaire un empereur que pour en faire un autre ? »

Victor Hugo,« L’année terrible », 1872.

« C’est à Napoléon (et nullement à la Révolution française qui cherchait la fraternité entre les peuples et les universelles effusions fleuries) que nous devons de pouvoir pressentir maintenant une suite de quelques siècles guerriers qui n’aura pas son égale dans l’histoire, en un mot, d’être entrés dans l’âge classique de la guerre, de la guerre scientifique en même temps que populaire, de la guerre faite en grand (de par les moyens, les talents et la discipline qui y seront employés). Tous les siècles à venir jetteront sur cet âge de perfection un regard plein d’envie et de respect. »

Frédéric Nietzsche, « Le gai savoir », 1882.

« La première crainte qu’inspirait la guerre que personne n’avait voulue, ni les peuples, ni le gouvernement ; cette guerre qui avait glissé contre leur intention des mains maladroites des diplomates, qui en jouaient et bluffaient, s’était transformée en un subit enthousiasme (…) Et malgré la haine et mon horreur de la guerre, je ne voudrais pas être privé dans ma vie du souvenir de ces premiers jours. Les milliers et les centaines de milliers d’hommes sentaient comme jamais, ce qu’ils auraient dû mieux sentir en temps de paix, à savoir à quel point ils étaient solidaires. »

Stephan Zweig, « Le monde d’hier. Souvenirs d’un Européen », 1944.

 

« Comment est-il possible que la masse se laisse enflammer jusqu’à la folie et au sacrifice ? Je ne vois pas d’autre réponse que celle-ci : l’homme a en lui un besoin de haine et de destruction. En temps ordinaire, cette disposition existe à l’état latent et ne se manifeste qu’en période anormale ; mais elle peut être éveillée avec une certaine facilité et dégénérer en psychose collective (…) je n’ai parlé jusqu’ici que de la guerre entre États, en d’autres termes, des conflits dits internationaux. Je n’ignore pas que l’agressivité humaine se manifeste également sous d’autres formes et dans d’autres conditions (par exemple la guerre civile, autrefois causée par des mobiles religieux, aujourd’hui par des mobiles sociaux, — la persécution des minorités nationales). Mais c’est à dessein que j’ai mis en avant la forme de conflit la plus effrénée qui se manifeste au sein des communautés humaines, car c’est en partant de cette forme-là qu’on décèlera le plus facilement les moyens d’éviter les conflits armés. »

Lettre d’Albert Einstein à Sigmund Freud (1932)

Réponse de Sigmund Freud

«  (…) Droit et violence sont actuellement pour nous des antinomies. Il est facile de montrer que l’un est dérivé de l’autre (…) Les conflits d’intérêts surgissant entre les hommes sont donc, en principe, résolus par la violence. Ainsi en est-il dans tout le règne animal, dont l’homme ne saurait s’exclure (…) l’instinct de conservation est certainement de nature érotique ; mais c’est précisément ce même instinct qui doit pouvoir recourir à l’agression, s’il veut faire triompher ses intentions. De même l’instinct d’amour, rapporté à des objets, a besoin d’un dosage d’instinct de possession, s’il veut en définitive entrer en possession de son objet (…) Avec une petite dépense de spéculation, nous en sommes arrivés à concevoir que cette pulsion [ l’instinct de destruction ] agit au sein de tout être vivant et qu’elle tend à le vouer à la ruine, à ramener la vie à l’état de matière inanimée. Un tel penchant méritait véritablement l’appellation d’instinct de mort, tandis que les pulsions érotiques représentent les efforts vers la vie (…) et nous avons tenté de faire dériver toute une série de phénomènes normaux et pathologiques de cette réversion intérieure de la pulsion destructrice (…) l’application de ces forces instinctives à la destruction dans le monde extérieur soulage l’être vivant et doit avoir une action bienfaisante. Cela peut servir d’excuse biologique à tous les penchants haïssables et dangereux contre lesquels nous luttons… »

classiques.uqac.ca/

« Je ne sais pas comment sera la troisième guerre mondiale, mais ce dont je suis sûr, c’est que la quatrième guerre mondiale se résoudra à coups de bâtons et de silex. »

Albert Einstein (1879-1955)

 

 « Les guerres, ce sont des gens qui ne se connaissent pas et qui s’entre-tuent parce que d’autres gens qui se connaissent très bien ne parviennent pas à se mettre d’accord. »

Paul Valéry (1871-1945)

 

« La guerre détruit ceux que l’on appelle ses ennemis, mais en réalité, ces ennemis sont une part de nous-mêmes. Et parce que le monde est une entité unique, la destruction de l’ennemi s’apparente à la destruction de soi-même. »

« Le désarmement extérieur procède d’un désarmement intérieur. La seule garantie de paix se trouve à l’intérieur de nous-mêmes. »

« Les problèmes et les rivalités d’aujourd’hui doivent se résoudre par le dialogue, il n’y a pas d’autre solution. La victoire écrasante d’un seul camp n’est plus acceptable. Nous devons travailler à résoudre les conflits dans un esprit de conciliation, en tenant compte des intérêts de chacun… Je pense sincèrement que la violence a fait son temps. Seule la non-violence apportera de véritables solutions. »

Lhamo Dondump, Dalaï Lama

 

« Depuis le début de l’histoire, les jours consacrés à la guerre sont plus nombreux que les jours consacrés à la paix. La vie de société est une guérilla permanente (…) Chaque partenaire y est nécessairement, ou tyran, ou esclave. Le regard d’autrui me vole mon univers, la présence d’autrui fige ma liberté, son élection m’entrave. L’amour est une infection mutuelle, un enfer… »

Emmanuel Mounier,
« Le Personnalisme »,
PUF, 1950.

La guerre est le meilleur moyen de se faire des ennemis !

Yves Thelen