Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…
« L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature; mais c’est un roseau pensant. Il ne faut pas que l’univers entier s’arme pour l’écraser : une vapeur, une goutte d’eau suffit pour le tuer. Mais quand l’univers l’écraserait, l’homme serait encore plus noble que ce qui le tue, parce qu’il sait qu’il meurt, et l’avantage que l’univers a sur lui, l’univers n’en sait rien. »
« L’homme n’est ni ange ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête. »
Blaise Pascal, « Pensées », 1669.
« L’homme est un loup pour l’homme… (Thomas Hobbes) ce qui, vous en conviendrez, n’est pas très gentil pour le loup ! » (Serge Bouchard)
« Les hommes sont pervers ; ils seraient pires encore s’ils avaient eu le malheur de naître savants. »
Jean-Jacques Rousseau, « Discours sur les sciences et les arts », 1ère partie, 1750.
« On prétend que Dieu a fait l’homme à son image, mais l’homme le lui a bien rendu. »
Voltaire, « Œuvre complètes ».
« Qui sait si ce bipède déformé, qui n’a que quatre pieds de hauteur, qu’on appelle encore dans le voisinage du pôle un homme, et qui ne tarderait pas à perdre ce nom en se déformant un peu davantage, n’est pas l’image d’une espèce qui passe ? Qui sait s’il n’en est pas ainsi de toutes les espèces d’animaux ? Qui sait si tout ne tend pas à se réduire à un grand sédiment inerte et immobile ? »
Denis Diderot, « Le rêve de d’Alembert », 1769.
« L’homme est une corde tendue entre la bête et le surhumain, une corde par-dessus l’abîme. Il est dangereux de passer de l’autre côté, dangereux de rester en route, dangereux de regarder en arrière ; frisson et arrêt sont dangereux.
Ce qu’il y a de grand dans l’homme, c’est qu’il est un pont et non un but ; ce que l’on peut aimer en l’homme, c’est qu’il est un passage et un déclin. J’aime ceux qui ne savent vivre autrement que pour disparaître, car ils passent au-delà. »
Frédéric Nietzsche,
« Ainsi parlait Zarathoustra », (1883) Flammarion.
« …
Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,
Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tous jamais tes esclaves soumis,
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire
Tu seras un homme, mon fils. »
Rudyard Kipling, « If », 1895.
« Chaque homme est lié à ceux qui le précèdent et à ceux qui le suivent. Il se fond en quelque sorte en eux. L’humanité n’est pas composée d’éléments séparés, comme les molécules d’un gaz. Elle ressemble à un réseau de filaments qui s’étendent dans le temps, et portent, comme les grains d’un chapelet, les générations successives d’individus. »
Alexis Carrel,
« L’homme cet inconnu », Plon, 1936, p. 213.
« N’y a-t-il pas quelque chose d’un peu absurde dans le spectacle d’êtres humains qui tiennent devant eux un miroir et qui pensent que ce qu’ils y voient est tellement excellent que cela prouve qu’il doit y avoir une Intention Cosmique qui, depuis toujours, visait ce but… Si j’étais tout-puissant et si je disposais de millions d’années pour me livrer à des expériences dont le résultat final serait l’Homme, je ne considérerais pas que j’aurais beaucoup de raisons de me vanter. »
Bertrand Russel,
« Religion et Science », Thornton Butterworth, 1935.
« L’homme est le seul animal qui se prend pour autre chose qu’un animal. »
anonyme
« L’homme est non seulement tel qu’il se conçoit, mais tel qu’il se veut, et comme il se conçoit après l’existence, l’homme n’est rien d’autre que ce qu’il se fait. »
Jean-Paul Sartre, « L’existentialisme est un humanisme »,
Nagel, 1946, p. 22.
« – Le professeur Rampole, continuait Sir Arthur, a précisé ce changement de qualité : la différence entre l’intelligence de l’homme de Néanderthal et celle d’un grand singe ne devait pas être bien grande en quantité. Mais elle a dû être énorme dans leur rapport avec la nature : l’animal a continué de la subir. L’homme a brusquement commencé à l’interroger (…) L’animal fait un avec la nature. L’homme fait deux. Pour passer de l’inconscience passive à la conscience interrogative, il a fallu ce schisme, ce divorce, il a fallu cet arrachement. N’est-ce point la frontière justement ? Animal avant l’arrachement, homme après lui ? Des animaux dénaturés, voilà ce que nous sommes. »
Vercors (Jean Bruller)
« Les animaux dénaturés », Albin Michel, 1952, p. 321-322.
« L’une des choses que je crois avec le plus de force, – l’une des rares dont je sois à peu près sûr -, c’est qu’il n’existe, de nous à l’animal, qu’une différence du plus ou moins, une différence de quantité et non point de qualité; c’est que nous sommes de la même étoffe, de même substance que la bête. Cette solidarité, cette continuité entre le règne animal – voire tout le monde vivant – et le canton humain, elle me semble devoir s’imposer à toute personne ayant disséqué un insecte, assisté au frémissement d’un protoplasme, vu un oeuf se modeler en embryon.»
Jean Rostand, « Ce que je crois », Grasset, 1953, p. 20-21.
« D’un côté la confortable, satisfaisante et passive acceptation des croyances, de l’autre la définitive impossibilité d’une connaissance rigoureuse du réel ; entre elles, le chemin de crête qui mène vers la connaissance est étroit. Sur ce chemin, l’homme est seul ; aucune autre espèce n’a reçu de la nature le privilège d’y progresser. Le sommet ne sera jamais atteint ; mais s’en approcher est l’un des bonheurs dont chacun peut enrichir son parcours. »
Albert Jacquard, « À toi qui n’est pas encore né(e)»,
Calmann-Lévy, Poche, 2000, p. 159.
« Je suis désolé de devoir l’écrire : l’homme n’est pas bon, sauf au sens du cannibale qui le cuisine (…) Nous sommes querelleurs, menteurs, voleurs, meurtriers, tortionnaires et fiers de l’être. Nous aimons nos pirates, nos soudards et nos mercenaires. Nous approuvons la soldatesque qui pille et égorge pourvu qu’elle nous « protège ». Nous décorons nos « héros ». Nous les élevons au rang de « martyrs » quand ils se font exploser au nom d’Allah. Nous leur dressons des statues. »
Yves Paccalet, « L’humanité disparaîtra, bon débarras ! »,
Flammarion, 2013, p. 90-92.
« La condition inhumaine qui est la nôtre aujourd’hui est celle de l’homme, de la femme, de l’enfant qui doivent se redéfinir, accepter que leur état, leur être, leur essence ne sont possibles que par le chevauchement entre le mammifère bipède qu’ils sont et les outils, machines et technologies qui les entourent ; elle est celle de l’homme, de la femme et de l’enfant qui perçoivent soudain, par les sciences, les recherches, les couches de réalité qui émergent du ventre des machines, de par l’impossibilité de clairement définir un individu, de circonscrire son principe, de cerner son ontologie, qu’ils ne sont intelligents et conscients que par et grâce aux outils, que sans ces derniers, ils ne seraient toujours que primates… »
Ollivier Dyens,
« La condition inhumaine, essai sur l’effroi technologique »,
Flammarion, 2008, p. 21.
« 4.3.2. Paradoxe humain
L’évolution de l’humanité implique la destruction de la vie dont elle dépend. Le principe d’évolution universel contraint l’humanité à agir contre son propre intérêt.
4.3.4. Impasse évolutive
L’humain ne peut agir en fonction de deux intérêts incompatibles, il ne peut pas exister et détruire ce qui le fait exister. »
Vincent Mignerot,
« Essai sur la raison de tout », Editions Solo, 2014, p.75.
« Pourquoi Homo sapiens, autrement dit celui qui sait, celui qui a découvert l’agriculture, l’élevage et la civilisation, s’est-il fait piéger par le changement climatique et les conflits politico-religieux qui aboutissent aujourd’hui à des guerres et aux déplacements des populations ? (…) L’homme est-il devenu un inadapté de la nature, un animal raté ? »
Pierre Jouventin
« L’homme, cet animal raté », Libre et Solidaire, 2016.