Humanisme

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

« Né et développé à la Renaissance avec la redécouverte de la civilisation gréco-romaine, l’humanisme reste-t-il pertinent pour penser le monde qui vient dans lequel le concept d’humanité est peut-être dépassé ?
Que faut-il en garder ? Faut-il parler de posthumanisme, de transhumanisme ou, comme le suggère l’artiste-philosophe québécois Hervé Fischer, d’hyperhumanisme ? Longtemps force de progrès et de résistance à l’obscurantisme religieux, l’humanisme vieillissant de notre temps, s’il n’y prend pas garde, s’expose paradoxalement à devenir une force conservatrice et anti-scientifique alliée aux forces rétrogrades des Eglises et des intégrismes qui ont pourtant toujours été ses ennemis (…)
Le pire n’est pas forcément à venir. Mais encore faut-il que l’humanisme contemporain, s’il veut se survivre et innerver de ses valeurs l’organisation future des sociétés, sache adopter les bonnes lignes de conduite intellectuelle. La première est d’entendre ce que nous dit la science et comprendre les possibles vers lesquels elle nous mène. La deuxième est de revisiter ses fondamentaux afin de les distinguer des postures figées l’empêchant de penser les temps présents et à venir à l’aune de ses véritables valeurs, basées sur la rationalité, la connaissance, l’éducation, l’ouverture à l’autre, le libre arbitre et la dignité égale de tous les êtres humains. »

Présentation par Paul Baquiast du livre de
Jean-Paul Baquiast, « Ce monde qui vient »,
L’Harmattan, 2015, www.automatesintelligents.com

Dans la civilisation occidentale, l’humanisme a pris deux visages antinomiques. Le premier est celui de la quasi-divinisation de l’humain, voué à la maîtrise de la nature. C’est en fait une religion de l’homme se substituant au dieu déchu (…) C’est cette face de l’humanisme qui doit disparaître. Il faut cesser d’exalter l’image barbare, mutilante, imbécile, de l’homme autarcique surnaturel, centre du monde, but de l’évolution, maître de la Nature.
L’autre humanisme a été formulé par Montaigne en deux phrases : « Je reconnais en tout homme mon compatriote » ; « On appelle barbares les peuples d’autres civilisations ». Montaigne a pratiqué son humanisme dans la reconnaissance de la pleine humanité des indigènes d’Amérique cruellement conquis et asservis (…)
La possibilité de la métamorphose technoscientifique transhumaniste appelle nécessairement et instamment la métamorphose psychologique, culturelle et sociale qui naîtrait d’une voie nouvelle nourrie par un humanisme régénéré. »

Edgar Morin,
« Les deux humanismes »,
Le monde diplomatique, supplément, oct. 2015