Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…
« Nous connaissons la vérité, non seulement par la raison, mais encore par le cœur ; c’est de cette dernière sorte que nous connaissons les premiers principes et c’est en vain que le raisonnement, qui n’y a point de part, essaie de les combattre (…) c’est sur ces connaissances du cœur et de l’instinct qu’il faut que la raison s’appuie, et qu’elle fonde tout son discours. Le cœur sent qu’il y a trois dimensions dans l’espace et que les nombres sont infinis, et la raison démontre ensuite qu’il n’y a point deux nombres carrés dont l’un soit le double de l’autre. Les principes se sentent, les propositions se concluent… »
Blaise Pascal, «Pensées », 1670.
« L’Analyse pure met à notre disposition une foule de procédés dont elle nous garantit l’infaillibilité ; elle nous ouvre mille chemins différents où nous pouvons nous engager en toute confiance ; nous sommes assurés de n’y pas rencontrer d’obstacles ; mais, de tous ces chemins, quel est celui qui nous mènera le plus promptement au but ? Qui nous dira lequel il faut choisir ? Il nous faut une faculté qui nous fasse voir le but de loin, et, cette faculté, c’est l’intuition. Elle est nécessaire à l’explorateur pour choisir sa route, elle ne l’est pas moins à celui qui marche sur ses traces et qui veut savoir pourquoi il l’a choisie. »
Henri Poincaré, « La valeur de la science », 1905.
« L’intuition est une fonction très naturelle, parfaitement normale et nécessaire ; elle s’occupe de ce que nous ne pouvons ni sentir, ni penser, parce que cela manque de réalité, comme le passé qui n’en a plus et l’avenir qui n’en a pas autant que nous le pensons. Nous devons être très reconnaissants au ciel de posséder une fonction qui nous octroie certaines lumières sur ce qui est « par delà les choses ». »
C. Jung,
« L’homme à la découverte de son âme » (1928), Albin Michel, 1987.
« L’intuition représente l’attention que l’esprit se prête à lui-même. Cette attention peut être méthodiquement cultivée et développée. Ainsi se constituera une science de l’esprit, une métaphysique véritable… »
Henri Bergson, « La pensée et le mouvant », 1934.
« Mais le renard revint à son idée :
(…) Et puis regarde ! Tu vois, là-bas, les champs de blé ? Je ne mange pas de pain. Le blé pour moi est inutile. Les champs de blé ne me rappellent rien. Et ça, c’est triste ! Mais tu as les cheveux couleur d’or. Alors ce sera merveilleux quand tu m’auras apprivoisé ! Le blé, qui est doré, me fera souvenir de toi. Et j’aimerai le bruit du vent dans le blé…
(…) Adieu, dit le renard. Voici mon secret. Il est très simple : on ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux. »
Antoine de Saint-Exupéry,
« Le Petit Prince », Gallimard, 1946, p. 68-72.
« … dans les civilisations qui possèdent le caractère traditionnel, l’intuition intellectuelle est au principe de tout ; en d’autres termes, c’est la pure doctrine métaphysique qui constitue l’essentiel (…) En voulant séparer radicalement les sciences de tout principe supérieur sous prétexte d’assurer leur indépendance, la conception moderne leur enlève toute signification profonde (…) il existe seulement un « point de vue profane », qui n’est proprement rien d’autre que le point de vue de l’ignorance (Pour s’en convaincre, il suffit d’observer des faits comme celui-ci : une des sciences les plus « sacrées », la cosmogonie, qui a sa place comme telle dans tous les Livres inspirés, y compris la Bible hébraïque, est devenue, pour les modernes, l’objet des hypothèses les plus purement « profanes ») C’est pourquoi la « science profane », celle des modernes, peut à juste titre, être regardée comme un « savoir ignorant ». »
René Guénon,
« La crise du monde moderne », Gallimard, 1946, folio essais, 2010, p. 79, 98 et 99.
« C’est le pouvoir de l’intuition possédé par l’esprit et capable de comprendre la vérité spirituelle qui nous montrera tous les secrets de la vie, nous procurant ainsi comme une sorte d’équivalent de ce que fut l’Illumination pour le Bouddha. Il ne s’agit pas d’un processus intellectuel ordinaire de raisonnement, mais d’un pouvoir qui saisira instantanément et par la voie la plus directe ce qu’il y a de plus fondamental. »
D.T.Suzuki,
« Essai sur le Bouddhisme zen », 1ère série, Albin Michel, 1972, p. 86.
« Le seul principe qui n’entrave pas le progrès est : tout est bon. Des théories ne deviennent claires et « raisonnables » qu’après un usage prolongé de leurs parties incohérentes. Tel préalable, absurde, déraisonnable et non méthodique, se transforme alors en une pré-condition inévitable pour la clarté et le succès empirique.
La séparation de l’État et de l’Église doit être complétée par la séparation de l’État et de la Science : la plus récente, la plus agressive et la plus dogmatique des institutions religieuses. »
Paul-Karl Feyerabend,
« Contre la méthode, esquisse d’une théorie anarchiste de la connaissance », Seuil, 1979.
« Là où la pensée grecque saisit la chance offerte par un Prométhée mythique et déclenche le mouvement de la pensée scientifique, l’Asie bouddhique des origines glisse dans un redoutable rejet de tout raisonnement au profit du culte de l’intuition affinée par les heures infinies de méditation. »
Jacques Rifflet,
« Les Mondes du Sacré », Éd. mols, 2009, p. 582.
« Nous vivons une époque extraordinaire : sous nos yeux, la physique découvre que notre intuition la plus profonde, à savoir que les objets ne peuvent « interagir » à distance, n’est pas correcte. »
Nicolas Gisin,
« L’impensable hasard », Odile Jacob, 2012, num. Nord Compo, p. 16.
« …l’évolution nous a légué l’intuition uniquement pour ces aspects familiers de la physique ayant eu une utilité pour la survie de nos lointains ancêtres, conduisant à la prédiction que chaque fois que nous tirons parti de la technologie pour entrevoir la réalité située au-delà de l’échelle humaine, notre intuition héritée de l’évolution vole en éclat. »
Max Tegmark,
« Notre univers mathématique», Dunod, Poche, 2014, p. 468.