Responsabilité

(voir aussi Libre arbitre)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Être homme, c’est précisément être responsable. C’est connaître la honte en face d’une misère qui ne semblait pas dépendre de soi. C’est être fier d’une victoire que les camarades ont remportée. C’est sentir, en posant sa pierre, que l’on contribue à bâtir le monde. »

Antoine de Saint-Exupéry,
« Terre des hommes », Gallimard, Poche, 1939, p. 62.

 

 « La pensée de Schopenhauer « L’homme peut certes faire ce qu’il veut, mais il ne peut vouloir ce qu’il veut « , m’a vivement pénétré depuis ma jeunesse et a toujours été pour moi une consolation et une source inépuisable de tolérance dans le spectacle des duretés de la vie dont j’avais à souffrir. Cette connaissance adoucit d’une manière bienfaisante le sentiment de responsabilité qui produit facilement un effet paralysant, et fait que nous ne nous prenons pas nous-mêmes ni les autres trop au sérieux. »

Albert Einstein,
« Comment je vois le monde »,
Flammarion, 1958, p. 6.

 

 «  Condamneriez-vous un criminel amnésique pour un acte dans lequel ni lui, ni ses proches ne reconnaitraient celui qu’il était ? »

Se reporter au film « Piège pour Cendrillon » réalisé par André Cayatte (1965),
adapté du roman éponyme de Sébastien Japrisot.

« Je considère le déterminisme laplacien — confirmé comme il semble l’être par le déterminisme des théories physiques, et par leur succès éclatant — comme l’obstacle le plus solide et le plus sérieux sur le chemin d’une explication et d’une apologie de la liberté, de la créativité, et de la responsabilité humaines. »

Karl Popper,
« L’Univers irrésolu, plaidoyer pour l’indéterminisme », Hermann, Paris, 1984.

« Je ne crois pas qu’il y ait des coupables. L’homme est un être tellement mal armé pour la vie, que parler de sa culpabilité, c’est en faire presque un surhomme. Comment peut-il être coupable ? Je n’en veux pas davantage à un chef d’Etat, quel qu’il soit, d’être un orgueilleux, d’être une sorte de Rastignac, de tout sacrifier à sa petite gloriole pour se rassurer, que je n’en veux à un clochard sous les ponts de chiper, à l’occasion, un portefeuille, mon Dieu, c’est tout naturel. Pas plus que je n’en veux à un truand de Marseille ou du milieu corse monté à Paris. Tous ces gens n’ont pas le choix, ils mènent tout naturellement la vie que la Société leur a imposée dès l’origine.»

Georges Simenon,
«Tout Simenon», France Loisirs, tome 15, dos de couverture, 1991.

Justice

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Chez le chef, la justice est une vertu d’organisation : elle commande et prescrit ce qui est juste ; tandis que chez les sujets, c’est une vertu d’exécution et de service. »

Thomas d’Aquin,
« La Justice », t.2, Desclée et Cie, 1932, p. 81.

 

 « Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. »

Jean de la Fontaine,
« Fables – Les animaux malades de la peste », 1668.

 
 

« La justice sans la force est impuissante ; la force sans la justice est tyrannique (…) Il faut donc mettre ensemble la justice et la force, et pour cela faire que ce qui est juste soit fort, ou que ce qui est fort soit juste. »

Blaise Pascal, « Pensées », 1670.

 

 « Le monde est un mélange confus de bien et mal ; il s’ensuit évidemment qu’il n’a pas été créé par un être infiniment parfait (…) Il n’y a point de bonté souveraine pour récompenser les justes et les innocents, point de justice souveraine pour punir les méchants. Il n’y a point de Dieu. Mais il y a l’homme, il y a la terre, il y a la vie, il y a le sentiment de l’équilibre et de la justice, et c’est sur cette terre qui lui appartient, dans cette vie qui est sienne, que l’homme doit réaliser la justice, le bonheur, la solidarité et la fraternité universelles. »

 « Mémoire des pensées et sentiments de Jean Meslier, curé d’ Étrépigny », 1729. 

 

 « La propriété privée, en établissant la distinction du tien et du mien, non seulement infiltra l’idée de justice dans la tête de l’homme, mais glissa dans son cœur des sentiments qui s’y sont tellement enracinés que nous les croyons innés et que je vous scandaliserais en les mentionnant. Cependant il est bien établi que l’homme ignore la jalousie et l’amour paternel tant qu’il vit dans un milieu communiste ; les femmes et les hommes sont alors polygames, la femme prend autant de maris que cela lui plaît et l’homme autant de femmes qu’il peut, et les voyageurs nous rapportent que tous ces braves gens vivent contents et plus unis que les membres de la triste et égoïste famille monogamique. Mais, dès que la propriété privée s’installe, l’homme achète sa femme et réserve pour lui seul la jouissance de son animal reproducteur : la jalousie est un sentiment propriétaire transformé. Le père ne songe à s’inquiéter de son enfant que lorsqu’il a une propriété privée à transmettre.
Les idées de justice qui encombrent les têtes des civilisés et qui sont basées sur le mien et le tien, s’évanouiront comme un mauvais rêve, dès que la propriété commune aura remplacé la propriété privée. »

Paul Lafargue,
Discours prononcé début 1895, débat organisé à la Sorbonne entre J. Jaurès et P. Lafargue.
« La Jeunesse socialiste », nº 1 et 2.

« … la justice humaine ne se contentera pas de les enfermer pour défendre et préserver la société menacée, elle poursuivra les coupables, infligera un châtiment au crime. La justice divine exerce encore la vindicte d’une manière plus sûre et plus rigoureuse. Si, après cette vie terrestre, il en existe une autre bienheureuse ou malheureuse, ce n’est évidemment pas pour l’amélioration de l’individu, mais pour sa récompense ou sa punition, ni pour l’utilité ou la défense de la société menacée, mais pour la satisfaction plénière aux exigences de l’éternelle justice. »

Albert Farges,
« La liberté et le devoir », Berche et Tralin, 1902, p. 31.

 

« … quand un certain nombre de personnes s’engagent dans une entreprise de coopération mutuellement avantageuse selon des règles et donc imposent à leur liberté des limites nécessaires pour produire des avantages pour tous, ceux qui se sont soumis à ces restrictions ont le droit d’espérer un engagement semblable de la part de ceux qui ont tiré avantage de leur propre obéissance. Nous n’avons pas à tirer profit de la coopération des autres sans contrepartie équitable. »

John Rawls, « Théorie de la justice », 1971.

 

 « Rien n’alarme davantage le citoyen que d’imaginer la justice injuste. De penser que la balance peut pencher selon la naissance ou la fonction et non, souverainement, selon l’impartialité de la loi (…)
Il a été démontré à de multiples reprises que les couches sociales les plus démunies constituent une population-cible à haut risque d’incarcération. Appuyons-nous seulement sur le jugement des chiffres, qui reste… sans appel.
Près de 60 % des personnes incarcérées en France pour délits le sont pour vol ou recel. Parmi les détenus, 12,3 % sont illettrés, 33,1 % savent juste lire et écrire, 40 % n’ont qu’un niveau d’études primaires ; 33,8 % sont classés dans la catégorie socioprofessionnelle des ouvriers et 45 % comme pensionnés, sans profession ou chômeurs (…)
Les préjugés sociaux des juges ne sont pas seuls en cause. Le système pénal fonctionne, en effet, avec des filtres dont les interstices sont larges pour les délinquants financiers et étroits pour les autres. Les délits économiques et financiers sont peu visibles. Leur découverte ne se fait qu’après de longues et complexes enquêtes. Les victimes (sociétés, banques) ont généralement peu intérêt à porter plainte, de peur que le scandale ne les éclabousse aussi.
À l’inverse, la délinquance quotidienne — le droit commun — apparaît aux yeux de tous. Faute de pouvoir obtenir réparation de l’auteur du délit — généralement insolvable, — la victime n’aura d’autre exutoire que sa condamnation. »

François Guichard et Jean-Paul Jean,
« La justice comme amplificateur des clivages sociaux »
in
Le Monde diplomatique, août 1988.