Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…
« Mais ce qu’il faut sauvegarder avant tout, ce qui est le bien inestimable conquis par l’homme à travers tous les préjugés, toutes les souffrances et tous les combats, c’est cette idée qu’il n’y a pas de vérité sacrée, c’est-à-dire interdite à la pleine investigation de l’homme ; c’est cette idée que ce qu’il y a de plus grand dans le monde, c’est la liberté souveraine de l’esprit ; c’est cette idée qu’aucune puissance ou intérieure ou extérieure, aucun pouvoir et aucun dogme ne doit limiter le perpétuel effort et la perpétuelle recherche de la raison humaine ; cette idée que l’humanité dans l’univers est une grande commission d’enquête dont aucune intervention gouvernementale, aucune intrigue céleste ou terrestre ne doit jamais restreindre ou fausser les opérations ; cette idée que toute vérité qui ne vient pas de nous est un mensonge ; que, jusque dans les adhésions que nous donnons, notre sens critique doit rester toujours en éveil et qu’une révolte secrète doit se mêler à toutes nos affirmations et à toutes nos pensées ; que si l’idée même de Dieu prenait une forme palpable, si Dieu lui-même se dressait, visible, sur les multitudes, le premier devoir de l’homme serait de refuser l’obéissance et de le traiter comme l’égal avec qui l’on discute, mais non comme le maître que l’on subit. »
Jean Jaurès, discours, 1895.
« La laïcité, selon Arnould Clausse, est cette opposition aux privilèges et aux privilégiés, ceux de la race, de la naissance, de la puissance économique, de la culture même, c’est-à-dire à tous ceux qui s’arrogent le droit, au nom de quelque justification que ce soit, de fixer l’homme dans les servitudes que créent la médiocrité matérielle ou morale (…)
Il existe plusieurs autres définitions de la laïcité. Elles ont un point commun. La société laïque doit assurer à chacun la liberté de la pensée, de son expression, le respect d’autrui dans ses convictions. Ceci n’est possible que pour autant qu’il y ait diverses opinions en présence. La société laïque ne peut donc être monolithique. Les laïques sont convaincus de ce que la coexistence de communautés spirituelles ayant des conceptions de vie différentes est une source d’enrichissement pour tous. Ils pensent que toutes ces communautés ont droit à la même considération et aux mêmes moyens d’action pour autant qu’elles respectent la dignité de la personne humaine non seulement pour leurs membres mais pour tous les hommes, toutes les femmes, tous les enfants répandus sur les deux hémisphères. »
Lucia de Brouckère,
« Le principe du libre examen et son prolongement : la laïcité »,
Université libre de Bruxelles, 1979, p. 10-11.
« Peut-il exister un sacré « laïque » ?
Oui, affirment des humanistes non croyants, s’il est issu de l’émotion humaine, s’il naît de l’immanence. Un sacré dont le contenu est adogmatique, librement examiné et, partant, toujours révisable et individualisé. Pour ces humanistes, ce sacré-là n’obéit à aucun absolu qui ne soit tamisé au filtre vigilant de la raison, toujours en arrière-garde de l’émotif (…)
La vraie laïcité, disent ses fidèles, se doit de veiller, en permanence, à n’être ni oppressive, ni dogmatique, ni permissive. »
Jacques Rifflet,
« Les Mondes du Sacré », Éd. mols, 2009, p. 39 et 432.