Conscience morale

 Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

« Il est au fond des âmes un principe inné de justice et de vertu, sur lequel, malgré nos propres maximes, nous jugeons nos actions et celles d’autrui comme bonnes ou mauvaises, et c’est à ce principe que je donne le nom de conscience (…) Conscience ! Conscience ! Instinct divin, immortelle et céleste voix, guide assuré d’un être ignorant et borné, mais intelligent et libre ; juge infaillible du bien et du mal, qui rend l’homme semblable à Dieu, c’est toi qui fais l’excellence de sa nature et la moralité de ses actions ; sans toi je ne sens rien en moi qui m’élève au-dessus des bêtes, que le triste privilège de m’égarer d’erreurs en erreurs à l’aide d’un entendement sans règle et d’une raison sans principe. »

Jean-Jacques Rousseau, Profession de foi d’un vicaire savoyard
in « l’Émile, ou de l’éducation », 1762 (livre IV).

« On appelle conscience, ma chère Juliette, cette espèce de voix intérieure qui s’élève en nous à l’infraction d’une chose défendue, de quelque nature qu’elle puisse être : définition bien simple, et qui fait voir du premier coup d’œil que cette conscience n’est l’ouvrage que du préjugé reçu par l’éducation, tellement que tout ce qu’on interdit à l’enfant lui cause des remords dès qu’il l’enfreint, et qu’il conserve ses remords jusqu’à ce que le préjugé vaincu lui ait démontré qu’il n’y avait aucun mal réel dans la chose défendue. »

Donatien A. F. de Sade, « Histoire de Juliette », 1798.

« Sur la porte on grava : « Défense à Dieu d’entrer. »
Quand ils eurent fini de clore et de murer,
On mit l’aïeul au centre en une tour de pierre;
Et lui restait lugubre et hagard. « Ô mon père !
L’œil a-t-il disparu ?  » dit en tremblant Tsilla.
Et Caïn répondit : « Non, il est toujours là. »
Alors il dit: « je veux habiter sous la terre
Comme dans son sépulcre un homme solitaire ;
Rien ne me verra plus, je ne verrai plus rien. »
On fit donc une fosse, et Caïn dit « C’est bien ! »
Puis il descendit seul sous cette voûte sombre.
Quand il se fut assis sur sa chaise dans l’ombre
Et qu’on eut sur son front fermé le souterrain,
L’œil était dans la tombe et regardait Caïn. »

Victor Hugo,
« La conscience » in « La légende des siècles », 1859.

 

« Mais pourquoi écoutez-vous la voix de votre conscience ? Qu’est-ce qui vous donne le droit de croire que son jugement est infaillible ? Cette croyance, n’y a-t-il plus de conscience qui l’examine ? N’avez-vous jamais entendu parler d’une conscience intellectuelle ? D’une conscience qui se tienne derrière votre « conscience » ? Votre jugement « ceci est bien » a une genèse dans vos instincts, vos penchants et vos répugnances, vos expériences et vos inexpériences; « Comment ce jugement est-il né ?  » C’est une question que vous devez vous poser, et, aussitôt après, celle-ci : « qu’est-ce exactement qui me pousse à obéir à ce jugement ?  » (…)
Mais la fermeté de votre jugement moral pourrait fort bien être la preuve de la pauvreté de votre personnalité, d’un manque d’individualité… »

Frédéric Nietzsche, « Le gai savoir » (1882)

« Imitation, coutume, peur, abrutissement profond, délire, fureur, rien de tout cela ne peut faire la moindre vertu. Nous voilà donc à l’intention, au régime intérieur, au drame incommunicable, mais y cherchant la forme universelle. Quand un homme dit qu’il a pour lui sa conscience (ou contre lui), on comprend très bien.
On voit que retrouvant une idée universelle, je ne prends nullement la Conscience Morale comme principe d’obéissance, mais au contraire de résistance (résistance qui fera l’accord vrai), non comme principe d’esclavage, mais au contraire de liberté, mais toujours revenant sur soi. »

Alain,
« Esquisses 2. La conscience morale » (1930)

Bien

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« … pour les confucianistes, le Junzi désigne non plus un être de la caste de la haute noblesse, mais plutôt un « Homme de bien », c’est-à-dire un être noble moralement. Parce que, selon lui, l’être humain est infiniment perfectible, Confucius croyait qu’on pouvait éduquer toute personne pour qu’elle devienne Junzi, sans distinction de classe (…)
L’Homme de bien, à l’opposé de l’Homme de peu, possède le ren, concept difficilement traduisible par un seul mot. D’abord, le ren désigne l’authenticité, l’harmonie avec soi (…) Ensuite, c’est le souci des autres, la mansuétude, la bienveillance. D’ailleurs, Confucius fait de la règle d’or – fais aux autres ce que tu aimerais qu’on te fasse – le centre de sa pensée. »

Catherine Guindon,
http://www.cegepsl.qc.ca/philosophie/files/2009/07/confucius.pdf

« … les actions sont bonnes dans la mesure du bonheur qu’elles procurent, mauvaises, si elles ont pour résultats de produire le contraire du bonheur (…) en général, les philosophes utilitaires ont reconnu la supériorité des plaisirs de l’esprit sur ceux du corps, principalement dans la plus grande durée, certitude, intensité, etc., des premiers, c’est-à-dire plutôt dans les avantages qu’ils procurent que dans leur nature intrinsèque. »

John Stuart Mill,
« De l’utilitarisme », 2, 1863.

 

« Lorsque les opprimés, les écrasés, les asservis, sous l’emprise de la ruse vindicative de l’impuissance, se mettent à dire : « Soyons le contraire des méchants, c’est-à-dire bons ! Est bon quiconque ne fait violence à personne, quiconque n’offense, ni n’attaque, n’use de représailles et laisse à Dieu le soin de la vengeance… » tout cela veut dire en somme, à l’écouter froidement et sans parti pris : « Nous les faibles, nous sommes décidément faibles ; nous ferons donc bien de ne rien faire de tout ce pour quoi nous ne sommes pas assez forts » – mais cette constatation amère, cette prudence de qualité très inférieure que possède même l’insecte (qui, en cas de danger, fait le mort pour ne rien faire « de trop »), grâce à ce faux monnayage, à cette duperie de soi propre à l’impuissance, a pris les dehors pompeux de la vertu qui sait attendre, qui renonce et se tait, comme si la faiblesse même du faible – c’est-à-dire son essence – était un accomplissement libre, quelque chose de volontairement choisi, un acte de mérite. »

Frédéric Nietzsche, « La généalogie de la morale », 1887, Mercure de France, 1908, p. 66.

 Itzhak Stern tient en mains la liste que Oskar Schindler vient de lui dicter, 1100 personnes qu’il sauve d’un camp de la mort en payant pour leur transfert dans un camp de travail :
« Cette liste, c’est le bien absolu. Cette liste, c’est la vie. Tout autour de ces marges, il y a le gouffre. »

« Schindler’s List », film réalisé par Steven Spielberg en 1993,
d’après le roman de Thomas Keneally.