Mariage

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Alors le Seigneur Dieu fit tomber sur lui un profond sommeil, et l’homme s’endormit. Le Seigneur Dieu prit de la chair dans son côté, puis il referma. Avec ce qu’il avait pris à l’homme, il forma une femme et il l’amena vers l’homme.
L’homme dit alors :
« Cette fois-ci, voilà l’os de mes os et la chair de ma chair. On l’appellera : femme. À cause de cela l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu’une seule chair.  » »

Genèse, 2 :24

 

« — Le mariage est-il dans la nature ?
— Si vous entendez par le mariage la préférence qu’une femelle accorde à un mâle sur tous les autres mâles, ou la préférence qu’un mâle accorde à une femelle sur toutes les autres femelles : préférence mutuelle, en conséquence de laquelle il se forme une union plus ou moins durable, qui perpétue l’espèce par la reproduction des individus, le mariage est dans la nature
— Je le pense comme vous ; car cette préférence se marque non seulement dans l’espèce humaine, mais encore dans les autres espèces d’animaux : témoin ce nombreux cortège de mâles qui poursuivent une même femelle au printemps dans nos campagnes, et dont un seul obtient le titre de mari. »

Denis Diderot,
« Œuvres philosophiques », Librairie philosophique T. III, 1829, p. 114.


« — Mon cher ami, vous n’êtes plus un enfant et je ne suis pas une jeune fille. Nous savons fort bien l’un et l’autre de quoi il s’agit, et nous pouvons peser toutes les conséquences de nos actes. Si vous vous décidez aujourd’hui à me déclarer votre amour, je suppose naturellement que vous désirez m’épouser. Il ne s’attendait guère à cet exposé net de la situation, et il répondit niaisement :
— Mais oui.
— En avez-vous parlé à votre père et à votre mère ?
— Non, je voulais savoir si vous m’accepteriez. Elle lui tendit sa main encore mouillée, et comme il y mettait la sienne avec élan :
— Moi, je veux bien, dit-elle. Je vous crois bon et loyal. Mais n’oubliez point, que je ne voudrais pas déplaire à vos parents.
— Oh ! Pensez-vous que ma mère n’a rien prévu et qu’elle vous aimerait comme elle vous aime si elle ne désirait pas un mariage entre nous ?
— C’est vrai, je suis un peu troublée. Ils se turent. Et il s’étonnait, lui, au contraire, qu’elle fût si peu troublée, si raisonnable. Il s’attendait à des gentillesses galantes, à des refus qui disent oui, à toute une coquette comédie d’amour mêlée à la pêche, dans le clapotement de l’eau ! Et c’était fini, il se sentait lié, marié, en vingt paroles. Ils n’avaient plus rien à se dire puisqu’ils étaient d’accord… »

Guy de Maupassant, « Pierre et Jean », 1887.

 

« Les chaînes du mariage sont si lourdes qu’il faut être deux pour les porter ; parfois trois. »

Sacha Guitry (1885-1957)

 

 « La forme actuelle du mariage est une œuvre diabolique de l’Église catholique, les lois matrimoniales actuelles sont immorales car cette législation garantit à la femme un droit sur son mari, lequel, bien entendu, ne peut se satisfaire toute sa vie d’une même femme et est contraint à la fidélité et à l’hypocrisie (…) Avec sa propre épouse, l’homme cesse d’avoir des enfants, et avec sa maîtresse il n’ose le faire. »

 Heinrich Himmler
in « La morale des seigneurs », Hans Peter Bleuel, Belfond, 1974, p. 169.

 

 «  L’amour vrai ne peut exister, ne se conçoit pas sinon parfaitement libre (…) Jusqu’à présent, les unions sexuelles ont tellement subi la pression de la violence brutale, de la nécessité économique, des préjugés religieux et des prescriptions légales qu’il n’est pas possible de déduire quel sera le mode de relations sexuelles qui répondra le mieux au bien physique et moral de l’individu et de l’espèce. »

Errico Malatesta,
« Le problème de l’amour », L’Unique, n°5, nov. 1945.

« Le mariage multiplie par deux les obligations familiales et toutes les corvées sociales. »

Simone de Beauvoir,
« La force de l’âge », Gallimard, 1986.

 

 « Plutôt que la dévotion fanatiquement monogame que nous avons fortement tendance à avoir, à y regarder de plus près, une sorte de « polyamour » est plus rationnel. Nous acceptons volontiers l’idée que l’on peut aimer plus d’un enfant, parent, frère ou sœur, ami ou animal de compagnie. Quand on regarde les choses sous cet angle, est-ce que l’exclusivité totale que l’on attend de l’amour conjugal n’est pas vraiment bizarre ? (…)
Les psychologues évolutionnistes conviennent avec elle (Helen Fischer) que le coup de foudre irrationnel pourrait être un mécanisme destiné à assurer pour un coparent unique une fidélité suffisamment stable pour que tous deux élèvent ensemble un enfant. »

 Richard Dawkins,
« Pour en finir avec Dieu », Perrin, 2009, p. 237.

 

 «  Voyez ce rêve actuel : le tout en un, le tout ou rien. Qu’un seul être condense la totalité de nos aspirations et qu’il soit écarté s’il ne remplit pas cette mission. La folie est de vouloir tout concilier, le cœur et l’érotisme, l’éducation des enfants et la réussite sociale, l’effervescence et le long terme. Nos couples ne meurent pas d’égoïsme ou de matérialisme, ils meurent d’un héroïsme fatal, d’une trop vaste idée d’eux-mêmes. Ils s’écorchent à cette vision grandiose comme des prisonniers aux pointes des fils de fer barbelés. Chaque femme se doit d’être à la fois maman, putain, amie et battante, chaque homme père, amant, mari et gagneur : gare à ceux qui ne remplissent pas ces conditions ! Aux raisons traditionnellement avancées pour expliquer le malheur conjugal, l’usure du temps, la fatigue des corps, il faut ajouter un autre toxique très contemporain : la démesure des ambitions (…)
Le vrai trio adultérin aujourd’hui, c’est le mari, la femme et l’avocat qui peut se retourner contre l’un ou l’autre, indifféremment, au gré de ses honoraires (…)
Le bonheur conjugal, c’est l’art du possible et non l’exaltation de l’impossible, c’est le plaisir de construire un monde commun à deux. Le couple s’accommode de nombreuses variations dès lors qu’on le soustrait au rêve de la symbiose miraculeuse qui enclorait désirs et aspirations. »

Pascal Bruckner,
« Le mariage d’amour a-t-il échoué ? », Grasset, 2010, p. 62-63, 99.

 

 « Vous avez déjà perdu.
Nous sommes trop nombreux, trop heureux de pouvoir respirer, trop impatients de pouvoir reprendre le contrôle de notre existence. La haine ne peut rien contre nous. Profitez de vos petites victoires, vos minuscules, ridicules, insignifiantes petites réussites – vous ne faites que préparer le terrain pour notre triomphe final. Nous serons les vainqueurs de cette insupportable bataille contre tout ce que vous représentez. Haine, intolérance, ignorance, rejet, égoïsme – vos petites peurs minables, vos petits conforts pathétiques qui vous donnent l’impression d’avoir accompli quelque chose. Tout ceci finira par disparaître – et vous avec. Éduquez-vous, libérez-vous de vos œillères et de vos bâillons, ou acceptez votre défaite. Vous faites déjà partie du passé.
Vous n’êtes déjà plus qu’un mauvais souvenir. »

 Jack Parker,
« Lettre ouverte aux anti-mariage pour tous »,
18 nov.2012, http://www.madmoizelle.com