Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…
« Étant donné qu’il y a des gens pour qui, en certaines circonstances, la mort est préférable à la vie, il te paraît peut-être étonnant que ceux pour qui la mort est préférable ne puissent sans impiété se rendre à eux-mêmes ce bon office et qu’ils doivent attendre un bienfaiteur étranger (…) c’est que ce sont des dieux qui s’occupent de nous et que, nous autres hommes, nous sommes un des biens qui appartiennent aux dieux. Ne crois-tu pas que cela soit vrai ?
— Je le crois, dit Cébès.
— Toi-même, reprit Socrate, si l’un des êtres qui sont à toi se tuait lui-même, sans que tu lui eusses notifié que tu voulais qu’il mourût, ne lui en voudrais-tu pas, et ne le punirais-tu pas, si tu avais quelque moyen de le faire ?
— Certainement si, dit Cébès.
— Si l’on se place à ce point de vue, peut-être n’est-il pas déraisonnable de dire qu’il ne faut pas se tuer avant que Dieu nous en impose la nécessité, comme il le fait aujourd’hui pour moi. »
Platon, « Phédon »,Philippe Remacle,
site de l’antiquité grecque et latine du moyen-âge remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/phedonfr
« Le sage, qui sait jouir des résultats acquis sans éprouver perpétuellement le besoin de les remplacer par d’autres, y trouve de quoi se retenir à la vie quand l’heure des contrariétés a sonné. Mais l’homme qui a toujours tout attendu de l’avenir, qui a vécu les yeux fixés sur le futur, n’a rien dans son passé qui le réconforte contre les amertumes du présent ; car le passé n’a été pour lui qu’une série d’étapes impatiemment traversées. Ce qui lui permettait de s’aveugler sur lui-même, c’est qu’il comptait toujours trouver plus loin le bonheur qu’il n’avait pas encore rencontré jusque-là. Mais voici qu’il est arrêté dans sa marche ; dès lors, il n’a plus rien ni derrière lui ni devant lui sur quoi il puisse reposer son regard. La fatigue, du reste, suffit, à elle seule, pour produire le désenchantement, car il est difficile de ne pas sentir, à la longue, l’inutilité d’une poursuite sans terme. »
Émile Durkheim,
« Le Suicide », 1897.
« Depuis l’époque de Kamakura, une tradition de la mort volontaire suggère les décisions à prendre, codifie les gestes à exécuter, les sentiments à manifester. Sans doute, cette tradition, limitée à la classe des guerriers (bushi, samurai), et d’ailleurs assez récente puisqu’elle ne s’établit qu’au XII e siècle, est loin de commander tous les cas de mort volontaire que l’histoire du Japon a pu connaître. À côté des suicides qui obéissent aux formes instituées, beaucoup d’autres désavouent ces modèles et s’improvisent au hasard des circonstances. Mais l’essentiel est que le Japon ne s’est jamais privé par principe de la liberté de mourir. Sur ce point, l’idéologie occidentale s’est montrée constamment réticente (…)
II est vrai que les citoyens d’Athènes et de Rome avaient adopté à l’égard de la mort volontaire deux attitudes dissymétriques, reflétant la double structure de leur société. Ils en admettaient la légitimité lorsque c’était l’un d’entre eux, un homme libre, qui se tuait, exerçant ainsi sur lui-même la souveraineté liée à son statut. Et pour peu qu’une cause publique parût justifier cet acte, la plus haute valeur lui était reconnue (…)
Lorsqu’un des sujets de l’espace domestique se tuait, le maître de maison ne pouvait estimer légitime un acte qui souvent censurait son autorité, contestait son pouvoir, et entamait son capital. Il le percevait comme une rébellion, et ne pouvait qu’en condamner le principe. »
Maurice Pinguet,
« La mort volontaire au Japon »,
Gallimard, 1984, p. 10 et 13.
« Il n’y a qu’un problème philosophique vraiment sérieux : c’est le suicide. »
Albert Camus,
« Le mythe de Sisyphe »,
éditions Gallimard, collection « Folio », 1985, p. 17.
« Lorsque l’on ne dispose plus de ses moyens intellectuels, on peut vouloir en finir avec l’existence à la façon dont les Romains, les stoïciens plus particulièrement, nous invitaient à quitter la vie comme on sort d’une pièce devenue trop enfumée… Le testament de vie permet de déléguer à un être aimé la charge de décider pour soi ce qu’on aura avec lui voulu en amont pour nous : il sera sinon le bras armé du moins le facilitateur de notre mort volontaire. »
Michel Onfray,
« Manifeste hédoniste »,
Éd. Autrement, J’ai lu, 2011, p. 54-55.
« Un suicide raté, c’est un manque de savoir-vivre ; un suicide réussi, aucun risque de le regretter ! »
Yves Thelen
« Chaque année une centaine de personnes se suicident sur les rails du chemin de fer en Belgique. Pour lutter contre ce phénomène, Infrabel est allé jusqu’au Japon pour chercher une solution. Elle sera testée dans la gare de Dave près de Namur.
La gare de Dave est un endroit sensible. Située à proximité d’un hôpital psychiatrique, les tentatives de suicide y sont nombreuses. Pour combattre cette tendance de nouveaux luminaires ont été installés dans la gare, ils diffusent une lumière bleue. Cette couleur aurait un impact positif sur l’humeur. »
RTBF, Matin première, 12 mars 2015.
« Plusieurs études récentes indiquent que le cerveau des personnes suicidaires possèdent des taux de molécules inflammatoires plus élevés (…) l’inflammation dérègle l’axe du stress qui lui-même alimente l’inflammation.
Plus récente, une autre hypothèse remonte jusqu’aux gènes liés aux hormones de l’axe du stress (…) car le fait est aujourd’hui prouvé : sous la pression extérieure (traumatisme, famine…), le fonctionnement des gènes d’un individu peut se modifier (…)
Un autre grand rouage biologique de la vulnérabilité au suicide a été mis en évidence. Il concerne cette fois la sérotonine. Ce neurotransmetteur est chargé, dans notre cerveau, de réguler notre humeur, mais aussi notre appétit et notre sommeil. À concentration élevée, il favorise le calme, rend optimiste : c’est « la molécule du bonheur ». Des chercheurs suédois ont observé chez des personnes suicidaires des anomalies sur des gènes codant pour les protéines impliquées dans les transporteurs et les récepteurs de la sérotonine. »
Lise Barnéoud,
« Suicide : il cache une vraie maladie »,
Science & Vie, avril 2015, p. 88-91.