Temps imaginaire

(voir aussi  Multivers et Singularité)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…  

« … depuis la découverte de la mécanique quantique, nous devons considérer l’Univers comme ayant toutes les histoires possibles. Il me semble que l’idée de temps imaginaire est quelque chose qu’il nous faudra aussi accepter. C’est un bond intellectuel du même ordre que de croire à la rotondité de la terre (…)
Vous pouvez vous représenter le temps réel, ordinaire, comme une ligne droite orientée de la gauche vers la droite. Mais vous pouvez aussi considérer une autre direction du temps, du bas vers le haut. C’est le temps dit « imaginaire », qui est à angle droit du temps réel.
Quel est l’intérêt d’introduire ce concept ? (…) la matière et l’énergie tendent à courber l’espace sur lui-même. Dans la dimension du temps réel, cela conduit inévitablement à des singularités, à des endroits où l’espace-temps prend fin. Aux singularités, les équations de la physique ne sont plus définies ; on ne peut donc prédire ce qui arrivera… [tandis que] les dimensions spatiales et le temps imaginaire formeraient un espace-temps fermé sur lui-même, sans frontière ni bord. Il n’y aurait aucun point que l’on puisse qualifier de début ou de fin, pas plus que la surface de la Terre n’a de début ou de fin (…) Ainsi, on peut espérer arriver à une théorie entièrement unifiée, une théorie qui prédise tout dans l’Univers. »

Stephen Hawking,
« Trous noirs et bébés univers », Odile Jacob, 1994, p. 78-79.

 

« … le temps imaginaire pur existe lorsque le temps réel, lui, n’existe pas encore, autrement dit : à l’instant zéro. Vous pouvez donc sans effort en déduire avec nous qu’à l’instant zéro – au moment où l’Univers n’existe encore qu’en temps imaginaire – ce que nous appelons dans notre monde « énergie » n’existe pas non plus (…)
Nous voici donc face à cette forme d’énergie cristallisée, qui associe un nombre à chaque point. Au lieu d’énergie imaginaire nous allons l’appeler « information ». Et nous en déduisons donc qu’à l’instant zéro, il n’y a rien d’autre que de l’information. Quelque chose de purement numérique mais qui « encode » toutes les propriétés de L’Univers destiné à apparaître après le Big Bang (…)
Autrement dit, se poser la question de savoir ce qu’il y avait « avant le Big Bang » équivaut un peu à se demander ce qu’il y avait avant que vous n’introduisiez le CD dans le lecteur : la mélodie était bien « là », mais sous forme d’information. »

 Igor et Grichka Bogdanov,
« Le visage de Dieu », Grasset, 2010, p. 246-249.

Multivers

(voir aussi Temps imaginaire)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

« Ceux qui admettaient des mondes innombrables, par exemple Anaximandre, Leucippe, Démocrite et, à une date postérieure, Épicure, soutenaient qu’ils naissaient et périssaient à l’illimité, quelques-uns venant sans cesse à l’existence et d’autres périssant. »

Simplicius (VI e s), « Commentaire sur la physique d’Aristote », 1121, 5.

« Ce n’est pas seulement le nombre des atomes, c’est celui des mondes qui est infini dans l’univers. Il y a un nombre infini de mondes semblables au nôtre et un nombre infini de mondes différents. En effet puisque les atomes sont en nombre infini, comme nous l’avons dit tout à l’heure, il y en a partout, leur mouvement les portant même jusque dans les lieux les plus éloignés. Et d’autre part, toujours en vertu de cette infinité en nombre, la quantité d’atomes propres à servir d’éléments, ou, autrement dit, de causes, à un monde, ne peut être épuisée par la constitution d’un monde unique, ni par celle d’un nombre fini de mondes, qu’il s’agisse d’ailleurs de tous les mondes semblables au nôtre ou de tous les mondes différents. Il n’y a donc rien qui empêche l’existence d’une infinité de mondes. »

Épicure (IV e s. av. J.-C.), « Lettre à Hérodote ».


« Or, comme il y a une infinité d’univers possibles dans les idées de Dieu et qu’il n’en peut exister qu’un seul, il faut qu’il y ait une raison suffisante du choix de Dieu, qui le détermine à l’un plutôt qu’à l’autre.
Et cette raison ne peut se trouver que dans la convenance, dans les degrés de perfection que ces mondes contiennent, chaque possible ayant le droit de prétendre à l’existence à mesure de la perfection qu’il enveloppe.
Et c’est ce qui est la cause de l’existence du meilleur, que la sagesse fait connaître à Dieu, que sa bonté le fait choisir, et que sa puissance le fait produire. »

Gottfried W. Leibniz, « Monadologie », 53-55, 1714.

« Il n’est resté qu’une seule ressource au petit nombre d’esprits difficiles qui, plus frappés des injustices prétendues d’un Être suprême que de sa sagesse, se sont obstinés à nier ce premier moteur. Ils ont dit : La nature existe de toute éternité ; tout est en mouvement dans la nature : donc tout y change continuellement. Or, si tout change à jamais, il faut que toutes les combinaisons possibles arrivent ; donc la combinaison présente de toutes les choses a pu être le seul effet de ce mouvement et de ce changement éternel. »

Voltaire
« Dictionnaire philosophique », tome II, Dalibon Librairie, Paris, 1825, p. 288.

« Tout astre, quel qu’il soit, existe donc en nombre infini dans le temps et dans l’espace, non pas seulement sous l’un de ses aspects, mais tel qu’il se trouve à chacune des secondes de sa durée, depuis la naissance jusqu’à la mort. Tous les êtres répartis à sa surface, grands ou petits, vivants ou inanimés, partagent le privilège de cette pérennité. (…)
Toujours et partout, dans le camp terrestre, le même drame, le même décor, sur la même scène étroite, une humanité bruyante, infatuée de sa grandeur, se croyant l’univers et vivant dans sa prison comme dans une immensité, pour sombrer bientôt avec le globe qui a porté dans le plus profond dédain, le fardeau de son orgueil. Même monotonie, même immobilisme dans les astres étrangers. L’univers se répète sans fin et piaffe sur place. L’éternité joue imperturbablement dans l’infini les mêmes représentations. »

Louis Auguste Blanqui, « L’éternité par les astres »,
Librairie Germer Baillère, Paris, 1872, dernières pages.

« À chaque point de branchement de la mécanique quantique dans votre vie (et il y en a eu des milliards et des milliards), vous vous êtes divisé en deux vous, ou plus, lesquels suivaient les branches parallèles mais disjointes d’une même  » fonction d’onde universelle  » (…)
On se demande pourtant : « Pourquoi ai-je l’impression de n’être que dans un seul monde ? » Eh bien, d’après Everett, vous n’avez pas cette impression, vous sentez simultanément toutes les possibilités, c’est seulement ce vous-ci, descendant cette branche-ci qui ne connaît pas toutes les possibilités (…)
Ainsi envisagé, le cerveau de Dieu évolue sans à-coups et de façon déterministe, comme Einstein l’avait toujours soutenu. Le physicien Paul Davies, traitant justement ce sujet dans son livre « Other Worlds« , dit « Notre conscience tisse une voie au hasard le long de la route évolutionnaire aux infinies bifurcations du cosmos, et c’est donc nous, et non pas Dieu, qui jouons aux dés. » »

D. Hofstadter et D. Dennett,
« Vues de l’esprit », InterÉditions, 1987, p. 55-57.

 

« … affirmer qu’il existe, telles des images dans un miroir, une myriade d’autres mondes parallèles au nôtre, c’est supposer que non seulement tout ce qui est possible, mais également tout ce qui est imaginable, advient réellement (…) L’état quantique renvoie à un monde situé au-delà du monde humain, un monde où une infinité de solutions virtuelles, de mondes potentiels, sont amenés à coexister. Dans cette perspective, on peut donc admettre que les univers dits « parallèles » n’existent que dans le domaine quantique, c’est-à-dire à l’état virtuel (…) Avant qu’elle ait fait l’objet d’une observation, une particule élémentaire existe sous la forme d’un « paquet d’ondes ». Autrement dit, tout se passe comme s’il existait une infinité de particules, chacune d’elles ayant une trajectoire, une position, une vitesse, en bref des caractéristiques différentes de toutes les autres. Or, au moment de l’observation, la fonction d’onde s’effondre, et une seule de ces particules innombrables est amenée à se matérialiser, annulant d’un coup toutes les « particules parallèles ». »

Jean Guitton, G. et I. Bogdanov,
« Dieu et la science », Grasset, 1991, p. 155.

« La notion d’univers parallèles permet de réinterpréter le problème de la sélection des constantes fondamentales. Au moment de sa naissance, l’Univers est confronté à de nombreux choix. Il doit par exemple décider de la valeur de la constante de gravitation ou de la masse de l’électron. D’après la théorie de Hugh Everett, l’Univers se divise lors de chacun de ces choix. Naissent ainsi une multitude d’univers parallèles caractérisés chacun par un ensemble donné de constantes fondamentales. La grande majorité de ces univers est incapable de donner naissance à la vie (…) Néanmoins, une petite fraction de ces univers se révèle apte au développement de la vie. C’est en particulier le cas du nôtre. En adoptant ce point de vue, le réglage des constantes fondamentales n’a plus rien de miraculeux. La vie n’est pas née car notre Univers unique était réglé de façon magique. Elle est apparue car nous sommes dans l’un des rares univers parallèles capables de lui donner naissance. »

Olivier Esslinger,
« Les univers parallèles », http://www.astronomes.com, 2003-2007.

« Selon Hawking et Hertog, tous ces univers alternatifs de la théorie des cordes pourraient avoir existé ensemble durant les tous premiers instants après le Big Bang. L’Univers se serait alors trouvé dans une « superposition » de tous ces mondes possibles. Ces univers se sont éteints à l’exception du nôtre. Notre Univers n’est pas le résultat d’un seul commencement et d’une seule histoire, mais d’une multitude de commencements et d’histoires. »

CIRS, 18/07/2006.

 

 « La théorie des multivers a au moins un avantage : elle supprime le mirage de la création unique et donc miraculeuse, pour lui donner une forme multiple et hasardeuse (quantique) où peut opérer un principe de sélection, d’adaptation. Tout se joue éternellement partout. La nécessité du grand Dessein s’efface. Les physiciens réécrivent la multi-genèse sous forme d’une création hasardeuse de multiples cosmos. Dans l’un d’entre eux émergent la vie et la conscience pour la raison que les étoiles, génératrices de carbone, azote, oxygène, entre autres, peuvent y exister, de manière contingente…»

interview de Michel Cassé
réalisé par Jean-Paul Baquiast, automatesintelligents, 2/10/2007.

«  Dès le milieu des années 1980, deux cosmologistes, Andrei Linde et Alex Vilenkin, ont montré que si le processus inflationnaire [expansion extraordinairement rapide de l’univers primordial] a bel et bien eu lieu, il pourrait être responsable d’une création permanente d’univers. Selon ce scénario dit de « l’inflation éternelle », une multitude de régions de l’espace connaîtraient toujours une telle phase d’expansion accélérée, donnant sans cesse naissance à de nouveaux univers bulles. Chaque univers bulle ainsi créé serait différent des autres : les masses des particules élémentaires, l’intensité des interactions, le taux d’expansion auraient des valeurs chaque fois nouvelles, de sorte que tous les possibles en termes de paramètres physiques pourraient se réaliser (…)
Dans tous les cas, les calculs font en effet apparaître un monde qui aurait préexisté à notre univers : le vide quantique avec ses fluctuations vibrionnantes donnant naissance à un, dix, cent, mille, une infinité d’univers… »

Étienne Klein,
« Discours sur l’origine de l’univers », Flammarion, 2010, p. 100-104.

« Une dernière échappatoire [ à la non-localité, l’impossibilité de décrire la nature en termes d’objets bien localisés et indépendants les uns des autres] à la mode chez certains physiciens quantiques consiste à supposer qu’il n’y a jamais de résultats de mesures. Selon cette hypothèse, chaque fois que nous avons l’illusion d’effectuer une mesure ayant N résultats possibles, l’univers se divise en N branches, toutes aussi réelles les unes que les autres, avec dans chaque branche un résultat. L’expérimentateur aussi se divise en N copies, chacune « voyant » l’un des N résultats possibles. C’est l’interprétation des mondes multiples, ou multivers par opposition à notre univers. Les adeptes de cette interprétation affirment que leur « solution » est la plus simple car elle évite le vrai hasard… »

Nicolas Gisin,
« L’impensable hasard », Odile Jacob, 2012, num : Nord Compo, p. 130.

« … l’espace-temps quadridimensionnel n’est qu’un modèle provisoire, car il n’est pas compatible avec la théorie quantique. Cette théorie introduit un indéterminisme fondamental au niveau des « choix » de la nature à l’échelle des particules élémentaires (…) la théorie des cordes a proposé une solution très élégante pour résoudre autrement ce problème en nous ramenant dans un cadre déterministe, faisant appel à des dimensions supplémentaires de l’espace, dans lesquelles pourraient se trouver ces informations. Le maintien de ce cadre déterministe conduit cependant à envisager l’existence d’une myriade d’univers parallèles… »

Philippe Guillemant,
«Théorie de la double causalité», Éditions du Temps, n°2, mars 2014.

«  Lorsque nous discutons des univers parallèles, nous distinguons quatre niveaux différents : le niveau I (d’autres régions très lointaines dans l’espace où les lois apparentes de la physique sont les mêmes, mais où l’histoire s’est déroulée différemment parce que les choses ont débuté autrement), le niveau II (des régions d’espace où même les loi apparentes de la physique sont différentes), le niveau III (des mondes parallèles situés ailleurs dans l’espace de Hilbert où la réalité quantique est à l’œuvre) et le niveau IV (des réalités complètement disjointes gouvernées par des équations mathématiques différentes).
Les univers parallèles ne sont pas une théorie en soi – ce ne sont que des prédictions de certaines théories. »

 Max Tegmark,
« Notre univers mathématique – En quête de la nature ultime du Réel »,
Dunod, Poche, 2014, p. 464-465.

Moi

(voir aussi Conscience, Multivers et Solipsisme)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et les dieux. »

Fronton du temple de Delphes

« Étudier le Dharma de Bouddha, c’est s’étudier soi-même. S’étudier soi-même, c’est s’oublier soi-même. »

Eihei Dôgen, « Shôbôgenzô », (XIII e s.)

  « Posséder le « je » dans sa représentation : ce pouvoir élève l’homme infiniment au dessus de tous les autres êtres vivants sur la terre (…) Il faut remarquer que l’enfant qui sait déjà parler assez correctement ne commence qu’assez tard (peut-être après un an) à dire je ; avant, il parle de soi à la troisième personne ; et il semble que pour lui une lumière vienne de se lever quand il commence à dire je ; à partir de ce jour, il ne revient jamais à l’autre manière de parler. Auparavant il ne faisait que se sentir, maintenant il se pense. »

Emmanuel Kant,
« Anthropologie d’un point de vue pragmatique », 1798

« Un homme de cinquante ans n’est réellement point le même individu que l’homme de vingt ; il n’a plus aucune des parties qui formaient son corps ; et s’il a perdu la mémoire du passé, il est certain que rien ne lie son existence actuelle à une existence qui est perdue pour lui.
Vous n’êtes le même que par le sentiment continu de ce que vous avez été et de ce que vous êtes ; vous n’avez le sentiment de votre être passé que par la mémoire : ce n’est donc que la mémoire qui établit l’identité, la mêmeté de votre personne. »

Voltaire
« Dictionnaire philosophique », tome VI, Dalibon Librairie, Paris, 1825, p. 91.

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«  Dieu et l’Humanité n’ont basé leur cause sur rien, sur rien qu’eux-mêmes ! Je baserai de même ma cause sur moi : je suis pour moi tout, je suis l’Unique. »

Max Stirner, « L’Unique et sa propriété », 1845.

 « Quelque chose pense, mais que ce soit justement ce vieil et illustre « je », ce n’est là, pour le dire en termes modérés, qu’une hypothèse, une allégation, surtout ce n’est pas une « certitude immédiate ». Enfin, c’est déjà trop dire que d’affirmer que quelque chose pense, ce « quelque chose » contient déjà une interprétation du processus lui-même. On raisonne selon la routine grammaticale : « Penser est une action, toute action suppose un sujet actif, donc. »  »

Frédéric Nietzsche, « Par-delà le bien et le mal » (1886)

« Nous ne pouvons voir notre propre visage sans l’intervention d’objets extérieurs qui nous présentent notre image, et une image n’est jamais tout à fait la même chose que l’original. Nous pouvons nous approcher de la vision et de la compréhension objectives de nous-mêmes, mais chacun de nous est piégé dans un puissant système doté d’un point de vue unique, et cette puissance est en même temps une garantie de limitation. Et cette vulnérabilité – cet auto-hameçon – est peut-être également la source de notre indéracinable sens du « Moi ». »

D Hofstadter et D. Dennett,
« Vues de l’esprit », InterÉditions, 1987, p. 282.

 « … il n’existe pas de « Moi total » qui serait le spectateur désincarné de notre vie mentale, car il n’y a pas dans le cerveau de point unique correspondant à un prétendu « siège » de notre pensée ou de notre personnalité, mais seulement de multiples flux d’activité localisés dans des zones très diverses du cerveau. »

Daniel C. Dennett,
« De beaux rêves, obstacles philosophiques à une science de la conscience »,
Éd. de l’Eclat, 2008.

 «  Votre alter ego est simplement une prédiction de l’inflation éternelle, qui s’accorde avec toute la phénoménologie actuelle et est implicitement employée comme fondement de la majeure partie des calculs et des simulations présentés lors des congrès de la cosmologie (…) en plus de vos copies conformes infiniment nombreuses ici et là dans l’espace, il y en a une qui parle français, s’épanouit sur une planète identique à la Terre et dont la vie est en tous points parfaitement indiscernable de la vôtre. Cette personne ressent subjectivement les mêmes choses que vous (…) dans un espace infini créé par l’inflation, tout ce qui peut se produire en accord avec les lois de la physique doit se produire. Et ceci se produira un nombre infini de fois (…)
Cela semble tout simplement insensé. Totalement absurde.»

Max Tegmark,
« Notre univers mathématique – En quête de la nature ultime du Réel »,
Dunod, Poche, 2014, p. 158-163.

« L’avènement de la cognition quantique bouleverserait l’idée que nous nous faisons de notre propre identité, notre « moi » devenant le regroupement d’une multiplicité de personnalités avec des désirs différents. Un « moi » multiple, en interdépendance permanente avec l’extérieur, bien éloigné du « moi » classique, parfaitement individualisé, centralisé et déterminé, au cœur de la philosophie occidentale. Ce qui éclairerait d’un nouveau jour nos propres certitudes et incertitudes, notre libre arbitre, notre conscience. Voire nos rêves. »

 Mathilde Fontez et Hervé Poirier,
« On pense tous quantique »,
Science&Vie, octobre 215, p. 65

Création

(voir aussi Multivers)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« … au début ceci n’était rien. Il n’y avait ni ciel, ni terre, ni atmosphère. Le Non existant résolut : Que Je sois ! Il s’échauffa par la méditation, de cette ardeur fut produite la fumée. Il s’échauffa encore, de cette ardeur fut produite la lumière. Il s’échauffa encore…. fut produite la flamme… furent produits les rayons… fut produit le brouillard. »

Jean Herbert,
« La mythologie indoue », Albin Michel, 1980.

« Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre.
La terre n’était que chaos et vide. Il y avait des ténèbres à la surface de l’abîme et l’Esprit de Dieu planait au-dessus de l’eau.
Dieu dit:  » Qu’il y ait de la lumière! «  et la lumière fut.
Dieu vit que la lumière était bonne, et il sépara la lumière des ténèbres.
Dieu appela la lumière jour, et les ténèbres nuit. Il y eut un soir et il y eut un matin. Ce fut le premier jour.
Dieu dit:  » Qu’il y ait une étendue entre les eaux pour les séparer les unes des autres ! « 
Dieu fit l’étendue et sépara ainsi l’eau qui est au-dessous de l’étendue de celle qui est au-dessus. Cela se passa ainsi.
Dieu appela l’étendue ciel. Il y eut un soir et il y eut un matin. Ce fut le deuxième jour.
Dieu dit: «  Que les eaux qui sont au-dessous du ciel se rassemblent à un seul endroit et que le sec apparaisse! «  Et cela se passa ainsi.
Dieu appela le sec terre, et la masse des eaux mers. Dieu vit que c’était bon. »

Genèse 1.1-25

« Oseriez-vous renier Celui qui créa la terre en deux jours et Lui supposer des égaux ? Il est le Seigneur des univers. Il y posa d’en haut des ancrages, y mit la bénédiction et en proportionna les nourritures en quatre jours d’égale durée pour qui interroge. Puis, Il s’adressa au ciel qui était alors fumée et lui dit, ainsi qu’à la terre: « Venez tous deux, bon gré, mal gré. » Tous deux dirent :  » Nous venons obéissants. » Il institua sept cieux en deux jours et révéla à chaque ciel sa fonction. Nous avons décoré le ciel inférieur de lustres et c’était aussi pour la protection. Tel est l’ordre établi par le Tout-Puissant, l’Omniscient. »

Coran, Fussilat – 41/9-12

« L’évolution présuppose la Création ; la Création se présente à la lumière de l’évolution comme un événement étendu dans le temps, à travers lequel Dieu devient visible aux yeux de la foi comme Créateur des cieux et de la Terre. »

Pape Jean-Paul II, « D. Catholique numéro 1901 », 1985.

«  Pourquoi l’univers a-t-il été créé ? Qu’est-ce qui a poussé le Créateur à engendrer l’univers tel que nous le connaissons ? Essayons de comprendre : avant le Temps de Planck, rien n’existe. Ou plutôt : c’est le règne de la Totalité intemporelle, de l’intégrité parfaite, de la symétrie absolue : seule le Principe Originel est là, dans le néant, force infinie, illimitée, sans commencement ni fin (…) Et puis, « quelque chose » va se produire. Quoi ? Je ne sais pas. Un soupir de Rien. Peut-être une sorte d’accident du néant, une fluctuation du vide : en un instant fantastique, le Créateur, conscient d’être celui qui Est dans la Totalité du néant, va décider de créer un miroir à sa propre existence. »

Jean Guitton et I. Bogdanov,
« Dieu et la science », Grasset, 1991, p. 52.

« … toutes les solutions aux équations d’Einstein dans lesquelles l’Univers contient la quantité de matière correspondant à nos observations aboutissent à une constatation capitale : à un certain moment du passé, voilà environ 13,7 milliards d’années, la distance entre galaxies voisines a dû être nulle. En d’autres termes, l’Univers était tout entier comprimé en un point unique, de volume nul, comme une sphère de rayon zéro. À cet instant, la densité de l’Univers et la courbure de l’espace-temps ont dû être infinies. C’est ce moment que nous appelons le big-bang. »

Stephen Hawking,
« Une belle histoire du Temps », Flammarion, 2005, p. 84.

« En ce moment même, un satellite glisse en silence à 1 million et demi de kilomètres de la Terre. Lancé le 14 mai 2009, PLANCK poursuit sa mission extraordinaire (…) En réussissant à reconstituer le scénario énigmatique des tout premiers instants de l’Univers, en nous montrant comment tout a commencé, PLANCK va livrer à l’humanité un fabuleux trésor cosmologique : peut-être pas le visage de Dieu, mais tout au fond du gouffre du temps, mystérieux et splendide, l’instant même de la création. »

Igor et Grichka Bogdanov,
« Le visage de Dieu », Grasset, 2010, p. 258 et 260.

«  Un résultat au hasard est un résultat imprévu. Mais imprévu pour qui ? Bien des choses ont imprévues, soit parce qu’elles sont le résultat de processus trop complexes pour être appréhendés, soit parce qu’on n’a pas prêté attention à toutes sortes de détails qui ont influencé le résultat. En revanche, un résultat au « vrai » hasard est imprévu car intrinsèquement imprévisible : un tel résultat n’est pas déterminé par une ou plusieurs chaînes causales, si complexes soient-elles. Un résultat au vrai hasard n’est pas prévisible car, avant de se manifester, il n’existait pas du tout : il n’était pas nécessaire, sa réalisation est un acte de pure création. »

 Nicolas Gisin,
« L’impensable hasard – Non-localité, téléportation et autres merveilles quantiques »,
Odile Jacob, 2012, num. Nord Compo, p. 35.