Espace

(voir aussi Relativité et Univers)

 Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

« L’espace entre le ciel et la terre ne ressemble-t-il pas à un soufflet de forge ? Bien que vide intérieurement, il ne s’épuise jamais ; plus on le meut, plus il exhale ; plus on en parle, plus vite on aboutit à l’impasse. Mieux vaut s’insérer en son intérieur. »

Lao-Tseu, « Tao-tö king », bibl. de la Pléiade, Gallimard, 1993, p. 7 V.

  « L’espace est de durée éternelle et de nature immuable, et ce parce qu’il est l’effet émanant d’un être éternel et immuable. Si jamais l’espace n’avait pas existé, Dieu, à ce moment-là, n’aurait été présent nulle part… »

Isaac Newton, «De gravitatione et equipondio fluidorum», 1666.

 « L’espace est une représentation nécessaire, a priori, qui sert de fondement à toutes les intuitions extérieures. On ne peut jamais se représenter qu’il n’y ait pas d’espace, quoique l’on puisse bien concevoir qu’il n’y ait pas d’objets dans l’espace. Il est donc considéré comme la condition de la possibilité des phénomènes, et non pas comme une détermination qui en dépende ; il est une représentation a priori qui sert de fondement, d’une manière nécessaire, aux phénomènes extérieurs. »

Emmanuel Kant, « Critique de la Raison Pure », 1781.

 « L’espace et le temps sont les modes par lesquels nous pensons et non les conditions dans lesquelles nous vivons. »

Albert Einstein (1879-1955)

« D’après la mécanique classique et d’après la théorie de la relativité restreinte, l’espace (l’espace-temps) jouit d’une existence indépendante vis-à-vis de la matière ou du champ. Pour pouvoir généralement décrire ce qui remplit l’espace et dépend des coordonnées, il faut supposer tout d’abord l’existence de l’espace-temps ou du système d’inertie avec ses propriétés métriques, car autrement la description de « ce qui remplit l’espace » n’aurait pas de sens. Selon la théorie de la relativité générale, par contre, l’espace ne jouit pas d’une existence indépendante vis-à-vis de « ce qui remplit l’espace » et dépend des coordonnées (…)
Descartes n’avait donc pas tellement tort quand il se croyait obligé de nier l’existence d’un espace vide (…) : un espace « libre de champ » n’existe pas. »

Albert Einstein, « La théorie de la relativité restreinte et générale », 1916,
Dunod, Paris, 2012, p. 177-178.

«  Il est tentant de chercher à préciser la nature concrète de cet espace tridimensionnel qui nous est si familier. En fait, cette tentative est vouée à l’échec ; pour le comprendre, il suffit de constater que, même lorsque rien ne l’occupe, l’espace qui contient notre Univers a le pouvoir d’imposer à la lumière une vitesse rigoureuse : la mystérieuse « vitesse de la lumière dans le vide » partout égale à 300 000 km/sec. Plus invraisemblable encore est un constat dont nous ne nous étonnons plus tant il a été rendu banal par l’usage des téléphones portables : en chacun de ses points, qu’il soit vide ou non, l’espace contient une multitude de conversations transmises par radio entre nos contemporains. Cette présence, que nos sens sont incapables de déceler, est bien réelle, puisqu’elle se manifeste dès que nous réglons nos appareils sur les codes et la fréquence voulus. »

Albert Jacquard,
« La Science à l’usage des non-scientifiques », Calmann-Lévy, 2001, p. 183.

«  L’espace-temps est courbé par la distribution de masse et d’énergie qu’il contient. Si des corps comme la Terre se déplacent sur des orbites courbes, ce n’est pas parce qu’ils sont poussés par cette force qu’est la gravitation : ils le font parce qu’ils suivent la trajectoire la plus directe possible au sein d’un espace qui, lui, est courbe (…)
En présence de matière, l’espace-temps à quatre dimensions est déformé, ce qui courbe les trajectoires des corps dans l’espace à trois dimensions… »

Stephen Hawking,
« Une belle histoire du temps », Flammarion, 2005, p. 50-51.

 

« … en entraînant les galaxies dans son expansion, l’espace les fait s’éloigner les unes des autres (…) l’origine de ce mouvement de récession n’est pas une explosion qui a eu lieu en un point donné de l’espace. En fait, la récession des galaxies provient de la croissance continuelle de l’espace lui-même (…) Plus deux galaxies sont éloignées l’une de l’autre, plus il y a d’espace entre les deux, plus elles s’éloignent rapidement l’une de l’autre avec l’expansion de l’espace (…) dans un univers spatialement infini, l’étendue spatiale était déjà infinie au moment du big bang. A cet instant initial, la densité d’énergie est montée en flèche et une température absolument énorme fut atteinte, mais ces conditions extrêmes régnaient partout, pas uniquement en un point. »

Brian Greene,
« La magie du cosmos », R. Laffont, 2005, p. 280, 283 et 301.

« On peut aussi se demander, comme les corps macroscopiques sont constitués de systèmes quantiques (particules élémentaires, atomes, etc.), et comme leurs propriétés macroscopiques résultent de l’effet sous-jacent des propriétés quantiques et sont comme « émergentes » à leur niveau propre à partir de ces dernières, si le concept d’espace physique lui-même ne serait pas « émergent » à ce niveau, que l’on supposerait constitué à partir de l’effet de propriétés quantiques qu’on pourrait appeler « pré-spatiales »».

Michel Paty, « L’espace physique vu du monde quantique »,
in « L’espace physique entre mathématiques et philosophie »,
Marc Lachèze-Rey coord., éd. EDP Sciences, 2006.

« Imaginez que vous regardez par la fenêtre d’un train. Vous voyez le paysage qui défile. En réalité, le paysage ne défile pas : c’est votre mouvement – plus exactement celui du train – qui crée l’impression que vous avez que le paysage défile. Des physiciens imaginent que l’espace-temps est comme le paysage traversé par le train : il serait là, statique, sans temporalité propre. Il ne défilerait pas et c’est notre mouvement au sein de l’espace-temps qui créerait en nous l’impression que le temps passe. Cette conception, dite de l’ »univers-bloc », considère que tous les événements, qu’ils soient passés, présents et futurs, coexistent dans l’espace-temps en ayant tous la même réalité, de la même façon que les différentes villes coexistent en même temps dans l’espace : tandis que je suis à Paris, Brest et Strasbourg existent tout autant que la capitale, la seule différence entre ces trois villes étant que Paris accueille présentement ma présence, alors que ce n’est le cas ni de Brest ni de Strasbourg. Dans ce cadre, tout ce qui a existé existe encore dans l’espace-temps et tout ce qui va exister dans le futur y existe déjà. »

Etienne Klein,
« Le futur existe-il déjà dans l’avenir ? », Éditions du Temps, n°1, mars 2014.