Esotérisme

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« L’ésotérisme est aussi ancien que le rapport de l’humain avec le divin car, depuis les mages babyloniens du II e millénaire avant notre ère jusqu’aux physiciens du XXI e siècle, le mortel s’est toujours interrogé sur la nature et les intentions des puissances occultes qui régissent l’univers (…)
Les premiers ésotéristes furent les astrologues. Dès le VII e millénaire avant notre ère, des observateurs calculèrent, avec une précision admirable, les dates des solstices d’été et d’hiver, pour des raisons éminemment pratiques (agriculture)…
Pour Pythagore, tout était arithmétique, et la forme suprême des lois divines était la musique (…) les humains qui n’accordaient pas leur vie à l’harmonie étaient impurs. Les purs participaient à l’harmonie universelle, et leurs âmes immortelles se réincarnaient jusqu’au moment où, ayant atteint la purification parfaite, elles se fondaient dans l’âme divine de l’univers (…) Le spiritualisme était apparu. L’ésotérisme avait donné naissance au mysticisme. »

Gérald Messadié,
« 40 siècles d’ésotérisme », Presses du Châtelet, 2006.

«  Je réfléchissais un jour sur les êtres ; ma pensée planait dans les hauteurs, et toutes mes sensations corporelles étaient engourdies comme dans le lourd sommeil qui suit la satiété, les excès ou la fatigue. Il me sembla qu’un être immense, sans limites déterminées, m’appelait par mon nom et me disait :
Que veux-tu entendre et voir, que veux-tu apprendre et connaître?
Qui donc es-tu, répondis-je ?
Je suis, dit-il, Poimandrès [le pasteur de l’homme], l’intelligence souveraine. Je sais ce que tu désires, et partout je suis avec toi.
Je veux, répondis-je, être instruit sur les êtres, comprendre leur nature et connaître Dieu.
— Reçois dans ta pensée tout ce que tu veux savoir,
me dit-il, je t’instruirai.
À ces mots, il changea d’aspect, et aussitôt tout me fut découvert en un moment, et je vis un spectacle indéfinissable. Tout devenait une douce et agréable lumière qui charmait ma vue. Bientôt après descendirent des ténèbres effrayantes et horribles, de forme sinueuse ; il me sembla voir ces ténèbres se changer en je ne sais quelle nature humide et trouble, exhalant une fumée comme le feu et une sorte de bruit lugubre. Puis il en sortit un cri inarticulé qui semblait la voix de la lumière. »

Hermès Trismégiste,
« Poimandrès », premier traité du Corpus Hermeticum,
antiquité gréco-égyptienne,www.remacle.org/bloodwolf/erudits

« Avant les mondes, il n’y avait que Lui,
Dans une Unité d’une telle perfection,
Que les créatures ne peuvent pas en saisir la beauté,
Car aucune intelligence ne peut Le concevoir,
Car en aucun lieu Il ne réside,
Il est infini, Il a été, Il est et Il sera.
Et le rayon de lumière est descendu
Dans les mondes, dans la noire vacuité,
Chacun de ces mondes étant d’autant plus important
Qu’il est proche de la lumière,
Jusqu’à notre monde de matière, au centre situé,
À l’intérieur de tous les cercles, au centre de la vacuité scintillante,
Bien loin de Celui qui est Un, bien plus loin que tous les autres mondes… »

Rabbi Isaac Louria (1534 -1572) surnommé le Ari,
extrait de «L’Arbre de Vie», http://www.kabbalah.info/fr/blog/2008.

« L’ésotérisme vise tout d’abord à réunifier des connaissances présentes dans toutes les traditions philosophiques et religieuses, avec l’idée que, derrière elles, se cache une religion primordiale de l’humanité. L’ésotérisme fait ainsi presque toujours référence à un âge d’or où l’être humain possédait une connaissance qui s’est ensuite difractée à travers les différents courants religieux. Autre trait fondamental : la doctrine des correspondances. Cette doctrine affirme l’existence d’un continuum entre toutes les parties de l’univers, dans la pluralité de ses niveaux de réalité, visibles et invisibles, de l’infiniment petit à l’infiniment grand.  C’est cette idée qui fonde la pratique de l’Alchimie.  Elle part du postulat que la Nature est un grand organisme vivant que parcourt un flux, une énergie spirituelle qui lui donne sa beauté et son unité. Or seule une pensée magique et ésotérique peut élucider les mystères de cette Nature enchantée. Enfin, dernier élément, la place centrale de l’imagination comme médiation entre l’homme et le monde. Plus que par son intelligence rationnelle, c’est par son imaginaire et la pensée symbolique que l’être humain va se relier à la profondeur du réel. C’est pourquoi les symboles se trouvent au fondement même de l’ésotérisme (…)
On peut donc voir le retour (ou plutôt la permanence) de l’ésotérisme dans nos sociétés modernes comme un signe inquiétant du besoin de magie et d’irrationnel. On peut y voir aussi une tentative de rééquilibrage chez l’homme occidental moderne de ses fonctions imaginatives et rationnelles, des polarités logiques et intuitives de son cerveau. »

Frédéric Lenoir,
« Le grand retour de l’ésotérisme », Publié dans L’Express n° 3239 – le 31/07/2013.