Quantique (physique)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

« … le physicien allemand Max Planck émet, en décembre 1900, une curieuse hypothèse : à propos des vibrations qui traduisent la chaleur d’un corps, il postule qu’elles ne se répartissent pas suivant toutes les valeurs possibles (…) Pour prendre une image, au lieu de considérer que les échanges d’énergie entre l’objet chauffé et le rayonnement qu’il émet se font de façon continue, à la manière d’un liquide s’écoulant d’un récipient dans un autre, Max Planck imagine qu’ils se font de façon discontinue, par morceaux, comme si, en place du liquide, le récipient verseur contenait des billes (…)
En résumé, Planck pose comme principe que les échanges d’énergie entre matière et rayonnement s’effectuent par paquets, par quantités définies (d’où le nom de « quantum » attribué à chacun de ces paquets élémentaires, et le pluriel « quanta ») …
Cette intrusion brutale de la discontinuité dans le bel enchaînement de la physique traditionnelle lui paraît, au mieux, un « artifice de calcul », au pis une hérésie.
… Einstein reprend l’hypothèse de Planck et l’adapte à la lumière (…) Non seulement l’hypothèse d’Einstein est exacte, mais la valeur numérique de la constante h est identique à celle de la constante de Planck ! Ainsi la lumière elle-même a une structure discontinue : elle est formée de grains d’énergie (que l’on appellera à partir de 1923 des « photons ») »

Sven Ortoli et Jean-Pierre Pharabod,
« Le cantique des quantiques »,
La Découverte/Poche, 2007, p. 24-25, 26-27.

« Dans nos ordinateurs actuels, les cases mémoire sont constituées de « bits » classiques qui ne peuvent prendre que deux valeurs exclusives l’une de l’autre, soit 0, soit 1 (…) Un ordinateur quantique serait en théorie capable de calculer de façon « massivement parallèle » : il effectuerait en même temps toutes les opérations correspondant à toutes les valeurs que peuvent prendre les bits quantiques.

Etienne Klein,
« Petit voyage dans le monde des quanta »,
Champs sciences, Flammarion, 2004, p. 115-117.

«  La théorie de la décohérence tente d’expliquer pourquoi les objets macroscopiques ont un comportement classique, tandis que les objets microscopiques, atomes et autres particules, ont un comportement quantique (…) Elle démontre que c’est leur interaction avec leur environnement (système décrit par un nombre très élevé de degrés de liberté) qui fait très rapidement perdre aux objets macroscopiques leurs propriétés quantiques. Tout se passe comme si des bribes d’information sur leur état quantique s’échappaient continûment dans leur environnement. Ce dernier agit en somme comme un observateur qui mesurerait les systèmes en permanence, éliminant ainsi toutes les superpositions à l’échelle macroscopique, donc aussi les interférences. »

Etienne Klein,
« Petit voyage dans le monde des quanta »,
Champs sciences, Flammarion, 2004, p. 152-153.

« … entre ce que nous dit du monde la théorie quantique et notre perception de la réalité quotidienne, quel gouffre d’incompatibilité ! Pour chacun d’entre nous, en effet, nul doute que les objets sont localisés (je suis ici ou là-bas, mais pas les deux à la fois), non superposables (je ne prends pas le bus et la voiture en même temps) et non duaux (mon corps est solide et n’est pas en même temps une vague d’énergie)…
Dans ces conditions, la physique quantique constitue un défi à la raison. Elle nous parle d’un monde déroutant, celui des particules, radicalement différent du nôtre… alors même que celui-ci est pourtant formé de ces mêmes particules (…) »
« Si l’on envisage notre monde sur le mode quantique, on peut se figurer que toute chose est floue et indéterminée… sauf ce que l’observateur regarde. Là où ses yeux se portent, le paysage devient net, les objets déterminés. Le monde des particules est ainsi : seules celles que le physicien mesure sont clairement matérialisées en un unique lieu et dans un unique état. Le reste se résume à des probabilités. »

Roman Ikonicoff et Cécile Bonneau,
« La physique quantique rend-elle fou ? »,
Science&Vie n°1097, févr.2009, p. 50.

Indéterminisme

(voir aussi Temps imaginaire)

 Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Il règne, dans l’univers atomique, une indétermination fondamentale que les perfectionnements des méthodes de mesure et d’observation ne pourront jamais dissiper. La part du caprice dans le comportement des atomes ne peut pas être imputée à l’intelligence grossière de l’homme. Elle s’enracine dans la nature des choses, comme l’a montré Heisenberg en 1927 dans le célèbre énoncé d’une loi physique connue sous le nom de « principe d’incertitude ». »

Lincoln Barnett,
« Einstein et l’univers », nrf, Gallimard, 1951, p. 42.

 

 « L’interprétation de la Mécanique ondulatoire de Bohr et Heisenberg a de nombreuses conséquences qui ouvrent des perspectives philosophiques nouvelles. Le corpuscule n’est plus un objet bien défini dans le cadre de l’espace et du temps ; il n’est plus qu’un ensemble de potentialités affectées de probabilités, il n’est plus qu’une entité qui se manifeste à nous de façon fugitive, tantôt sous un aspect, tantôt sous un autre (…)
La question qui se pose est finalement de savoir si cette interprétation est complète (…) ou cache derrière elle, comme les anciennes théories statistiques de la Physique Classique, une réalité parfaitement déterminée et descriptible dans le cadre de l’espace et du temps qui nous seraient cachées, c’est-à-dire qui échapperaient à nos déterminations expérimentales. »

 Louis De Broglie, « La physique quantique restera-t-elle indéterministe ? »,
revue d’histoire des sciences et de leurs applications, 1952, p. 302-310.

 

 « On a tenté quelquefois de porter à l’actif de l’indéterminisme le fait qu’il serait capable, sans se fonder sur aucun présupposé, de tirer les lois de la physique expérimentale de l’absence de lois, l’ordre du désordre et le cosmos du chaos. Mais je ne crois pas qu’on puisse lui attribuer ce tour de force. Même les lois statistiques se fondent sur des présupposés très précis. On sait que les principes du calcul des probabilités reposent sur des relations déterminées par les cas d’égale probabilité (…)
Rien ne peut sortir de rien et ceux qui espèrent peut-être faire de l’indéterminisme de principe la base unique de la physique théorique vont sans doute au-devant d’une désillusion. »

Max Planck,
« L’image du monde dans la physique moderne »,
Gonthier, Médiations, 1963, p. 40.

« La bonne façon d’interpréter le principe de Heisenberg [dit principe d’indétermination] consiste non pas à dire qu’il est impossible de déterminer simultanément la position et l’impulsion des particules, mais bien plutôt à affirmer que ces dernières ne possèdent jamais ces deux attributs simultanément. Plus précisément, la représentation formelle que la physique quantique se fait des particules ne leur attribue jamais ces deux caractéristiques à la fois. Pris ensemble, c’est-à-dire affectés au même moment à un objet donné, ces deux concepts n’ont plus de sens. Quant à la notion de trajectoire, définie comme la juxtaposition à tout instant d’une vitesse et d’une position, elle n’a plus de sens non plus. »

Etienne Klein, « Petit voyage dans le monde des quanta »,
Champs sciences, Flammarion, 2004, p. 52.

« La physique quantique introduit donc au sein de la science un élément de hasard et d’imprévisibilité. Einstein a longtemps combattu cette idée, en dépit de l’importance de son rôle dans le développement de cette théorie [il reçut même le prix Nobel en récompense de sa contribution à la théorie quantique] Malgré tout, il ne parvint jamais à admettre que le hasard puisse jouer un rôle dans l’évolution de l’Univers ; sa conviction peut se résumer dans la célèbre formule : « Dieu ne joue pas aux dés avec le monde ». »

Stephen Hawking,
« Une belle histoire du temps », Flammarion, 2005, p. 108.

 

« Épicure fut le premier à dresser les termes du dilemme auquel la physique moderne a conféré le poids de son autorité. Successeur de Démocrite, il imaginait le monde constitué par des atomes en mouvement dans le vide. Il pensait que les atomes tombaient tous avec la même vitesse en suivant des trajets parallèles. Comment pouvaient-ils alors entrer en collision ? Comment la nouveauté, une nouvelle combinaison d’atomes, pouvait-elle apparaitre ? (…)
Enraciner l’indéterminisme et l’asymétrie du temps dans les lois de la physique est la réponse que nous pouvons donner aujourd’hui au dilemme d’Épicure. Sinon, ces lois sont incomplètes, aussi incomplètes que si elles ignoraient la gravitation ou l’électricité (…)
La nature nous présente l’image de l’imprévisible nouveauté. Notre univers a suivi un chemin de bifurcations successives ; il aurait pu en suivre d’autres. Peut-être pouvons-nous en dire autant pour la vie de chacun d’entre nous (…)
Les lois ne gouvernent pas le monde, mais celui-ci n’est pas non plus régi par le hasard. Les lois physiques correspondent à une nouvelle forme d’intelligibilité qu’expriment les représentations probabilistes irréductibles (…) elles décrivent les événements en tant que possibles, sans les réduire à des conséquences déductibles et prévisibles de lois déterministes. »

Ilya Prigogine,
« La fin des certitudes », Odile Jacob, 2009.