Réalisme

(voir aussi Positivisme et Réalité)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

« Jadis, Tchouang Tcheou rêva qu’il était un papillon voltigeant satisfait de son sort et ignorant qu’il était Tcheou lui-même. Brusquement il s’éveilla et s’aperçut avec étonnement qu’il était Tcheou. Il ne sut plus s’il était Tcheou rêvant qu’il était un papillon, ou un papillon rêvant qu’il était Tcheou… »

 « Philosophes taoïstes », Tchouang-tseu,
bibl. de la Pléiade, Gallimard, 1993, p. 104.

 

« Nous commençons tous avec le réalisme naïf, c’est-à-dire avec la doctrine selon laquelle les objets sont tels qu’ils paraissent. Nous admettons que l’herbe est verte, que la neige est froide et que les pierres sont dures (…) L’observateur qui prétend observer une pierre observe, en réalité, si nous voulons ajouter foi à la physique, les impressions des pierres sur lui-même. C’est pourquoi la science paraît être en contradiction avec elle-même : quand elle se considère comme étant extrêmement objective, elle plonge contre sa volonté dans la subjectivité. Le réalisme naïf conduit à la physique et la physique montre, de son côté, que ce réalisme naïf, dans la mesure où il reste conséquent, est faux. Logiquement faux, donc faux. »

Albert Einstein,
« Comment je vois le monde », Flammarion, 1958, p. 45.

 

« Les électrons et autres « particules » quantiques ne sont en réalité ni des ondes ni des particules mais quelque chose d’autre dont les attributs classiques, trajectoire, vitesse, localisation, n’apparaissent qu’en fonction du dispositif expérimental donné. Pour être provocateur, la réalité n’existerait donc fondamentalement pas dans l’espace et le temps et les objets au sens classique n’existeraient pas sans un observateur (peut-être pas nécessairement humain) pour les observer ! C’est en tous cas une interprétation possible de la mécanique quantique. »

Laurent Sacco, http://www.futura-sciences.com, févr. 2007.

« …les lois de la mécanique quantique permettent la formation de paires de particules « intriquées » (…) Lorsqu’on effectue une mesure sur l’une, tout se passe comme si sa jumelle le sentait immédiatement et adoptait un état physique correspondant à celui trouvé pour sa partenaire. Pour Einstein, inventeur de la relativité qui stipule qu’aucun effet ne peut se propager plus vite que la lumière, cette description mettant en jeu une modification instantanée à distance est inacceptable (…)
Alain Aspect entreprend en 1975, à l’Institut d’optique d’Orsay, la construction d’une source de paires de photons intriqués (…)
Les résultats violent de façon très nette les inégalités de Bell, et sont en excellent accord avec les prédictions quantiques. Il n’existe donc pas de modèle dans l’esprit des conceptions dites « réalistes locales » d’Einstein, pour décrire les particules intriquées (…) il faut admettre qu’il s’agit d’un système unique, « inséparable », décrit par un état quantique global. »

www2.cnrs.fr/sites/communique/fichier/debat

Positivisme

 Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

« Dans l’état théologique, l’esprit humain dirigeant essentiellement ses recherches vers la nature intime des êtres, les causes premières et finales de tous les effets qui le frappent, en un mot vers les connaissances absolues, se représente les phénomènes comme produits par l’action directe et continue d’agents surnaturels plus ou moins nombreux, dont l’intervention arbitraire explique toutes les anomalies apparentes de l’univers.
Dans l’état métaphysique, qui n’est au fond qu’une simple modification générale du premier, les agents surnaturels sont remplacés par des forces abstraites, véritables entités (abstractions personnifiées) inhérentes aux divers êtres du monde, et conçues comme capables d’engendrer par elles-mêmes tous les phénomènes observés, dont l’explication consiste alors à assigner pour chacun l’entité correspondante.
Enfin, dans l’état positif, l’esprit humain, reconnaissant l’impossibilité d’obtenir des notions absolues, renonce à chercher l’origine et la destination de l’univers, et à connaître les causes intimes des phénomènes, pour s’attacher uniquement à découvrir, par l’usage bien combiné du raisonnement et de l’observation, leurs lois effectives, c’est-à-dire leurs relations invariables de succession et de similitude. »

Auguste Comte,
« Cours de philosophie positive », I, 1830.

 

 « Mais on aurait bien tort de croire le positivisme mort. Jean-Louis Le Moigne cite un Rapport assez ahurissant de l’Académie française des sciences (1996)  (… et) résume à notre usage les quatre conventions qui fondent la connaissance scientifique elle-même :
 L’hypothèse ontologique : il existe une réalité objective, extérieure à l’homme, mais que celui-ci peut s’attacher à découvrir en éliminant la subjectivité des perceptions individuelles.
–  L’hypothèse déterministe ou de causalité : il existe des lois stables et régulières qui commandent à la nature afin de les mettre en œuvre.
 L’hypothèse réductionniste ou de modélisation analytique, fondée par Descartes, selon laquelle on peut comprendre le complexe en le réduisant à ses parties.
 L’hypothèse rationaliste ou de raison suffisante, remontant aux trois axiomes d’Aristote d’où découle la méthode hypothético-déductive.
Le lecteur découvrant l’épistémologie s’écriera : « eh oui, mais en quoi ceci est-il scandaleux. N’est-ce pas ainsi que la science fonctionne ? » Jean-Louis Le Moigne, et nous avec lui, nous répondrons : elle fonctionne comme cela dans certains domaines seulement, et par convention, parce qu’il est plus efficace de s’appuyer sur ces principes plutôt que sur des conceptions de la connaissance plus complexes, quand on veut, par exemple… faire de l’ingénierie.
(…) aussi bien en physique quantique que dans les sciences du macroscopique (sciences humaines et sociales comprises), il est désormais évident que nulle part on ne peut affirmer l’existence ontologique d’un réel indépendant de l’observateur. Partout il apparaît que l’observateur ne peut être objectif. C’est en fait un acteur qui construit par son action (en utilisant ses instruments) sa propre représentation du monde et qui se trouve en retour immédiatement modifié par cette construction. »

présentation par Jean-Paul Baquiast de Jean-Louis Lemoigne,
« Le constructivisme », L’Harmattan, 2003,
www.automatesintelligents.com/ avril 2004.

 

« Aujourd’hui, il semble devenu évident pour tous ceux disposant d’un minimum de sens critique qu’il n’est plus possible d’envisager l’hypothèse dite positiviste ou réaliste forte, postulant l’existence d’un réel préexistant à l’observateur, que celui-ci se bornerait à décrire de façon de plus en plus approchée grâce au travail scientifique. Cette hypothèse constitue une convention commode dans la vie quotidienne mais ne permet plus d’aborder de façon constructive les questions nouvelles nées du développement des sciences et des techniques, tant au point de vue de la recherche qu’à celui de leurs conséquences politiques et sociales. Il faut dorénavant admettre que la réalité, tout au moins les modèles et produits de toutes sortes résultant de l’activité humaine, est « construite » par cette dernière, d’une façon jamais terminée mêlant inextricablement le constructeur et son œuvre (…)
En résumant beaucoup, on dira que MCR (Method of Relativized Conceptualisation) permet de s’affranchir de ce que l’on pourrait appeler la tyrannie du « réalisme des essences » ou du monde en soi, qui conduit les hommes, que ce soient des scientifiques ou de simples locuteurs ayant recours au langage ordinaire, à oublier, inconsciemment ou même volontairement, que ce sont eux, à travers la façon dont ils perçoivent et se représentent le réel, qui définissent et construisent ce réel. »

J.-P. Baquiast et C. Jacquemin, « Le programme pour une épistémologie formalisée de Mme
Mioara Mugur-Schächter »,
www.automatesintelligents, juin 2004.

Absolu

(voir aussi Positivisme et Relativité)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

« Or tout l’art consiste à chercher toujours ce qu’il y a de plus absolu. En effet, certaines choses sont sous un point de vue plus absolues que sous un autre, et envisagées autrement, elles sont plus relatives. Ainsi l’universel est plus absolu que le particulier, parce que sa nature est plus simple ; mais en même temps il peut être dit plus relatif, parce qu’il faut des individus pour qu’il existe. »

René Descartes, « Règles pour la direction de l’esprit », 1628.

 

« Il faut croire à la science, c’est-à-dire au déterminisme, au rapport absolu et nécessaire des choses, aussi bien dans les phénomènes propres aux êtres vivants que dans tous les autres ; mais il faut en même temps être bien convaincu que nous n’avons ce rapport que d’une manière plus ou moins approximative, et que les théories que nous possédons sont loin de représenter des vérités immuables. Quand nous faisons une théorie générale dans nos sciences, la seule chose dont nous soyons certains, c’est que toutes ces théories sont fausses absolument parlant. Elles ne sont que des vérités partielles et provisoires. »

Claude Bernard,
« Introduction à l’étude de la médecine expérimentale », Delagrave, 1865, p. 58-59.


« L’absolu, l’éternel. Rien après, rien avant.
Hors de cet horizon l’esprit n’est pas vivant.
S’il n’a point l’abîme, il réclame.
Tout vouloir, tout savoir, tout sonder tour à tour,
C’est la seule façon de composer un jour
Qui suffise au regard de l’âme. »

Victor Hugo,
« Les Quatre Vents de l’esprit »
(1881) Laffont, Paris, 1985.


« Ainsi l’espace absolu, le temps absolu, la géométrie même ne sont pas des conditions qui s’imposent à la mécanique ; toutes ces choses ne préexistent pas plus à la mécanique que la langue française ne préexiste logiquement aux vérités que l’on exprime en français. »

Henri Poincaré,
« La Science et l’Hypothèse », 1902.

« L’homme, par suite de sa place limitée dans l’univers, être relatif et fini par essence, ne peut pas avoir la notion de l’absolu et de l’infini ; il s’est forgé des mots pour exprimer ce qui n’est pas comme lui, mais il n’en est pas plus avancé : il est victime de son langage ; ces mots ne correspondent plus, pour l’entendement humain, à aucune réalité précise. Élément d’un tout, il est naturel que l’ensemble lui échappe. »

Roger Martin du Gard,
« Jean Barois », Gallimard, Folio, 1921, p. 349-350.


« Un train est en marche ; un voyageur, penché par la fenêtre d’un wagon, laisse tomber une pierre. Abstraction faite du vent, il observe qu’elle tombe en ligne droite jusqu’au marchepied où elle repose perpendiculairement à sa main. En même temps, un autre observateur, à côté de la voie, constate que la pierre a suivi une trajectoire courbe : le wagon s’est déplacé pendant que la pierre tombait… Nul observateur n’est absolument au repos. Le train est un système ; la terre en est un autre. La forme du trajet de la pierre ne peut être déterminée que par rapport à l’un ou l’autre système. Comme le trajet de la pierre est composé de positions successives, de lieux, et que leur détermination dépend du système auquel on les rapporte, notre exemple montre la relativité du lieu, autrement dit : de l’espace, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de lieu, pas d’espace au sens absolu. »

Fr. Peiser,
« La Théorie de la Relativité d’Einstein », Exposé populaire, 1921.

« Dans tout mon univers, je n’ai rencontré aucune loi de la nature, immuable et inexorable. Cet univers ne nous offre que des relations changeantes qui sont parfois perçues comme des lois par des consciences à courte vie. Ces ensembles de sens charnels que nous dénommons le soi sont des éphémères flétris par l’éclat de l’infinité, fugacement conscients de certaines conditions provisoires qui confinent nos activités et changent en même temps que celles-ci. S’il faut que vous donniez un nom à l’absolu, utilisez son nom propre : Provisoire. »

Frank Herbert,
« Les mémoires volés » in « L’Empereur-Dieu de Dune », 1981, Laffont, p. 579.

 

« … la science des XVIII e et XIX e siècles avait abouti au triomphe du matérialiste mécaniste, qui expliquait tout par l’agencement de morceaux de matière minuscules et indivisibles (…) une sorte de nouvelle religion, que nous avons appelée « syncrétisme quantique », est en train de naître, qui rapporte tout – matière et esprit – à un Absolu inconnaissable mais dont l’existence pourrait être déduite des aspects extraordinaires de la nouvelle physique. »

Sven Ortoli et Jean-Pierre Pharabod,
« Le cantique des quantiques », La Découverte/Poche, 2007, p. 125