Sens

(voir aussi Comprendre, Optimisme et Raison)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

 « Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose, n’ont point coutume d’en désirer plus qu’ils en ont. En quoi il n’est pas vraisemblable que tous se trompent ; mais plutôt cela témoigne que la puissance de bien juger, et distinguer le vrai d’avec le faux, qui est proprement ce qu’on nomme le bon sens ou la raison, est naturellement égale en tous les hommes ; »

René Descartes, « Discours de la méthode
pour bien conduire sa raison et chercher la vérité dans les sciences »,
1637.

 

« La vie est un mystère qu’il faut vivre, et non un problème à résoudre. »

Gandhi (1869-1948)

 

 « Alors, on peut justifier son existence ? Un tout petit peu ? (…) Il faudrait que ce soit un livre : je ne sais rien faire d’autre (…) il faudrait qu’on devine, derrière les mots imprimés, derrière les pages, quelque chose qui n’existerait pas, qui serait au-dessus de l’existence. Une histoire (…) il faudrait qu’elle soit belle et dure comme de l’acier et qu’elle fasse honte aux gens de leur existence. »

Jean-Paul Sartre,
« La Nausée », Gallimard, Poche, 1938, p. 248-249.

 

« Se préoccuper du sens ou du but de sa propre existence, ainsi que de celle des créatures en général, m’a toujours paru, au point de vue objectif, absurde. Et cependant, tout homme a, d’autre part, certains idéaux qui dirigent son effort et son jugement (…) Sans le sentiment d’être en harmonie avec ceux qui ont les mêmes convictions que moi, sans la poursuite de l’objectif, de ce qui est éternellement inaccessible dans le domaine de l’art et de la recherche scientifique, la vie m’aurait paru vide. Les buts banaux que poursuit l’effort humain : la possession de biens, le succès extérieur, le luxe, m’ont paru dès mes jeunes années méprisables. »

Albert Einstein,
« Comment je vois le monde », Flammarion, 1958, p. 6.

 

 

« Faut-il vraiment que nous vivions pour rien, Seigneur, pour en être réduits à mourir pour quelque chose ? »

            Romain Gary

« Que l’évolution se soit effectuée dans un certain sens (dans une certaine direction) n’implique nullement qu’elle ait un sens (une signification). »

Jean Rostand,
« Inquiétudes d’un biologiste », Stock, Poche, 1967, p. 47.

«  Rêver un impossible rêve
Porter le chagrin des départs
Brûler d’une possible fièvre
Partir où personne ne part
Telle est ma quête,
Suivre l’étoile… »

Jacques Brel,
comédie musicale, « La quête », 1968.

 

 « Certainement, il est difficile de vivre dans un monde qui vous donne toujours plus de biens matériels, de savoir, de loisirs, sans vous fournir de but moral collectif. Cela exige un art de vivre personnel, tout un travail intime pour s’utiliser au mieux soi-même. La vraie liberté individuelle commence là où la société cesse de prétendre à un but moral ou religieux. Où l’unique but devient : toujours plus de moyens et de temps pour chacun (…) Quand je loue une chambre dans un hôtel, je n’attends pas qu’on me serve, avec le petit déjeuner, des raisons de vivre ma journée. Les raisons de vivre sont mon affaire. J’ai pour cela la nature et la culture, des amis, des amours et toutes les sagesses de l’humanité depuis des millénaires. »

Louis Pauwels, « Lettre ouverte aux gens heureux »,
Albin Michel, 1971, p. 126-127.

« Personne n’est normal aujourd’hui, tous les gens sont un peu fous, avec leur mental qui fonctionne tout le temps ; ils voient le monde d’une façon étroite, étriquée. Ils sont dévorés par leur ego. Ils croient voir, mais se trompent : ils projettent leur folie, leur monde sur le monde. Aucune lucidité, aucune sagesse là-dedans ! (…) Il ne faut pas rêver sa vie, mais être complètement dans tout ce que l’on fait (…) vivre le monde avec son corps, ici et maintenant. »

Taisen Deshimaru, « Zen et arts martiaux », Seghers, 1977, p. 52.

 

 « L’univers engendre la complexité. La complexité engendre l’efficacité. Mais l’efficacité n’engendre pas nécessairement le sens. Elle peut aussi engendrer le non-sens. »

Hubert Reeves,
« L’heure de s’enivrer – l’univers a-t-il un sens ? »,
Seuil, 1986, p. 212.

« Une reine fourmi fut frappée par la maladie des états d’âme. Trois questions l’obnubilaient: Quel est le moment le plus important dans la vie ? Quelle est la chose la plus importante à accomplir ? Quel est le secret du bien-être ? [La révélation lui vint au beau milieu d’une bagarre sans merci] : le moment le plus important, c’est maintenant, car on ne peut agir que sur le présent. Et si on ne se préoccupe pas de son présent, on manquera aussi son futur. La chose la plus importante est d’affronter ce qui est là, face à nous. Si la reine ne s’était pas débarrassée de la guerrière qui voulait la tuer, c’est elle qui serait morte. Quant au secret du bien-être, elle l’avait découvert après le combat : c’est d’être vivant et de marcher sur la Terre. Tout simplement. »

Bernard Werber,
« Le jour des fourmis », Albin Michel, 1992, Poche, p. 194-195.

 

« La société des loisirs… Que ferons-nous quand nous n’aurons plus rien à faire ? »

Anonyme

« Licence, censure. Où lire un sens qui soit sûr ? »

Yves Thelen,
« Le Titre du Livre », L’harmattan, 2010, p. 118.


« Aucune technologie ne peut rien contre le mal-vivre, le mal de vivre : elle peut éventuellement les masquer un temps. Rien de plus (…) plus le monde devient complexe, plus il faut que nos vies deviennent simples. Ce n’est pas un paradoxe, c’est une évidence. La complication est toujours une mauvaise réponse à la complexité (…) Vivre simplement, sobrement, frugalement, relève d’un lent processus plus d’épurement que d’apurement. »

Marc Halévy,
« Le principe frugalité », L’Arbre d’Or, 2008, p. 103.

 

«  … il y a continuité entre la matière dite « inerte » et la matière vivante. En fait, la vie tire directement ses propriétés de cette mystérieuse tendance de la matière à s’organiser elle-même, spontanément, pour aller vers des états sans cesse plus ordonnés et complexes (…) En chaque particule, chaque atome, chaque molécule, chaque cellule de matière, vit et œuvre à l’insu de tous une omniprésence.
Du point de vue du philosophe, cette dernière remarque est lourde de conséquences : elle veut dire, en effet, que l’univers a un axe, mieux encore : un sens. »

Jean Guitton, G. et I. Bogdanov,
« Dieu et la science », Grasset, 1991, p. 67-68.

« Nous allons détruire notre monde (…) nos efforts pour contrecarrer les effets de notre action sont dérisoires autant qu’illusoires et ne font que maintenir ce processus, au nom des lois de l’évolution auxquelles nous sommes soumis (…)
Si nous sommes éclairés maintenant sur notre nature, sur l’histoire et le devenir de l’humanité, nous ne pouvons plus désormais que nous reposer sur nos capacités de clivage et d’oubli, qui seules restent capables de guider nos comportements et de maintenir possible notre existence malgré l’évidence. »

 Vincent Mignerot,
« Essai sur la raison de tout », Editions Solo, 2014 p.241.

Pourquoi ?

(voir aussi Comprendre, Finalisme et Métaphysique)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? »

Gottfried W. Leibniz,
« Principes de la nature et de la grâce fondés en raison », 1740.

 

« Et si la science elle-même, sur le plan de l’explication causale, n’oserait se promettre de nous mener au repos de l’esprit, que sera-ce de la philosophie, avec la suite illimitée de ses « pourquoi », qui, sans doute, n’ont aucun sens, qui, sans doute, n’ont pas le droit de sortir d’une bouche humaine, mais que nous avons bien de la peine à ravaler quand la nausée métaphysique nous les fait monter à la gorge ! »

Jean Rostand,
«Ce que je crois », Grasset, 1953, p. 75.

 « Une théorie unifiée, si elle est possible, se borne de toute façon à un ensemble de règles et d’équations. Qu’est-ce qui donne vie à ces équations et crée l’Univers qu’elles doivent décrire ? En suivant la règle qu’elle s’est fixée de construire un modèle mathématique, la science s’avère incapable d’expliquer pourquoi il devrait exister un Univers conforme à ce modèle. Pourquoi l’Univers se donne-t-il tant de mal pour exister ? La théorie unifiée serait-elle dotée d’une telle force qu’elle se mettrait au monde elle-même ? Ou bien a-t-elle besoin d’un Créateur et, dans ce cas, joue-t-il un rôle dans l’Univers ? Et qui l’a créé, Lui ? »

Stephen Hawking,
«Une belle histoire du temps », Flammarion, 2005, p. 163.

 

« À en croire un cliché fastidieux (et qui à la différence de beaucoup d’autres n’est même pas vrai), la science s’occuperait du comment alors que seule la théologie aurait les moyens de répondre au pourquoi (…) Ce n’est pas parce qu’une question peut être formulée dans une phrase grammaticalement correcte qu’elle a un sens (…) Peut-être y a-t-il des questions vraiment profondes et sensées qui échapperont toujours au domaine de la science. Peut-être la théorie quantique frappe-t-elle déjà à la porte de l’insondable. Mais si la science ne peut répondre à telle question fondamentale, qu’est-ce qui donne à penser que la religion puisse y répondre ? »

Richard Dawkins,
«Pour en finir avec Dieu »,
Perrin, 2009, p. 77.

« Pourquoi le pourquoi ? (…) Nous seuls (de tous les êtres vivants terrestres) percevons notre existence comme une trajectoire dotée de sens (signification et direction). Un arc. Une courbe allant de la naissance à la mort. Une forme qui se déploie dans le temps, avec un début, des péripéties et une fin. En d’autres termes : un récit. »

Huston Nancy,
« L’espèce fabulatrice », Actes Sud, 2008, p. 14

 

 

Bonheur

(voir aussi Sens)

 Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

« Je ne conçois pas en quoi peut consister le bonheur, je ne comprends plus le vrai bien, si j’écarte les plaisirs que produit le goût, si j’écarte ceux que le chant procure à l’ouïe, si j’écarte les impressions agréables que la beauté des formes procure à la vue, si je retranche toutes les sensations qui nous viennent par les organes du corps (…) J’ai souvent demandé à ceux qu’on appelle les sages ce qu’il leur resterait des biens si ces plaisirs des sens étaient retranchés. Je n’ai jamais pu obtenir de leur part que de vaines paroles. »

Épicure (III e s. av. J.-C.),
« Sentences , citées par Cicéron, « Tusculanes », III, 18.

 

« Si on ne voulait être qu’heureux, cela serait bientôt fait. Mais on veut être plus heureux que les autres, et cela est presque toujours difficile parce que nous croyons les autres plus heureux qu’ils ne sont. »

Montesquieu – Charles Louis de Secondat (1689-1755)

 

 « Renonce à l’idée d’un autre monde, il n’y en a point, mais ne renonce pas au plaisir d’être heureux et d’en faire [d’autres heureux] en celui-ci. Voilà la seule façon que la nature t’offre de doubler ton existence ou de l’étendre. Mon ami, la volupté fut toujours le plus cher de mes biens, je l’ai encensée toute ma vie, et j’ai voulu la terminer dans ses bras : ma fin approche, six femmes plus belles que le jour sont dans ce cabinet voisin, je les réservais pour ce moment-ci, prends-en ta part, tâche d’oublier sur leurs seins à mon exemple tous les vains sophismes de la superstition, et toutes les imbéciles erreurs de l’hypocrisie. »

Donatien A. F. de Sade,
« Dialogue entre un prêtre et un moribond », 1782.

« Seuls sont heureux ceux qui ont leur esprit focalisé sur autre chose que sur leur propre bonheur (…) Demandez-vous si vous êtes heureux et vous cessez de l’être sur-le-champ. La seule chose à faire est de considérer non pas le bonheur, mais une autre fin extérieure à lui, comme le but de la vie. Que votre conscience, votre perspicacité, votre examen intérieur s’épuisent sur cette fin et, si les circonstances vous sont favorables, vous respirerez le bonheur en respirant l’air ambiant. »

John Stuart Mill,
« Autobiographie », 1873.

« Un homme qui sait se rendre heureux avec une simple illusion est infiniment plus malin que celui qui se désespère avec la réalité. »

Alphonse Allais (1854-1905)

« Il est bien vrai que nous devons penser au bonheur d’autrui ; mais on ne dit pas assez que ce que nous pouvons faire de mieux pour ceux qui nous aiment, c’est encore d’être heureux. »

Émile-Auguste Chartier dit Alain (1868-1951),
« Propos sur le bonheur ».

 

« Il est difficile d’être heureux. Il faut de l’esprit, de l’énergie, de l’attention, du renoncement et une sorte de politesse qui est bien proche de l’amour. C’est parfois une grâce d’être heureux. Mais ce peut être, sans la grâce, un devoir. Un homme digne de ce nom s’attache au bonheur, comme au mât par sale temps, pour se conserver à lui-même et à ceux qu’il aime. C’est un devoir d’être heureux. Et c’est une générosité. »

Louis Pauwels,
« Lettre ouverte aux gens heureux », Albin Michel, 1971, p. 153.

 

« Pourquoi une science contemplative ? Ne suffit-il pas de s’efforcer de soulager matériellement tous les maux ? Les conditions que nous offre le monde extérieur peuvent être favorables à notre bien-être, à notre confort, à notre santé, à notre longévité, à notre existence même. Les moyens et les remèdes qui agissent sur ces circonstances extérieures contribuent de façon importante à nous apporter une certaine part de bonheur. Mais tout cela ne peut nous procurer le bien-être intérieur. C’est l’esprit qui joue le rôle essentiel dans la satisfaction et l’insatisfaction, le bonheur et le malheur, le sentiment de plénitude ou celui d’échec. C’est lui qui est derrière chaque expérience de notre existence. C’est encore lui qui détermine notre vision du monde. »

Mathieu Ricard in J.-F. Revel et M. Ricard,
« Le moine et le philosophe », Nil Éd., Pocket, 1999, p. 408-409.

 

« Si on ne désire que ce qu’on n’a pas, on n’a jamais ce qu’on désire. Nous voilà séparés du bonheur par l’espérance même qui le poursuit – séparés du présent, qui est tout, par l’avenir, qui n’est pas. »

André Comte-Sponville,
« L’esprit de l’athéisme », Albin Michel, 2006, p. 64.

« Niché au cœur de l’Himalaya, le petit royaume du Bhoutan a décidé d’en finir avec « la dictature du Produit Intérieur Brut (PIB) » et de la croissance économique à tout prix, en proposant un nouvel indicateur de richesse : le Bonheur National Brut (BNB).
Lancé en 1972, le « nouveau paradigme » s’appuie sur quatre piliers : la protection de l’environnement, la conservation et la promotion de la culture bhoutanaise, la bonne gouvernance et le développement économique responsable et durable (…)
La notion de bonheur est très relative, ils veulent comme tout le monde que leurs besoins matériels soient couverts mais ils accordent aussi beaucoup d’importance au reste (…) ils adorent leur roi et le respectent énormément, comme ils aiment son père, qui a décidé d’abdiquer en 2008, à 50 ans, au profit de son fils car il estime que le pays doit être géré par quelqu’un de plus jeune. Ils ont alors basculé vers un système parlementaire de monarchie constitutionnelle et ont commencé à former des partis. Les rois ont des modes de vie simples, sont éclairés et proches de la population (…)
Il faut se rendre compte que le Bhoutan est devenu un symbole qui ne plaît pas à tout le monde, et surtout aux puissants qui se verraient bien l’abattre : ils ont refusé d’adhérer à l’OMC … »

Marie-Monique Robin,
Propos recueillis par Laure Siegel, www info arte, juin 2014.

« Visualiser un ensemble de souvenirs ou un projet d’avenir, l’évaluer et en tirer un plaisir si puissant qu’il justifie une action et permet de supporter une multitude d’efforts : n’est-ce pas, au fond, ce que nous faisons chaque fois que nous nous sentons « heureux » ?  Le bonheur pourrait donc avoir, selon les lois de l’évolution, une lointaine origine que d’aucuns pourraient trouver triviale : créer une motivation suffisamment forte pour que nos ancêtres primates n’attendent pas d’avoir faim avant de se mettre en quête des fruits savoureux, mais difficiles à trouver, qui composaient leur ordinaire (…)
Dès lors, qu’est-ce qui caractérise l’homme sinon… sa capacité à choisir d’être heureux ? Car c’est bien la perspective du bonheur qui fait de lui ce qu’il est : un créateur d’utopies. Bien sûr, son « organe du bonheur » est encore imparfait. Il repose sur des mécanismes qui le trompent et le font courir derrière des chimères. Mais parce qu’il est produit par la conscience, le bonheur reste en choix. Il ne vient pas par accident. »

 Emmanuel Monnier, « Le bonheur »,
Science
& Vie, février 2016, p. 61-62.

Etre heureux, c’est avoir vaincu ses fantômes et vécu ses fantasmes !

Yves Thelen