Propriété

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« … de nos jours la rage de posséder est allée si loin qu’il n’y a plus rien de profane ou de sacré dans la nature qui ne soit devenu une source de revenus, non seulement chez les princes, mais aussi chez les prêtres. Autrefois même sous les tyrans – ils étaient alors fort rudimentaires et n’avaient pas encore bien saisi la nature de la tyrannie – il existait des choses communes à tous, comme les mers, les fleuves, les voies publiques, les bêtes sauvages. Aujourd’hui certains aristocrates, se prenant pour seuls êtres humains qui soient, ou plutôt pour des dieux, prétendent tout s’approprier. »

Desiderius Erasmus,
« Les Adages » (1500) coord. J.-C. Saladin, Les Belles Lettres, 2011, 611, v.1.

 

«  Mien, tien. « Ce chien est à moi », disaient ces pauvres enfants.  » C‘est là ma place au soleil.  » Voilà le commencement et l’image de l’usurpation de toute la terre. »

Blaise Pascal, « Pensées », 1670, § 295.

« Le premier qui, ayant enclos un terrain, s’avisa de dire : Ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de misères et d’horreurs n’eût point épargnés au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant le fossé, eût crié à ses semblables : Gardez-vous d’écouter cet imposteur ; vous êtes perdus si vous oubliez que les fruits sont à tous, et que la terre n’est à personne. »

Jean-Jacques Rousseau (1754),
« Discours sur l’origine de l’inégalité parmi les hommes », sec. partie.

 

«  Si j’avais à répondre à la question suivante : Qu’est-ce que l’esclavage ? et que d’un seul mot je répondisse : c’est l’assassinat, ma pensée serait d’abord comprise. Je n’aurais pas besoin d’un long discours pour montrer que le pouvoir d’ôter à l’homme la pensée, la volonté, la personnalité, est un pouvoir de vie et de mort, et que faire un homme esclave, c’est l’assassinat. Pourquoi donc à cette autre demande : Qu’est-ce que la propriété ? ne puis-je répondre de même : c’est le vol, sans avoir la certitude de n’être pas entendu, bien que cette seconde proposition ne soit que la première transformée ? »

Pierre-Joseph Proudhon,
« Qu’est ce que la propriété ? »
ch. I, 1840.

« À qui appartient l’espace ? La question n’est qu’un petit pas pour l’Homme mais certes un pas de géant pour les avocats. Alors qu’une entreprise américaine réclame la propriété d’un astéroïde, des futés vendent des terrains sur la Lune et sur Mars.
Les aspects nobles de la conquête spatiale ne font pas longtemps le poids face au mercantilisme humain. Sur Internet, un vendeur de voiture californien fait déjà de bonnes affaires en vendant des terrains sur la Lune et sur Mars à des naïfs qui ont de l’argent à perdre (…)
Alors que l’homme cherche en vain des traces d’intelligence sur d’autres planètes, il y a des jours où on en cherche même sur Terre…
Toutes les tentatives pour s’approprier la propriété de corps célestes ne sont pas aussi loufoques. La firme SpaceDev, détenue par le magnat du logiciel James William Benson, a annoncé en septembre 97 son intention d’envoyer une sonde privée sur un astéroïde d’ici trois ans et réclame des droits de propriété sur ce caillou (…) des droits d’exploitation minière qui pourront être mis en vigueur lorsque la technologie le permettra. »

Michel Marsolais,
« Terrains à vendre sur Mars », Le Journal de Montréal, 11 janv. 1998.

 

Anarchisme

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

 

« États, Constitutions, Église… se sont toujours évanouis dès que l’individu a levé la tête, car l’individu est l’ennemi irréconciliable de tout ce qui tend à submerger sa volonté sous une volonté générale, de tout lien, c’est-à-dire de toute chaîne. »

Max Stirner, « L’Unique et sa propriété », 1844.

 

 

« Être gouverné, c’est être gardé à vue, inspecté, espionné, dirigé, légiféré, réglementé, parqué, endoctriné, prêché, contrôlé, estimé, apprécié, censuré, commandé, par des êtres qui n’ont ni titre ni la science, ni la vertu… Être gouverné, c’est être, à chaque opération, à chaque transaction, à chaque mouvement, noté, enregistré, recensé, tarifé, timbré, toisé, coté, cotisé, patenté, licencié, autorisé, apostillé, admonesté, empêché, réformé, redressé, corrigé … »

Pierre-Joseph Proudhon, « Idées générales de la révolution », Garnier, 1851.

 

« La liberté ne peut et ne doit se défendre que par la liberté ; et c’est un dangereux contresens que de vouloir y porter atteinte sous le prétexte spécieux de la protéger. »

Michel Bakounine, extrait d’un discours (1868) in Daniel Guérin, « L’anarchisme », Gallimard, 1965, p. 37.

 

« Nous désirons la liberté et le bien-être de tous les hommes sans exception. Nous voulons que chaque être humain puisse se développer et vivre le plus heureusement possible. Et nous croyons que cette liberté et ce bien-être ne pourront être donnés ni par un homme, ni par un parti, mais que tous devront en découvrir en eux-mêmes les conditions et les conquérir. Nous considérons que seule la plus complète application du principe de la solidarité peut détruire la lutte, l’oppression et l’exploitation, et la solidarité ne peut naître que du libre accord, de l’harmonisation spontanée et voulue des intéressés. »

Errico Malatesta, « Un peu de théorie », 1892.

« Bien qu’elle n’ait pas encore trouvé la forme sûre, la pensée anarchiste ne peut manquer de se répandre à mesure que grandira la pression de la société sur l’individu, car cette pression opprime abusivement un élément nécessaire à la perfection humaine (…) Une libre égalité fondée sur une coopération spontanée, et non sur la force gouvernementale ni sur la contrainte sociale, tel est l’idéal anarchiste le plus haut (…) Mais la nature humaine est une nature de transition (…) nous sommes finalement contraints de viser plus haut et d’aller plus loin. Un anarchisme spirituel ou spiritualisé pourrait sembler plus proche de la vraie solution. »

Sri Aurobindo, « Le cycle humain », Buchet/Chastel, 1994, p. 331.

 

 « Ne pas être anarchiste à seize ans, c’est manquer de cœur. L’être encore à quarante ans, c’est manquer de jugement. »

George Bernard Shaw

« Manifeste du libertaire
– Affirmer comme but fondamental de notre action, le libre épanouissement des forces critiques, créatives et jouitives faisant de chaque être humain une entité unique, responsable et heureuse de vivre.
– Accepter la pluralité des opinions philosophiques – à l’exclusion de toute idéologie engendrant un fanatisme incompatible avec notre but premier – et l’accueillir comme source d’enrichissement de notre propre existence (…)
Ces principes nécessitent notamment la disparition de tout groupe de pression idéologique ou commercial menaçant, ne fut-ce que par les procédés abjects de la publicité et de la propagande, la liberté individuelle ; que les entreprises soient soumises aux principes de l’autogestion (…) ; la suppression de l’État et de son appareil de répression (armée, police, juristes, sociologues, clergé) et son remplacement par la libre fédération des communautés autonomes. »

« Qu’est-ce que l’anarchisme ? », mensuel « Le Libertaire » n°7, Liège, 1969.