(voir aussi Moi)
Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…
« L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature ; mais c’est un roseau pensant. Il ne faut pas que l’univers entier s’arme pour l’écraser : une vapeur, une goutte d’eau suffit pour le tuer. Mais quand l’univers l’écraserait, l’homme serait encore plus noble que ce qui le tue, parce qu’il sait qu’il meurt, et l’avantage que l’univers a sur lui, l’univers n’en sait rien. »
Blaise Pascal, « Pensées », 1670.
« L’homme, inventeur de signes, est en même temps l’homme qui prend conscience de lui-même d’une façon toujours plus aiguë ; ce n’est que comme animal social que l’homme apprend à devenir conscient de lui-même, il le fait encore, il le fait toujours davantage. Mon idée est, on le voit, que la conscience ne fait pas proprement partie de l’existence individuelle de l’homme, mais plutôt de ce qui appartient chez lui à la nature de la communauté et du troupeau ; »
Frédéric Nietzsche, « Le gai savoir », 1882.
« Une conscience qui ne conserverait rien de son passé, qui s’oublierait sans cesse elle-même, périrait et renaîtrait à chaque instant (…) Toute conscience est donc mémoire – conservation et accumulation du passé dans le présent. Mais toute conscience est anticipation de l’avenir… »
Henri Bergson, « L’énergie spirituelle », 1919.
« L’être qui se regarde comme un objet se rejette dans l’univers pour devenir le spectateur de lui-même; mais alors il est déjà au-dessus de cet être qu’il regarde. L’être que je connais en moi n’est plus moi dès que je le connais : il est déjà un autre. Ainsi la conscience est un acte par lequel je deviens toujours supérieur à moi-même. »
Louis Lavelle, « L’Erreur de Narcisse », Grasset, 1939.
« Quelque idée qu’on se fasse de la nature du psychisme, il est une réalité biologique, essentielle et ubiquitaire. La conscience – l’esprit, si l’on veut – n’est certainement pas l’apanage des cellules nerveuses ; elle existe à l’état potentiel ou larvé dans toute cellule de tout organisme : elle accompagne toutes les manifestations de la vie (…)
Si, comme je le crois, la conscience est liée indissolublement à son substrat matériel, on ne voit guère comment quoi que ce fût de la personnalité spirituelle pourrait survivre à la désagrégation de l’organe cérébral… »
Jean Rostand, « Ce que je crois », Grasset, 1953, p. 41-42, 57-58.
« Ce que nous appelons esprit ou intelligence résulte de la coopération entre une multitude de fonctions, d’ « agents » hiérarchisés et non intelligents par eux-mêmes. »
D’après Marvin Minsky, « La société de l’esprit », 1986.
« Qu’est-ce que l’esprit ? Qui suis-je ? La matière peut-elle penser ou avoir des sensations ? Où est l’âme ? Aborder ces questions, c’est aller au-devant de bien des problèmes philosophiques (…) Nous pensons qu’il n’existe pas, à l’heure actuelle, de réponses simples aux grandes questions qui se posent, et il faudra repenser radicalement les problèmes avant que l’on puisse espérer obtenir un consensus sur le sens du mot « Moi » (…)
Les esprits existent dans les cerveaux et pourraient bien, un jour, exister dans des machines programmées. Quand ces machines verront le jour, si elles le voient, leurs propriétés causales ne découleront pas des substances qui les composeront, mais de leur conception et des programmes qui seront exécutés en leur sein. Et nous saurons qu’elles auront ces propriétés causales en leur parlant et en écoutant attentivement ce qu’elles auront à dire. »
Douglas Hofstadter et Daniel Dennett,
« Vues des l’esprit », InterÉditions, 1987, p. 11 et 382.
« … par quelque aspect qu’on l’aborde, la conscience n’existe pas ! Elle n’est de toute façon qu’une illusion, une étiquette restrictive recouvrant un flux permanent d’états indépendants sans réel chef d’orchestre. »
Daniel C. Dennet, « La conscience expliquée », Odile Jacob, 1993.
« Quel est le but de la conscience ? Pourquoi l’évolution a-t-elle créé une conscience ? Tout simplement parce qu’il fallait qu’un organisme dispose d’un moyen de choisir sa prochaine action, un moyen assez « rigide » pour que l’animal ne saute pas sans arrêt du coq à l’âne et ait « de la suite dans les idées », et cependant assez souple pour qu’un fait nouveau, s’il est important, puisse modifier très rapidement la décision à prendre. La conscience est simplement ce moyen. »
Serge Boisse, « L’esprit, l’IA et la singularité », Lulu.com, 2007, p. 168.
« Si nous ne pouvons définir ce qui est intelligent et conscient en nous, si nous ne pouvons distinguer « notre » être de ces millions de bactéries qui nous habitent, si nous ne pouvons clairement affirmer que ces bactéries n’agissent pas sur la conscience, comment pouvons-nous alors prétendre occuper la place ultime, celle de l’être conscient, éveillé, intelligent qui domine et est responsable du bien-être (ou du mal-être) de cette planète ? »
Ollivier Dyens, « La condition inhumaine », Flammarion, 2008, p. 66.
« [Selon certains neurobiologistes] … la conscience est un épiphénomène, une sorte d’aura qui émane de l’activité neuronale mais n’exerce aucun contrôle sur cette activité, contrairement à notre sentiment d’être aux commandes. Celui-ci, affirme-t-on, est une simple illusion, un tour que nous a joué la sélection naturelle. »
Christian de Duve, « Génétique du péché originel », O. Jacob, Paris, 2009, p. 138.