Temps imaginaire

(voir aussi  Multivers et Singularité)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…  

« … depuis la découverte de la mécanique quantique, nous devons considérer l’Univers comme ayant toutes les histoires possibles. Il me semble que l’idée de temps imaginaire est quelque chose qu’il nous faudra aussi accepter. C’est un bond intellectuel du même ordre que de croire à la rotondité de la terre (…)
Vous pouvez vous représenter le temps réel, ordinaire, comme une ligne droite orientée de la gauche vers la droite. Mais vous pouvez aussi considérer une autre direction du temps, du bas vers le haut. C’est le temps dit « imaginaire », qui est à angle droit du temps réel.
Quel est l’intérêt d’introduire ce concept ? (…) la matière et l’énergie tendent à courber l’espace sur lui-même. Dans la dimension du temps réel, cela conduit inévitablement à des singularités, à des endroits où l’espace-temps prend fin. Aux singularités, les équations de la physique ne sont plus définies ; on ne peut donc prédire ce qui arrivera… [tandis que] les dimensions spatiales et le temps imaginaire formeraient un espace-temps fermé sur lui-même, sans frontière ni bord. Il n’y aurait aucun point que l’on puisse qualifier de début ou de fin, pas plus que la surface de la Terre n’a de début ou de fin (…) Ainsi, on peut espérer arriver à une théorie entièrement unifiée, une théorie qui prédise tout dans l’Univers. »

Stephen Hawking,
« Trous noirs et bébés univers », Odile Jacob, 1994, p. 78-79.

 

« … le temps imaginaire pur existe lorsque le temps réel, lui, n’existe pas encore, autrement dit : à l’instant zéro. Vous pouvez donc sans effort en déduire avec nous qu’à l’instant zéro – au moment où l’Univers n’existe encore qu’en temps imaginaire – ce que nous appelons dans notre monde « énergie » n’existe pas non plus (…)
Nous voici donc face à cette forme d’énergie cristallisée, qui associe un nombre à chaque point. Au lieu d’énergie imaginaire nous allons l’appeler « information ». Et nous en déduisons donc qu’à l’instant zéro, il n’y a rien d’autre que de l’information. Quelque chose de purement numérique mais qui « encode » toutes les propriétés de L’Univers destiné à apparaître après le Big Bang (…)
Autrement dit, se poser la question de savoir ce qu’il y avait « avant le Big Bang » équivaut un peu à se demander ce qu’il y avait avant que vous n’introduisiez le CD dans le lecteur : la mélodie était bien « là », mais sous forme d’information. »

 Igor et Grichka Bogdanov,
« Le visage de Dieu », Grasset, 2010, p. 246-249.

Temps

(voir aussi Relativité)      (voyage dans le … voir Trou de vers)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges
Jeter l’ancre un seul jour ? »

Alphonse de Lamartine,
« Méditations poétiques », 1820.

« Les jours qui précédèrent mon dîner avec Mme de Stermaria me furent, non pas délicieux, mais insupportables. C’est qu’en général, plus le temps qui nous sépare de ce que nous nous proposons est court, plus il nous semble long, parce que nous lui appliquons des mesures plus brèves ou simplement parce que nous songeons à le mesurer. La papauté, dit-on, compte par siècles, et peut-être même ne songe pas à compter, parce que son but est à l’infini. Le mien étant seulement à la distance de trois jours, je comptais par secondes… »

Marcel Proust,
« À la recherche du temps perdu – Le Côté de Guermantes »,
Gallimard, 1920.

 

« J’ai tellement besoin de temps pour ne rien faire qu’il ne m’en reste plus assez pour travailler. »

Pierre Reverdy (1889-1960)

 
 

« Et le Temps m’engloutit minute par minute,
Comme la neige immense un corps pris de roideur;
Je contemple d’en haut le globe en sa rondeur
Et je n’y cherche plus l’abri d’une cahute. »

Charles Baudelaire, « Le Goût du Néant »,
Les Fleurs du mal, CXIX, 1861.

«  Chaque corps de référence (système de coordonnées) a son temps propre ; une indication de temps n’a de sens que si l’on indique le corps de référence auquel elle se rapporte.
Avant la théorie de la relativité, la physique a toujours tacitement admis que l’indication du temps avait une valeur absolue, c’est-à-dire qu’elle était indépendante de l’état de mouvement du corps de référence. Mais nous venons de montrer que cette supposition est incompatible avec la définition si naturelle de la simultanéité… »

Albert Einstein,
« La théorie de la relativité restreinte et générale », 1916,
Dunod, Paris, 2012, p. 30-31.

« Nous avons pris l’habitude de traiter le temps comme un continuum indépendant. En effet, d’après la mécanique classique le temps est absolu, c’est-à-dire indépendant de la position et de l’état de mouvement du système de référence (…) Grâce à la Théorie de la relativité, la conception du monde à quatre dimensions devient tout à fait naturelle, puisque d’après cette théorie, le temps est privé de son indépendance. »

Albert Einstein,
« La relativité
 », Payot, 1981, p. 77 et 78.

« Selon la théorie de la relativité générale, il y aurait eu dans le passé un état d’une densité infinie, le big bang, qui aurait marqué le véritable commencement du temps. De même, si l’Univers entier s’effondrait, il connaîtrait dans le futur un état d’une densité infinie, le big crunch, qui marquerait la fin de temps. Et, même si l’Univers ne s’effondrait pas complètement, il apparaîtrait des singularités dans les zones s’effondrant en trous noirs. Ces singularités marqueraient la fin du temps pour celui qui y tomberait ! »

Stephen Hawking,
« Une belle histoire du temps », Flammarion, 2005, p. 162.

 

« Augmentera d’abord le temps de transport, avec la croissance de la taille de la ville. Il deviendra une sorte de temps-esclave où l’on pourra continuer à consommer et à travailler (…) Malgré ce temps contraint, beaucoup réaliseront qu’ils n’auront jamais le temps de tout lire, tout entendre, tout voir, tout visiter, tout apprendre : comme le savoir disponible double déjà tous les sept ans, et doublera tous les 72 jours en 2030, le temps nécessaire pour se tenir informé, apprendre, devenir et rester « employable », augmentera d’autant. »

Jacques Attali,
« Une brève histoire de l’avenir », Fayard, 2006, p. 217-218.

 

 « L’univers de la rue est atemporel car composé d’une galaxie de petits riens accolés les uns aux autres n’ayant aucune signification autre que leur fin propre : le temps du réfectoire pour manger, le temps de l’attente comme… temps d’attente, voire comme prix à payer en contrepartie du gîte, du souper ou de l’octroi de facilités. Aucune cohérence, et donc rien à quoi se rattacher, pas même la grande majorité des institutions qui, sous le prétexte que les sans-abri peuvent gaspiller leur temps, le leur confisque à souhait et perpétuent, intra-muros, les mêmes schèmes temporels que ceux ayant cours dans la rue. »

Lionel Thelen,
« L’exil de soi », Facultés univ. Saint-Louis, Bruxelles, 2006, p. 237.

« Chaque « être pensant » vit le temps selon l’échelle de son espèce. Le papillon vit vingt-quatre heures en une plénitude temporelle complète, pour peu qu’il en ait conscience. Cent années de notre existence humaine lui apparaîtraient comme une éternité, au sens plénier du terme. À la limite, inenvisageable, comme l’est pour nous l’éternité de nos Dieux.
Le même papillon considérera comme éphémère, à la limite du dérisoire, la durée de vie de la particule méson, égale à une infime partie de seconde. Alors que des êtres habitant ce méson pourraient évaluer cette durée comme une « éternité ». »

Jacques Rifflet,
« Les Mondes du Sacré », Éd. mols, 2009, p. 54.

 

 « … il suffit d’allumer votre téléviseur à un moment où il n’y a pas d’émission. L’écran sera donc noir et piqué d’innombrables points qui scintillent (…) environ un de ces flocons de lumière sur cent provient du rayonnement fossile (…) Qu’est-ce que cela veut dire ? Simplement que pour les photons que vous voyez sur votre téléviseur, il ne s’est écoulé aucun temps – pas une minute, pas même une seule seconde – depuis qu’ils ont quitté le nuage de particules primitives qui composaient l’Univers, 380 000 ans après le Big Bang (…) l’espace lui-même, avec ses distances à franchir, ne signifie rien pour le photon. Absolument rien. Pour lui, l’étendue n’existe pas. La durée non plus. »

Igor et Grichka Bogdanov,
« Le visage de Dieu », Grasset, 2010, p. 127-128.

« Si vous visitez un jour l’Institut des Poids et Mesures de Paris, l’Observatoire de Belgique à Uccle ou l’Institut National des Standards et de Technologie (NIST), à Boulder, aux États-Unis, qui ont notamment pour tâche de définir l’heure avec une précision « atomique », ne leur dites jamais quelque chose du genre « votre horloge mesure le temps avec précision ». Ils vous diront invariablement : « Nos horloges ne mesurent pas le temps »… Ils vous désorienteront tout à fait quand ils vous diront : « Non, le temps est défini par ce que mesurent les horloges ». La différence est subtile, mais c’est la réalité. Les horloges atomiques définissent le temps standard pour le globe : le Temps est défini par le nombre de clics de leurs horloges.
« Il se pourrait, explique le physicien Carlo Rovelli, que la meilleure manière de réfléchir à la réalité quantique soit d’abandonner la notion de temps, de sorte que la description fondamentale de l’univers soit intemporelle. » »

Thierry Lombry,ww.astrosurf.com/luxorion

«  En Australie, les Aborigènes pensent que le temps, l’espace et les hommes ne font qu’un. Il leur suffit de regarder un arbre ou un visage pour connaître le jour et l’heure. Ils distinguent les saisons selon des critères précis liés au cycle de vie des plantes et aux changements du vent : les Gunwinggu orientaux, par exemple, conçoivent six saisons, trois « sèches » et trois » humides », là où les non-Aborigènes n’en voient que deux.
Pour ces tribus comme pour d’autres, le temps est le produit de nos actes (…) Elles ne conçoivent pas le temps à la manière d’une donnée omniprésente, comme l’air. Les secondes, les minutes et les heures, ce sont toutes les choses que nous faisons. Au lieu d’utiliser ces mots, ils parlent d’un « temps de moisson » ou d’un « temps de poisson de rivière ». Demande à un berger africain combien de temps lui prend telle ou telle tâche, et il répond « le temps de traire une vache ». Qu’est-ce qu’une heure pour cet homme ? Peut-être le temps de traire dix vaches.
(…) les mots et les images spécifiques que déploient nos cultures respectives influent sur notre façon de vivre le temps (…)
Nos jours sont une pâte malléable que nous pouvons sculpter en des formes infiniment variées. »

Daniel Tammet,
« L’éternité dans une heure – La poésie des nombres »,
Éditions des Arènes, 2013, p. 274-275

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« … nous sommes moins les victimes d’une prétendue accélération du temps que de la superposition de présents multiples et hétérogènes qui sont souvent en conflit mutuel : en même temps que nous travaillons, nous regardons les écrans de nos téléphones portables, écoutons la radio et pensons à autre chose encore (…) Tout le monde ne trépide pas. Nous ne sommes pas du tout égaux en matière d’intensité existentielle. Ce qui se passe, c’est que les temps propres des individus se désynchronisent. Selon la théorie de la relativité, la désynchronisation des horloges vient de leur mouvement relatif dans l’espace. Mais là, ce n’est pas le mouvement qui décale nos horloges individuelles. Nous sommes tous au même endroit, à peu près immobiles les uns par rapport aux autres, mais nous n’habitons pas le même présent, nous ne sommes pas vraiment ensemble, nous n’avons pas le même rapport à ce qui se passe. Notre société me semble être submergée par une entropie chrono-dispersive qui produit des effets sur l’intensité et la qualité du lien social. »

Etienne Klein,
« Le futur existe-il déjà dans l’avenir ? »,
Éditions du Temps, N°1, mars 2014.

Relativité

 Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Tandis que le bateau est à l’arrêt, observez soigneusement des oiseaux voler à des vitesses égales dans toutes les directions de la cabine (…) si vous lancez quelque chose à votre ami, les distances étant égales, vous n’avez pas besoin de le lancer avec plus de force dans une direction que dans une autre, et si vous sautez à pieds joints, vous franchissez des distances égales dans toutes les directions (…) faites maintenant avancer le bateau à l’allure qui vous plaira : pour autant que la vitesse soit uniforme et qu’il n’oscille pas, vous ne constaterez pas le moindre changement dans les effets mentionnés et aucun d’eux ne vous permettra de dire si le bateau est en mouvement ou à l’arrêt (…) Le mouvement est mouvement et agit comme mouvement pour autant qu’il soit en rapport avec des choses qui en sont dépourvues ; mais pour toutes les choses qui y participent également, il n’agit pas, il est comme s’il n’était pas. »

Galilée,
« Dialogue sur les deux grands systèmes du Monde »,1632.

 

 «  Trois degrés d’élévation du pôle renversent toute la jurisprudence, un méridien décide de la vérité ; en peu d’années de possession, les lois fondamentales changent ; le droit a ses époques, l’entrée de Saturne au Lion nous marque l’origine d’un tel crime. Plaisante justice qu’une rivière borne ! Vérité au deçà des Pyrénées, erreur au-delà. »

 Blaise Pascal, « Pensées », 1670, § 294.

 

 « … si la Terre était en repos, le corps qui est en repos relatif dans le vaisseau aurait un mouvement vrai et absolu, dont la vitesse serait égale à celle qui emporte le vaisseau à la surface de la Terre, mais la Terre se mouvant dans l’espace, le mouvement vrai et absolu de ce corps est composé du mouvement vrai de la Terre dans l’espace immobile, et du mouvement relatif du vaisseau par rapport à la Terre. »

Isaac Newton, « Philosophiae Naturalis Principia Mathematica », 1687.

« … même si la mécanique classique ne fournit pas une base assez large pour la représentation théorique de tous les phénomènes physiques, il faut lui reconnaître une part importante de vérité, car elle explique avec une merveilleuse précision les mouvements réels des corps célestes. C’est pourquoi le principe de relativité doit aussi être valable avec une grande précision dans le domaine de la mécanique (…)
… tous les corps de référence K’ doivent être tout à fait équivalents à K pour la formulation des lois de la nature s’ils effectuent, relativement à K, un mouvement rectiligne, uniforme et exempt de rotation (…) C’est dans ce sens que nous parlons du principe de relativité restreinte (…) nous entendrons par « principe de relativité générale » l’affirmation suivante : tous les corps de référence, quel que soit leur état de mouvement, sont équivalents pour la description de la nature (…) cette formulation devra être remplacée plus tard par une autre plus abstraite [en effet] … dans les champs de gravitation il n’existe pas de corps rigides jouissant de propriétés euclidiennes ; la fiction de corps de référence rigide est, par conséquent, inutile dans la théorie de la relativité générale. La marche des horloges est également influencée par les champs de gravitation, de telle sorte qu’une définition physique directe du temps à l’aide d’horloges n’a pas du tout le même degré de précision que dans la théorie de la relativité restreinte. »

Albert Einstein,
« La théorie de la relativité restreinte et générale », 1916,
Dunod, Paris, 2012, p. 16, 70-71 et 116.

« La loi de la constance de la vitesse de la lumière dans l’espace vide, corroborée par le développement de l’électrodynamique et de l’optique, jointe à l’égalité de droit de tous les systèmes d’inertie [principe de la relativité restreinte] (…) a conduit tout d’abord à l’idée que la notion de temps devait être relative, puisque chaque système d’inertie devait avoir son temps propre. »

Albert Einstein, discours prononcé à Londres (1922)

 

« Nous éprouvons naturellement le caractère subjectif du temps qui passe. Qu’il nous faille attendre impatiemment, et le temps nous semblera long ; mais plus nous vieillissons, plus nous avons le sentiment que les années nous filent entre les doigts… Pourtant, nous postulons intuitivement qu’une heure est toujours une heure : quelles que soient les circonstances, si la vision d’un feuilleton filmé dure cent-vingt minutes, il nous apparaît évident que ce laps de temps s’écoulera semblablement pour tout un chacun s’installant devant l’écran, où qu’il se trouve. C’est que notre expérience de l’Univers est extrêmement réduite : nous subissons un champ de gravité relativement uniforme et la vitesse de nos déplacements est infime par rapport à la vitesse limite de la lumière. Nous sommes dès lors forcément très dubitatifs lorsque la théorie de la Relativité nous apprend que l’astronaute qui subirait des accélérations très élevées ou qui traverserait d’intenses champs gravitationnels vivrait un temps propre ralenti et, de retour sur Terre, découvrirait son frère jumeau plus âgé que lui. Leur montre respective aurait confirmé que la durée de chaque séance cinématographique est bien de cent-vingt minutes, mais le second aurait disposé d’un bien plus grand nombre de séances ! »

YvesThelen,
d’après « Éveil à l’esprit philosophique », L’Harmattan, 2009, p. 33-34.

 

«  … avant la théorie de la relativité générale (1915), la physique fournissait une description non locale de la gravitation : si on déplace un caillou sur la Lune, notre poids sur Terre est immédiatement affecté ; on pourrait donc, en principe, communiquer instantanément à travers tout l’univers. Avec la théorie d’Einstein, la gravitation devient un phénomène qui, comme tous les autres phénomènes connus en 1917, se propage à vitesse finie [la vitesse de la lumière] de proche en proche (…) l’homme qui a rendu la physique locale se trouva environ dix ans après sa découverte à nouveau confronté à la non-localité [de la physique quantique]. (…) il est possible et même fréquent que deux objets éloignés l’un de l’autre ne forment, en réalité, qu’un seul objet ! C’est cela, l’intrication. Ainsi, si l’on touche l’un des deux, tous deux tressaillent. »

Nicolas Gisin,
« L’impensable hasard », Odile Jacob, 2012, num : Nord Compo, p. 76 et 70.

 

Réalité

(voir aussi Vide)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Ce que la science peut atteindre, ce ne sont pas les choses elles-mêmes, comme le pensent les dogmatistes naïfs, ce sont seulement les rapports entre les choses ; en dehors de ces rapports, il n’y a pas de réalité connaissable. »

Henri Poincaré, « La science et l’hypothèse », intr., Flammarion, 1920.

 

 « … le chercheur croit certainement qu’à mesure que ses connaissances s’accroîtront, son image de la réalité deviendra de plus en plus simple et expliquera des domaines de plus en plus étendus de ses impressions sensibles. Il pourra aussi croire à l’existence d’une limite idéale de la connaissance que l’esprit humain peut atteindre. Il pourra appeler cette limite idéale la réalité objective. »

Albert Einstein et Léopold Infeld,
« L’Évolution des idées en physique », 1938.

 

 « Ma main se sent touchée aussi bien qu’elle touche. Réel veut dire cela, rien de plus. »

Paul Valéry (1871-1945)

« La question de savoir ce qu’est une table en réalité ne présente aucun sens. Il en va de même ainsi de toutes les notions physiques. L’ensemble du monde qui nous entoure ne constitue rien d’autre que la totalité des expériences que nous en avons. Sans elles, le monde extérieur n’a aucune signification. Toute question se rapportant au monde extérieur qui ne se fonde pas en quelque manière sur une expérience, une observation, est déclarée absurde et rejetée comme telle.»

Max Planck,
« L’image du monde dans la physique contemporaine », (1922), Gonthier-Médiations, 1963.

« …nous pouvons observer et voir ce qui se passe dans notre tête, et nous ne pouvons observer ni voir rien d’autre. Le ciel étoilé que nous fait connaître la sensation visuelle est en nous. Le ciel étoilé auquel nous croyons est inféré. »

Bertrand Russel
in P. Chambadal, « À la recherche de la réalité physique »,
librairie A. Blanchard, 1969, p. 252.

 

« Au niveau subatomique, la matière n’existe pas avec certitude à des places définies, mais manifeste plutôt une « tendance à exister », et les événements atomiques ne surviennent pas avec certitude, mais manifestent plutôt des « tendances à survenir ». Dans la formulation de la théorie quantique, ces tendances sont exprimées comme des probabilités et sont associées aux quantités mathématiques qui prennent la forme d’ondes. »

Fritjof Capra,
« Le Tao de la Physique », Éd. Sand, 1975, p. 70.

 

« Nous construisons le monde, alors que nous pensons le percevoir. Ce que nous appelons « réalité » (individuelle, sociale, idéologique) est une interprétation, construite par et à travers la communication. »

Paul Watzlawick
in « L’invention de la réalité », 1981.

« Le monde extérieur, dont nous connaissons tous la « réalité » de manière intuitive, nous apparaît ainsi comme une création du système nerveux. Il s’agit, en quelque sorte, d’un monde possible, d’un modèle permettant à l’organisme de gérer la masse d’informations qu’il reçoit, et de la rendre utile dans la vie quotidienne. Ainsi, il nous faut définir une sorte de « réalité biologique » comme la représentation du monde extérieur que le cerveau d’une espèce donnée parvient à construire. »

O. Dyens, citant Jesper Hoffmeyer et François Jacob,
« La condition inhumaine », Flammarion, 2008, p. 34.

 

« Cette nouvelle « physique de l’information » [la théorie de la double causalité] se justifie par le caractère contre intuitif de la réalité qui nous est dépeinte par la physique actuelle : un espace-temps courbe et élastique, un temps spatialisé, une matière essentiellement vibratoire que l’on ne distingue même plus de l’espace lui-même. Il devient dès lors presque impératif de soutenir l’idée somme toute très logique que notre réalité apparente ne soit finalement qu’une construction du cerveau et que la vraie réalité soit plutôt un vaste champ d’informations très différent de ce que l’on perçoit. »

Philippe Guillemant,
«Théorie de la double causalité», Éditions du Temps, n°2, mars 2014.

« … le tissu de notre monde physique, l’espace lui-même, est un objet purement mathématique au sens où seuls ses propriétés intrinsèques sont des propriétés mathématiques – des valeurs telles que le nombre de dimensions, la courbure et la topologie.
… toute la « substance » de notre monde physique est constituée de particules élémentaires, qui s’avèrent à leur tour être des objets purement mathématique (…)
Nous avons vu qu’il existe quelque chose d’incontestablement plus fondamental que notre espace tridimensionnel et les particules qui l’habitent : la fonction d’onde et la région de dimension infinie, appelée espace de Hilbert, dans laquelle elle évolue [et qui sont également] des objets purement mathématiques. »

 Max Tegmark,
« Notre univers mathématique – En quête de la nature ultime du Réel »,
Dunod, Poche, 2014. 

Espace

(voir aussi Relativité et Univers)

 Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

« L’espace entre le ciel et la terre ne ressemble-t-il pas à un soufflet de forge ? Bien que vide intérieurement, il ne s’épuise jamais ; plus on le meut, plus il exhale ; plus on en parle, plus vite on aboutit à l’impasse. Mieux vaut s’insérer en son intérieur. »

Lao-Tseu, « Tao-tö king », bibl. de la Pléiade, Gallimard, 1993, p. 7 V.

  « L’espace est de durée éternelle et de nature immuable, et ce parce qu’il est l’effet émanant d’un être éternel et immuable. Si jamais l’espace n’avait pas existé, Dieu, à ce moment-là, n’aurait été présent nulle part… »

Isaac Newton, «De gravitatione et equipondio fluidorum», 1666.

 « L’espace est une représentation nécessaire, a priori, qui sert de fondement à toutes les intuitions extérieures. On ne peut jamais se représenter qu’il n’y ait pas d’espace, quoique l’on puisse bien concevoir qu’il n’y ait pas d’objets dans l’espace. Il est donc considéré comme la condition de la possibilité des phénomènes, et non pas comme une détermination qui en dépende ; il est une représentation a priori qui sert de fondement, d’une manière nécessaire, aux phénomènes extérieurs. »

Emmanuel Kant, « Critique de la Raison Pure », 1781.

 « L’espace et le temps sont les modes par lesquels nous pensons et non les conditions dans lesquelles nous vivons. »

Albert Einstein (1879-1955)

« D’après la mécanique classique et d’après la théorie de la relativité restreinte, l’espace (l’espace-temps) jouit d’une existence indépendante vis-à-vis de la matière ou du champ. Pour pouvoir généralement décrire ce qui remplit l’espace et dépend des coordonnées, il faut supposer tout d’abord l’existence de l’espace-temps ou du système d’inertie avec ses propriétés métriques, car autrement la description de « ce qui remplit l’espace » n’aurait pas de sens. Selon la théorie de la relativité générale, par contre, l’espace ne jouit pas d’une existence indépendante vis-à-vis de « ce qui remplit l’espace » et dépend des coordonnées (…)
Descartes n’avait donc pas tellement tort quand il se croyait obligé de nier l’existence d’un espace vide (…) : un espace « libre de champ » n’existe pas. »

Albert Einstein, « La théorie de la relativité restreinte et générale », 1916,
Dunod, Paris, 2012, p. 177-178.

«  Il est tentant de chercher à préciser la nature concrète de cet espace tridimensionnel qui nous est si familier. En fait, cette tentative est vouée à l’échec ; pour le comprendre, il suffit de constater que, même lorsque rien ne l’occupe, l’espace qui contient notre Univers a le pouvoir d’imposer à la lumière une vitesse rigoureuse : la mystérieuse « vitesse de la lumière dans le vide » partout égale à 300 000 km/sec. Plus invraisemblable encore est un constat dont nous ne nous étonnons plus tant il a été rendu banal par l’usage des téléphones portables : en chacun de ses points, qu’il soit vide ou non, l’espace contient une multitude de conversations transmises par radio entre nos contemporains. Cette présence, que nos sens sont incapables de déceler, est bien réelle, puisqu’elle se manifeste dès que nous réglons nos appareils sur les codes et la fréquence voulus. »

Albert Jacquard,
« La Science à l’usage des non-scientifiques », Calmann-Lévy, 2001, p. 183.

«  L’espace-temps est courbé par la distribution de masse et d’énergie qu’il contient. Si des corps comme la Terre se déplacent sur des orbites courbes, ce n’est pas parce qu’ils sont poussés par cette force qu’est la gravitation : ils le font parce qu’ils suivent la trajectoire la plus directe possible au sein d’un espace qui, lui, est courbe (…)
En présence de matière, l’espace-temps à quatre dimensions est déformé, ce qui courbe les trajectoires des corps dans l’espace à trois dimensions… »

Stephen Hawking,
« Une belle histoire du temps », Flammarion, 2005, p. 50-51.

 

« … en entraînant les galaxies dans son expansion, l’espace les fait s’éloigner les unes des autres (…) l’origine de ce mouvement de récession n’est pas une explosion qui a eu lieu en un point donné de l’espace. En fait, la récession des galaxies provient de la croissance continuelle de l’espace lui-même (…) Plus deux galaxies sont éloignées l’une de l’autre, plus il y a d’espace entre les deux, plus elles s’éloignent rapidement l’une de l’autre avec l’expansion de l’espace (…) dans un univers spatialement infini, l’étendue spatiale était déjà infinie au moment du big bang. A cet instant initial, la densité d’énergie est montée en flèche et une température absolument énorme fut atteinte, mais ces conditions extrêmes régnaient partout, pas uniquement en un point. »

Brian Greene,
« La magie du cosmos », R. Laffont, 2005, p. 280, 283 et 301.

« On peut aussi se demander, comme les corps macroscopiques sont constitués de systèmes quantiques (particules élémentaires, atomes, etc.), et comme leurs propriétés macroscopiques résultent de l’effet sous-jacent des propriétés quantiques et sont comme « émergentes » à leur niveau propre à partir de ces dernières, si le concept d’espace physique lui-même ne serait pas « émergent » à ce niveau, que l’on supposerait constitué à partir de l’effet de propriétés quantiques qu’on pourrait appeler « pré-spatiales »».

Michel Paty, « L’espace physique vu du monde quantique »,
in « L’espace physique entre mathématiques et philosophie »,
Marc Lachèze-Rey coord., éd. EDP Sciences, 2006.

« Imaginez que vous regardez par la fenêtre d’un train. Vous voyez le paysage qui défile. En réalité, le paysage ne défile pas : c’est votre mouvement – plus exactement celui du train – qui crée l’impression que vous avez que le paysage défile. Des physiciens imaginent que l’espace-temps est comme le paysage traversé par le train : il serait là, statique, sans temporalité propre. Il ne défilerait pas et c’est notre mouvement au sein de l’espace-temps qui créerait en nous l’impression que le temps passe. Cette conception, dite de l’ »univers-bloc », considère que tous les événements, qu’ils soient passés, présents et futurs, coexistent dans l’espace-temps en ayant tous la même réalité, de la même façon que les différentes villes coexistent en même temps dans l’espace : tandis que je suis à Paris, Brest et Strasbourg existent tout autant que la capitale, la seule différence entre ces trois villes étant que Paris accueille présentement ma présence, alors que ce n’est le cas ni de Brest ni de Strasbourg. Dans ce cadre, tout ce qui a existé existe encore dans l’espace-temps et tout ce qui va exister dans le futur y existe déjà. »

Etienne Klein,
« Le futur existe-il déjà dans l’avenir ? », Éditions du Temps, n°1, mars 2014.

Absolu

(voir aussi Positivisme et Relativité)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

« Or tout l’art consiste à chercher toujours ce qu’il y a de plus absolu. En effet, certaines choses sont sous un point de vue plus absolues que sous un autre, et envisagées autrement, elles sont plus relatives. Ainsi l’universel est plus absolu que le particulier, parce que sa nature est plus simple ; mais en même temps il peut être dit plus relatif, parce qu’il faut des individus pour qu’il existe. »

René Descartes, « Règles pour la direction de l’esprit », 1628.

 

« Il faut croire à la science, c’est-à-dire au déterminisme, au rapport absolu et nécessaire des choses, aussi bien dans les phénomènes propres aux êtres vivants que dans tous les autres ; mais il faut en même temps être bien convaincu que nous n’avons ce rapport que d’une manière plus ou moins approximative, et que les théories que nous possédons sont loin de représenter des vérités immuables. Quand nous faisons une théorie générale dans nos sciences, la seule chose dont nous soyons certains, c’est que toutes ces théories sont fausses absolument parlant. Elles ne sont que des vérités partielles et provisoires. »

Claude Bernard,
« Introduction à l’étude de la médecine expérimentale », Delagrave, 1865, p. 58-59.


« L’absolu, l’éternel. Rien après, rien avant.
Hors de cet horizon l’esprit n’est pas vivant.
S’il n’a point l’abîme, il réclame.
Tout vouloir, tout savoir, tout sonder tour à tour,
C’est la seule façon de composer un jour
Qui suffise au regard de l’âme. »

Victor Hugo,
« Les Quatre Vents de l’esprit »
(1881) Laffont, Paris, 1985.


« Ainsi l’espace absolu, le temps absolu, la géométrie même ne sont pas des conditions qui s’imposent à la mécanique ; toutes ces choses ne préexistent pas plus à la mécanique que la langue française ne préexiste logiquement aux vérités que l’on exprime en français. »

Henri Poincaré,
« La Science et l’Hypothèse », 1902.

« L’homme, par suite de sa place limitée dans l’univers, être relatif et fini par essence, ne peut pas avoir la notion de l’absolu et de l’infini ; il s’est forgé des mots pour exprimer ce qui n’est pas comme lui, mais il n’en est pas plus avancé : il est victime de son langage ; ces mots ne correspondent plus, pour l’entendement humain, à aucune réalité précise. Élément d’un tout, il est naturel que l’ensemble lui échappe. »

Roger Martin du Gard,
« Jean Barois », Gallimard, Folio, 1921, p. 349-350.


« Un train est en marche ; un voyageur, penché par la fenêtre d’un wagon, laisse tomber une pierre. Abstraction faite du vent, il observe qu’elle tombe en ligne droite jusqu’au marchepied où elle repose perpendiculairement à sa main. En même temps, un autre observateur, à côté de la voie, constate que la pierre a suivi une trajectoire courbe : le wagon s’est déplacé pendant que la pierre tombait… Nul observateur n’est absolument au repos. Le train est un système ; la terre en est un autre. La forme du trajet de la pierre ne peut être déterminée que par rapport à l’un ou l’autre système. Comme le trajet de la pierre est composé de positions successives, de lieux, et que leur détermination dépend du système auquel on les rapporte, notre exemple montre la relativité du lieu, autrement dit : de l’espace, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de lieu, pas d’espace au sens absolu. »

Fr. Peiser,
« La Théorie de la Relativité d’Einstein », Exposé populaire, 1921.

« Dans tout mon univers, je n’ai rencontré aucune loi de la nature, immuable et inexorable. Cet univers ne nous offre que des relations changeantes qui sont parfois perçues comme des lois par des consciences à courte vie. Ces ensembles de sens charnels que nous dénommons le soi sont des éphémères flétris par l’éclat de l’infinité, fugacement conscients de certaines conditions provisoires qui confinent nos activités et changent en même temps que celles-ci. S’il faut que vous donniez un nom à l’absolu, utilisez son nom propre : Provisoire. »

Frank Herbert,
« Les mémoires volés » in « L’Empereur-Dieu de Dune », 1981, Laffont, p. 579.

 

« … la science des XVIII e et XIX e siècles avait abouti au triomphe du matérialiste mécaniste, qui expliquait tout par l’agencement de morceaux de matière minuscules et indivisibles (…) une sorte de nouvelle religion, que nous avons appelée « syncrétisme quantique », est en train de naître, qui rapporte tout – matière et esprit – à un Absolu inconnaissable mais dont l’existence pourrait être déduite des aspects extraordinaires de la nouvelle physique. »

Sven Ortoli et Jean-Pierre Pharabod,
« Le cantique des quantiques », La Découverte/Poche, 2007, p. 125