Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…
« Le cinquième ange sonna de la trompette. Et je vis une étoile qui était tombée du ciel sur la terre. La clef du puits de l’abîme lui fut donnée, et elle ouvrit le puits de l’abîme. Et il monta du puits une fumée, comme la fumée d’une grande fournaise ; et le soleil et l’air furent obscurcis par la fumée du puits. De la fumée sortirent des sauterelles qui se répandirent sur la terre ; et il leur fut donné un pouvoir comme le pouvoir qu’ont les scorpions de la terre.
Il leur fut dit de ne point faire de mal à l’herbe de la terre, ni à aucune verdure, ni à aucun arbre, mais seulement aux hommes qui n’avaient pas le sceau de Dieu sur le front.
Il leur fut donné, non de les tuer, mais de les tourmenter pendant cinq mois; et le tourment qu’elles causaient était comme le tourment que cause le scorpion quand il pique un homme.
En ces jours-là, les hommes chercheront la mort et ils ne la trouveront pas ; ils désireront mourir et la mort fuira loin d’eux. »
Jean, « L’Apocalypse », 9.1-9.6 (fin du 1er s.)
« Quand on voit l’Homme manier de si terribles énergies, encore toutes fourrées d’inconnu (…) comment ne pas douter si, un jour, trop confiant en l’infaillibilité de ses machines électroniques, ou méconnaissant le jeu d’une cause insoupçonnable, il ne commettra pas l’erreur gigantesque dont il ne s’aviserait que trop tard pour en corriger les effets ? »
Jean Rostand, « Disparition de l’homme »,
l’Apocalypse, J. Foret, 1961, p. 223.
« Que se passe-t-il ?
J’y comprends rien
Y avait une ville
Et y a plus rien
Y a plus rien qu’un désert
De gravats, de poussière
Qu’un silence à hurler
À la place où il y avait
Une ville qui battait
Comme un cœur prodigieux
Une fille dont les yeux
Étaient pleins du soleil de mai
Mon Dieu, mon Dieu
Faites que ce soit
Un mauvais rêve
Réveillez-moi… »
Claude Nougaro, chanson, « Y avait une ville », 1964.
« Des milliardaires qui occupent les suites de luxe jusqu’aux immigrants entassés en fond de cale, tous sont embarqués dans le même voyage et pour le même naufrage. Et pourtant, alors que l’iceberg approche et que le bateau devrait dévier de son cap, l’orchestre continue de jouer, les passagers de se distraire, et l’équipage de passer de groupe en groupe afin de rassurer tout le monde. »
Nicolas Hulot, « Le syndrome du Titanic »,
Calman-Levy, 2004.
« Lorsque je me projette dans le temps, je vois la planète chaude et aride, et quelques survivants en marche vers l’Arctique. Je les vois dans le désert tandis que le jour pointe et qu’à l’horion le soleil darde ses premiers rayons. L’air frais de la nuit est un soulagement, mais il se dissipe, telle une fumée, à mesure que la chaleur monte. L’unique chameau s’éveille, cligne des yeux et se dresse lentement sur son arrière-train. Les petits derniers de la tribu montent en selle. L’animal éructe et se met en route dans la fournaise, en quête de la prochaine oasis. »
James Lovelock, « La revanche de Gaïa »,
Flammarion, 2007, dernier paragraphe.
« Muni de la technologie adéquate, n’importe quel bricoleur ou « hacker » pourra concevoir un nanovirus autoreproducteur : un nano-système analogue à un virus humain (…) La multiplication des « nanobugs » ne connaîtrait aucune limite (…) en moins d’une semaine, l’ensemble de la surface de la planète, et même de son sous-sol, y compris vous et moi, y compris toutes les espèces vivantes animales et végétales, y compris même les océans et une bonne partie de la croûte terrestre, sera décomposé et transformé en une espèce de gelée grise et informe, une « pâte de nanobugs » furieusement occupés à se détruire eux-mêmes et à se reconstruire en même temps, à laquelle on a donné le nom de Grey Goo, « Mélasse grise ». »
Serge Boisse, « L’esprit, l’IA et la singularité, »,
2007, Lulu.com, p. 474-475.
« Ce que nous appelons notre « civilisation » ressemble à un chancre. Nous envahissons, nous dévastons, nous salissons l’air, l’eau, le sol, le sous-sol, les mers, les campagnes, les forêts, les montagnes, les déserts et les pôles ; demain, la Lune et la planète Mars… Nous produisons des quantités phénoménales de déchets. Nous affaiblissons Gaïa, le super-organisme qui nous oxygène, nous abreuve et nous nourrit.
Nous nous précipitons dans le néant…« Le vingt et unième siècle sera belliqueux, ou je ne m’y connais pas. La conclusion pourrait en être une série de conflits terrifiants qui finiraient en guerre totale – la troisième et la dernière qu’on nommerait « mondiale ». Au bouquet final de ce feu d’artifice, l’humanité serait écrabouillée, carbonisée, irradiée, affamée, noyée, gelée, pétrifiée – au choix, ou tout à la fois. »
Yves Paccalet, « L’humanité disparaîtra, bon débarras ! », Arthaud, 2013, p. 76 et 124.
« La nouvelle étude du MSSI (Melbourne Sustainable Society Institute) révèle que les prévisions du scénario de statu quo World3 (en référence à l’étude publiée en 1972, « Limits to Growth » – Les limites à la croissance, appelée également » rapport Meadows » du Club de Rome) concernant la population, la croissance économique et l’environnement se sont avérées relativement justes. Le scénario de statu quo fixe aux environs de 2015 le début du « dépassement des limites et de l’effondrement », une prévision préoccupante. Le taux de mortalité commencerait à augmenter à partir de 2020 et la population baisserait d’un demi-milliard d’individus par décennie à partir de 2030.
L’auteur de l’étude du MSSI, Graham Turner, conclut de façon inquiétante que « l’alignement des tendances observées avec la dynamique des « limites à la croissance » indique que les premiers signes d’un effondrement pourraient survenir dans les dix années qui viennent et sont même peut-être déjà enclenchés », et qu’une « chute relativement rapide de la situation économique et de la population pourrait être imminente ». M. Turner considère la hausse des prix mondiaux de l’énergie et des denrées alimentaires comme des indicateurs de l’augmentation de la pollution et des contraintes en matière de ressources. »
ec.europa.eu/…/limits-to-growth 21 oct. 2014.
« … les visions apocalyptiques contenues dans le Nouveau et dans l’Ancien Testaments faisaient déjà mention d’un certain nombre de désastres environnementaux (…)
… la crise écologique est, pour Rudolf Bahro, la crise finale de l’histoire humaine soumise à la logique de ce qu’il appelle la « mégamachine » productrice et consommatrice. La crise sonne la fin de l’histoire. Soit la crise sera suivie du silence éternel d’une planète dévastée que la vie aura fini par déserter, soit elle donnera lieu au sursaut d’une humanité renouvelée, s’efforçant à l’ascèse et à un mode de vie frugal. La crise écologique revêt à ce titre un caractère authentiquement apocalyptique en tant qu’elle est notre dernière chance. Par elle se donne à entendre l’ultime appel à une humanité dévoyée, à laquelle il appartient de se ressaisir pour revenir à soi et à sa propre vérité. »
Hicham-Stéphane Afeissa,
« Les habits verts de l’apocalypse »
in « Les Grands Dossiers des Sciences Humaines », Janv. 2015.
« Il y a un demi-siècle, l’apocalypse prenait la forme d’un hiver nucléaire qui pouvait ne jamais arriver. La peur était réelle (et des communautés survivalistes sont apparues), mais il ne s’est finalement rien passé. Aujourd’hui, les catastrophes climatiques et environnementales sont moins spectaculaires, mais elles ont bel et bien commencé. Elles ne peuvent plus ne pas avoir lieu ! »
P. Servigne, R. Stevens,
« Comment tout peut s’effondrer »,
Seuil, 2015, p. 251-252.