Scepticisme

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« … nous disons que la preuve qu’on apporte pour garantir la proposition a besoin d’une autre preuve, et celle-ci d’une autre, à l’infini ; aussi, puisque nous ne savons où commencer le raisonnement, la suspension du jugement est-elle la conséquence naturelle. »

Sextus Empiricus, (II e s. ap. J.-C.) « Hypotyposes pyrrhoniennes ».

 

 « Pour juger des apparences que nous recevons des sujets, il nous faudrait un instrument judicatoire ; pour vérifier cet instrument, il nous y faut de la démonstration ; pour vérifier la démonstration, un instrument : nous voilà au rouet (…) Et nous, et notre jugement, et toutes choses mortelles vont coulant et roulant sans cesse. Ainsi il ne se peut établir rien de certain de l’un à l’autre, le jugeant et le jugé étant en continuelle mutation … »

Michel de Montaigne , « Essais », II, 12.

 

« Je suis trop sceptique pour être incrédule. »

Benjamin Constant (1767-1830)

 

 « Il est toujours possible d’invoquer des arguments de force égale pour et contre chaque opinion. Le mieux est donc de ne pas prendre parti, d’avouer son ignorance, de ne pencher d’aucun côté ; de maintenir son avis en suspens (…) Même lorsque le sceptique dit qu’il n’affirme rien, il ne prétend pas affirmer cela (…)
N’avoir d’opinion ni sur le bien, ni sur le mal, voilà le moyen d’éviter toutes les causes de trouble. Le doute est le vrai bien. »

D’après Victor Brochard,
« Pyrrhon et le scepticisme primitif », 1885, Diog. Laërce, IX, 74-108.

 

« Douter de tout ou tout croire sont deux solutions également commodes qui, l’une comme l’autre, nous dispensent de réfléchir. »

Henri Poincaré (1854-1912)

 

 

« Si tous les sceptiques avaient été réellement zététiques et seulement zététiques, ils auraient dit avec Pyrrhon : « nous arrivons non au doute, mais à la suspension du jugement » (…) sceptiques signifie littéralement examinateurs, gens qui pèsent, réfléchissent, étudient attentivement ; mais il a pris à la longue un sens plus négatif que dubitatif, et a signifié ceux qui sous prétexte d’examiner toujours ne décident jamais (…)
Le mot zététique n’est pas fait pour trancher le débat entre les deux acceptions de tous ces termes (…) Le nom de zététique est resté, d’ailleurs, dans l’enceinte de l’école qui l’a créé ; et, malgré sa très large extension, qui eût permis d’en faire le terme général désignant tous les chercheurs de la vérité dans tous les domaines, il est exclusivement appliqué aux sceptiques, et on peut même dire aux sceptiques grecs ou pyrrhoniens. »

Henri Broch,
extrait adapté de Bull. Soc. Roy. Sc. Liège, Belgique, 1998, vol. 67, N° 5,
sites.unice.fr/site/broch/zetetique

 

« Voici quelques principes de zététique qu’il est bon d’avoir à l’esprit quand on est confronté à un phénomène mystérieux afin de ne pas se faire manipuler ou de se manipuler soi-même. Le droit au rêve a pour pendant le devoir de vigilance.
Certaines de nos croyances, bien que nous procurant un certain bien-être, sont avant tout des obstacles à la connaissance et peuvent parfois se révéler néfastes pour nos libertés (ex : adhérer à une secte, se ruiner pour consulter un voyant). Ainsi, lors d’une séance de spiritisme, il est toujours bon de se demander : « Esprit (critique)… Es-tu là ? ».
Inexpliqué n’est pas inexplicable.
Tout comme un Ovni n’est pas un objet volant non identifiable, de nombreux phénomènes qui nous semblent étranges ne sont pas aussi rares ni aussi incompréhensibles que nous voulons bien le croire. Une absence d’explication pour un phénomène, n’est jamais la preuve de son caractère surnaturel mais seulement de notre incompétence à le comprendre. Ainsi on peut ignorer l’existence des siphons souterrains et pour autant se garder de croire à la présence d’esprits frappeurs dans une maison riche en bruits… »

Nicolas Vivant, juin 2003, www.zetetique.fr/

Esprit (de) critique

(voir aussi Scepticisme)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« … je crois peu au témoignage humain, d’où qu’il vienne, et sans que ce « doute hyperbolique » implique la moindre sévérité de jugement à l’égard du témoin. Celui-ci peut n’être ni un menteur, ni un agité, ni un naïf, ni un sot ; il peut même être un grand savant, mais il n’en est pas moins un homme, qui, comme la plupart de ses semblables, croit voir ce qu’il n’a pas vu, se souvient de ce qui n’a pas été, a de fausses perceptions, de faux souvenirs, n’a pas une attention sans lacunes, se laisse surprendre par la célérité du réel. »

Jean Rostand, « Ce que je crois », Grasset, 1953, p. 71.

« Je peux vivre avec le doute, l’incertitude, sans savoir. Je crois que c’est beaucoup plus intéressant de vivre sans savoir que d’avoir des réponses qui pourraient se révéler fausses. J’ai des réponses approximatives, des croyances possibles, et différents degrés de certitude à propos de différentes choses, mais je ne suis pas absolument sûr de quoi que ce soit, et il y a beaucoup de choses auxquelles je ne connais rien, comme de savoir si cela a un sens de demander pourquoi nous sommes là. »

Richard Feynman, conférences à Seattle, 1963.

  « Si l’on prend le mot « scepticisme » littéralement, il signifie non pas la négation systématique ou l’hésitation de principe, il ne signifie même pas la pratique généralisée du doute : le verbe grec « skeptô » signifie simplement examiner, expertiser. Glissement de sens révélateur : soumettre à l’épreuve les notions est tout de suite pris en mauvaise part et devient très vite l’équivalent de « tout rejeter ». De même, esprit « critique » (c’est-à-dire, au départ, esprit de jugement, d’appréciation, attentif aux sources et aux épreuves) évolue rapidement dans le seul sens péjoratif d’esprit d’opposition. « Critiquer » ne veut dire « juger » que pour les puristes ; dans la langue courante, cela veut dire « démolir »…
Ces évolutions de sens montrent que dans toutes les sociétés on ne supporte qu’à très petites doses l’exercice sans retenue de l’activité intellectuelle. »

Jean-François Revel,
«
Histoire de la philosophie occidentale», NiL, Pocket, 1994, p. 218.


« Il me semble que ce qui est requis est un sain équilibre entre deux tendances : celle qui nous pousse à scruter de manière inlassablement sceptique toutes les hypothèses qui nous sont soumises et celle qui nous invite à garder une grande ouverture aux idées nouvelles. Si vous n’êtes que sceptique, aucune idée nouvelle ne parvient jusqu’à vous ; vous n’apprenez jamais quoi que ce soit de nouveau ; vous devenez une détestable personne convaincue que la sottise règne sur le monde – et, bien entendu, bien des faits sont là pour vous donner raison. D’un autre côté, si vous êtes ouvert jusqu’à la crédulité et n’avez pas même une once de scepticisme en vous, alors vous n’êtes même plus capable de distinguer entre les idées utiles et celles qui n’ont aucun intérêt. Si toutes les idées ont la même validité, vous êtes perdu : car alors, aucune idée n’a plus de valeur. »

Karl Sagan,
« The Demon Haunted World, – Science as a Candle in the Dark », Balantine Books, 1996.

 

«  Critiquer ne dira rien sur les gens, mais en revanche en dira long sur vous : vous êtes une personne qui critique. Quand vous critiquez quelqu’un, vous créez un problème et ne faites que vous dévaloriser (…) Restez loyal(e) envers les absents. Défendez-les. Vous gagnerez ainsi la confiance de ceux qui sont présents. »

Dominique Loreau,
« L’Art de la simplicité », Marabout, R. Laffont, 2005, p. 258.