Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…
« Je voudrais être ton miroir
Pour que toujours tu me regardes
Je voudrais être ta tunique
Pour que toujours tu me portes
Je voudrais être l’eau
Dans laquelle tu te baignes
Être le parfum
Qui embaume ton corps,
Le voile qui couvre tes seins
La perle qui orne ton cou
Je voudrais être ta sandale
Ah, du moins que tes pieds me foulent ! »
Anacréon, VI e siècle av. J.-C.
« Il n’y a ni naissance, ni honneurs, ni richesses, rien enfin qui soit capable, comme l’Amour, d’inspirer à l’homme ce qu’il faut pour se bien conduire : je veux dire la honte du mal et l’émulation du bien ; et sans ces deux choses, il est impossible que ni un particulier, ni un état, fasse jamais rien de beau ni de grand. J’ose même dire que si un homme qui aime avait ou commis une mauvaise action, ou enduré un outrage sans le repousser, il n’y aurait ni père, ni parent, ni personne au monde devant qui il eût tant de honte de paraître que devant ce qu’il aime. Il en est de même de celui qui est aimé : il n’est jamais si confus que lorsqu’il est surpris en quelque faute par son amant. De sorte que, si par quelque enchantement un état ou une armée pouvait n’être composée que d’amants et d’aimés, il n’y aurait point de peuple qui portât plus haut l’horreur du vice et l’émulation de la vertu. »
« … l’amour nous ramène à notre nature primitive et, de deux êtres n’en faisant qu’un, rétablit en quelque sorte la nature humaine dans son ancienne perfection. Chacun de nous n’est donc qu’une moitié d’homme, moitié qui a été séparée de son tout, de la même manière que l’on sépare une sole. Ces moitiés cherchent toujours leurs moitiés. »
Platon, « Le banquet », discours de Phèdre et d’Aristophane, 380 avant J.-C
« Que dire ? Nous n’eûmes qu’une maison, et bientôt nous n’eûmes qu’un cœur (…) Notre ardeur connut toutes les phases de l’amour et tous les raffinements insolites que l’amour imagine, nous en fîmes l’expérience. »
« Epistolae duorum amantium », lettres attribuées à Éloise et Abélard (début du XII e s.)
« Si on juge de l’amour par la plupart de ses effets, il ressemble plus à la haine qu’à l’amitié. »
François de La Rochefoucauld, « Réflexions ou sentences et maximes morales », 1665.
La Folie a invité ses amis à jouer à cache-cache ; l’amour est introuvable…
« Cherchant de tous côtés, la Folie vit un rosier, prit un bout de bois et
commença à chercher parmi les branches, lorsque soudain elle entendit un
cri : C’était l’Amour, qui criait parce qu’une épine lui avait crevé un oeil.
La Folie ne savait pas quoi faire. Elle s’excusa, implora l’Amour pour
avoir son pardon et alla jusqu’à lui promettre de le suivre pour toujours.
L’Amour accepta les excuses.
Aujourd’hui, l’Amour est aveugle et la Folie l’accompagne toujours. »
Jean de La Fontaine « Fables – L’Amour et la Folie », 1693.
« L’amour est de tous les sentiments le plus égoïste et par conséquent, lorsqu’il est blessé, le moins généreux. »
Benjamin Constant (1767-1830)
« Liés à nos frères par un but commun et qui se situe en dehors de nous, alors seulement nous respirons et l’expérience nous montre qu’aimer ce n’est point nous regarder l’un l’autre mais regarder ensemble dans la même direction. Il n’est de camarades que s’ils s’unissent dans la même cordée, vers le même sommet en quoi ils se retrouvent. »
Antoine de Saint-Exupéry, « Terre des hommes », Gallimard, Poche, 1939, p. 234-235.
« Qu’on le veuille ou non, et quelque idéalisme que l’on professe, l’édifice de l’amour humain, avec tout ce que ce mot implique de bestialité et de sublimation, de fureur et de sacrifice, avec tout ce qu’il signifie de léger, de touchant ou de terrible, est construit sur les minimes différences moléculaires de quelques dérivés du phénanthrène. »
Jean Rostand, « Pensées d’un biologiste »,Stock, 1939.
« Si un jour la vie t’arrache à moi
Si tu meurs, que tu sois loin de moi
Peu m’importe, si tu m’aimes
Car moi je mourrai aussi…
Nous aurons pour nous l’éternité
Dans le bleu de toute l’immensité
Dans le ciel, plus de problèmes
Dieu réunit ceux qui s’aiment ! »
Marguerite Monnot, chanson, « Hymne à l’amour », 1949.
« Le mensonge tue l’amour, a-t-on dit. Eh bien, et la franchise donc ! »
Abel Hermant (1861-1950)
« Quand on n´a que l´amour
À s´offrir en partage
Au jour du grand voyage
Qu´est notre grand amour
Quand on n´a que l´amour
Mon amour toi et moi
Pour qu´éclatent de joie
Chaque heure et chaque jour… »
Jacques Brel, chanson, « Quand on n´a que l´amour », 1956.
« Des années après la guerre, après les mariages, les enfants, les divorces, les livres, il était venu à Paris avec sa femme. Il lui avait téléphoné. C’est moi. Elle l’avait reconnu dès la voix. Il avait dit : je voulais seulement entendre votre voix. Elle avait dit : c’est moi, bonjour. Il était intimidé, il avait peur comme avant. Sa voix tremblait tout à coup. Et avec le tremblement, tout à coup, elle avait retrouvé l’accent de la Chine. Il savait qu’elle avait commencé à écrire des livres, il l’avait su par la mère qu’il avait revue à Saigon. Et aussi pour le petit frère, qu’il avait été triste pour elle. Et puis il n’avait plus su quoi lui dire. Et puis il le lui avait dit. Il lui avait dit que c’était comme avant, qu’il l’aimait encore, qu’il ne pourrait jamais cesser de l’aimer, qu’il l’aimerait jusqu’à sa mort. »
Marguerite Duras, « L’amant », Les Éditions de Minuit, 1984, p. 141-142.
« … on ne peut rien affirmer de l’amour sans affirmer le contraire en même temps. Il a ceci de redoutable, de fascinant, qu’il est un mot-valise : il désigne l’abnégation autant que l’égoïsme, la convoitise comme la sublimation, la toquade et la constance. Il est à la fois le pari d’installer l’éternité dans le temps, l’ensemble des forces qui résistent à l’usure et à l’oubli mais aussi le flamboiement instantané des sens et des âmes. Il est désir d’incandescence autant que volonté de permanence et les deux sont aussi vrais (…)
Amour fou, dit la vulgate colportée par les médias, les magazines, la publicité ; amour flou, devraient répondre les amants. C’est-à-dire amour qui ne sait pas où il en est, ne veut pas arbitrer entre ses définitions, se moque de savoir s’il sera grand ou petit, passade ou persévérance. L’amour-passion c’est l’amour de la passion c’est-à-dire du tourment, c’est la guerre, la sommation permanente, le règne de la surenchère, le face-à-face à perpétuité. À peine le mot prononcé surgissent des images de bourrasque, de larmes, de cris, d’extases tonitruantes ; or c’est de gaieté, de régularité, d’enthousiasme que nous avons aussi besoin si nous voulons durer. Nulle nécessité de s’adorer au sens canonique du terme pour vivre côte à côte ; il suffit de s’apprécier, de partager les mêmes goûts, de chercher tout le bonheur possible à partir d’une coexistence harmonieuse. »
Pascal Bruckner, « Le mariage d’amour a-t-il échoué ? », Grasset, 2010, p. 59-67.