Droits de l’animal

 Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

« On peut observer la formation de la morale dans la façon dont nous nous comportons avec les animaux. Lorsque l’utilité et le dommage n’entrent pas en jeu nous éprouvons un sentiment de complète irresponsabilité ; nous tuons et nous blessons par exemple des insectes, ou bien nous les laissons vivre sans généralement y songer le moins du monde (…) Quand les animaux nous portent préjudice nous aspirons par tous les moyens à leur destruction. Et ces moyens sont souvent bien cruels, sans que ce soit là notre intention : c’est la cruauté de l’irréflexion. S’ils sont utiles, nous les exploitons : jusqu’à ce qu’une raison plus subtile nous enseigne que, chez certains animaux, nous pouvons tirer bénéfice d’un autre traitement, c’est-à-dire des soins et de l’élevage. Alors seulement naît la responsabilité. »

Friedrich Nietzsche,
aphorisme 57, « Le voyageur et son ombre », Humain trop humain II

« Considérant que la Vie est une, tous les êtres vivants ayant une origine commune et s’étant différenciés au cours de l’évolution des espèces,
Considérant que tout être vivant possède des droits naturels et que tout animal doté d’un système nerveux possède des droits particuliers,
Considérant que le mépris, voire la simple méconnaissance de ces droits naturels provoquent de graves atteintes à la Nature et conduisent l’homme à commettre des crimes envers les animaux,
Considérant que la coexistence des espèces dans le monde implique la reconnaissance par l’espèce humaine du droit à l’existence des autres espèces animales,
Considérant que le respect des animaux par l’homme est inséparable du respect des hommes entre eux,
Il est proclamé ce qui suit :
Article 1 : Tous les animaux ont des droits égaux à l’existence dans le cadre des équilibres biologiques. Cette égalité n’occulte pas la diversité des espèces et des individus.
Article 2 : Toute vie animale a droit au respect (…) »

Déclaration Universelle des Droits de l’Animal, UNESCO, Paris, 1978.

« Des penseurs, écrivains, philosophes, scientifiques et historiens cosignent, sous l’égide de la Fondation 30 Millions d’Amis, un manifeste réclamant que les animaux soient enfin reconnus comme des êtres « vivants et sensibles » dans le Code civil (…)
L’ensemble des signataires parmi lesquels figurent les philosophes Élisabeth de Fontenay, Michel Onfray, Edgar Morin et Florence Burgat, mais aussi l’éthologue et neuropsychiatre Boris Cyrulnik ou l’astrophysicien et président de Humanité et Biodiversité, Hubert Reeves rappellent que si « les animaux ne sont pas des êtres humains, ce n’est pourtant pas la proclamation d’une dignité métaphysique, mais certains attributs – capacité à ressentir le plaisir et la douleur notamment – que les humains partagent avec au moins tous les vertébrés, qui enracinent les droits les plus fondamentaux. «  ».

http://www.humanite-biodiversite.fr, oct. 2013.

 

 « Nous vivons dans un monde interdépendant, où le sort de chaque être, quel qu’il soit, est intimement lié à celui des autres.
(…) Nous perpétrons aujourd’hui un massacre d’animaux à une échelle qui, hélas, n’a pas d’égale dans l’histoire de l’humanité. Nous tuons chaque année, pour notre seule consommation, 60 milliards d’animaux terrestres et 1000 milliards d’animaux marins. Cette tuerie, en masse, pose un défi éthique majeur ! Mais il nuit aussi à nos sociétés : cette surconsommation, mauvaise pour notre santé, aggrave, paradoxalement, la faim dans le monde (750 millions de tonnes de céréales sont exportées des pays pauvres pour l’industrie de la viande dans les pays riches), tout en provoquant, de surcroît, une série de déséquilibres écologiques sans précédent (…)
… au rythme actuel, d’ici 2050, 30% de toutes les espèces animales auront disparu, anéanties, de la surface du globe (…)
… les animaux sont capables de jugement. Ils sont dotés, chacun à leur niveau et selon leur espèce, de sensibilité et d’intelligence. »

Matthieu Ricard,
« Plaidoyer pour les animaux », Éd. Allary interview de D.S. Schiffer,
www.lexpress.fr/oct.2014.

Déterminisme

(voir aussi Causalité)

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« Dans un tourbillon de poussière qu’élève un vent impétueux ; quelque confus qu’il paraisse à nos yeux, dans la plus affreuse tempête excitée par des vents opposés qui soulèvent les flots, il n’y a pas une seule molécule de poussière ou d’eau qui soit placée au hasard, qui n’ait sa cause suffisante pour occuper le lieu où elle se trouve, et qui n’agisse rigoureusement de la manière dont elle doit agir. Un géomètre qui connaîtrait exactement les différentes forces qui agissent dans ces deux cas, et les propriétés des molécules qui sont mues, démontrerait que, d’après les causes données, chaque molécule agit précisément comme elle doit agir, et ne peut agir autrement qu’elle ne fait. »

Paul Henri Thiry d’Holbach, « Système de la nature », 1793.

 

 « Nous pouvons considérer l’état actuel de l’univers comme l’effet de son passé et la cause de son futur. Une intelligence qui, à un instant donné, connaîtrait toutes les forces dont la nature est animée, la position respective des êtres qui la composent, si d’ailleurs elle était assez vaste pour soumettre ces données à l’analyse, embrasserait dans la même formule les mouvements des plus grands corps de l’univers, et ceux du plus léger atome. Rien ne serait incertain pour elle, et l’avenir comme le passé seraient présents à ses yeux. »

Pierre-Simon Laplace,
« Essai philosophique sur les probabilités », (1825)
Cambridge Univ. Press, 2009, p. 3-4.

 

« Il faut admettre comme un axiome expérimental que chez les êtres vivants aussi bien que dans les corps bruts les conditions d’existence de tout phénomène sont déterminées d’une manière absolue. Ce qui veut dire en d’autres termes que la condition d’un phénomène une fois connue et remplie, le phénomène doit se reproduire toujours et nécessairement, à la volonté de l’expérimentateur. La négation de cette proposition ne serait rien autre chose que la négation de la science même. »

Claude Bernard,
« Introduction à l’étude de la médecine expérimentale », 1865, 2° partie, ch.I, V.

« On parle souvent de « chaos déterministe ». En effet, les équations de systèmes chaotiques sont déterministes comme le sont les lois de Newton. Et pourtant elles engendrent des comportements d’allure aléatoire ! »

Ilya Prigogine, « La fin des certitudes », Odile Jacobs, 2009.

 

«  Certaines théories sont déterministes, telles par exemple la mécanique de Newton ou certaines interprétations de la physique quantique. Élever ces théories à un statut de vérité ultime, quasi religieuse, est une simple erreur de logique, puisque cela est contredit par notre expérience du libre arbitre.
(…) vous avez compris que la nature n’est pas déterministe et qu’elle est capable de réels actes de pure création : elle peut produire du vrai hasard. De plus, une fois qu’on a bien assimilé qu’il s’agit de vrai hasard et pas seulement de quelque chose de préexistant qui nous était caché, on comprend que rien n’empêche ce hasard de se manifester en plusieurs endroits, sans que cela implique une communication entre ces endroits (…) préalablement intriqués. »

Nicolas Gisin,
« L’impensable hasard – Non-localité, téléportation et autres merveilles quantiques »,
Odile Jacob, 2012, numérisation Nord Compo, p. 127 et 144.

Conscience

 (voir aussi Moi)

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« L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature ; mais c’est un roseau pensant. Il ne faut pas que l’univers entier s’arme pour l’écraser : une vapeur, une goutte d’eau suffit pour le tuer. Mais quand l’univers l’écraserait, l’homme serait encore plus noble que ce qui le tue, parce qu’il sait qu’il meurt, et l’avantage que l’univers a sur lui, l’univers n’en sait rien. »

Blaise Pascal, « Pensées », 1670.

 

« L’homme, inventeur de signes, est en même temps l’homme qui prend conscience de lui-même d’une façon toujours plus aiguë ; ce n’est que comme animal social que l’homme apprend à devenir conscient de lui-même, il le fait encore, il le fait toujours davantage. Mon idée est, on le voit, que la conscience ne fait pas proprement partie de l’existence individuelle de l’homme, mais plutôt de ce qui appartient chez lui à la nature de la communauté et du troupeau ; »

Frédéric Nietzsche« Le gai savoir », 1882.

 

 

« Une conscience qui ne conserverait rien de son passé, qui s’oublierait sans cesse elle-même, périrait et renaîtrait à chaque instant (…) Toute conscience est donc mémoire – conservation et accumulation du passé dans le présent. Mais toute conscience est anticipation de l’avenir… »

Henri Bergson, « L’énergie spirituelle », 1919.

 

 « L’être qui se regarde comme un objet se rejette dans l’univers pour devenir le spectateur de lui-même; mais alors il est déjà au-dessus de cet être qu’il regarde. L’être que je connais en moi n’est plus moi dès que je le connais : il est déjà un autre. Ainsi la conscience est un acte par lequel je deviens toujours supérieur à moi-même. »

Louis Lavelle, « L’Erreur de Narcisse », Grasset, 1939.

« Quelque idée qu’on se fasse de la nature du psychisme, il est une réalité biologique, essentielle et ubiquitaire. La conscience – l’esprit, si l’on veut – n’est certainement pas l’apanage des cellules nerveuses ; elle existe à l’état potentiel ou larvé dans toute cellule de tout organisme : elle accompagne toutes les manifestations de la vie (…)
Si, comme je le crois, la conscience est liée indissolublement à son substrat matériel, on ne voit guère comment quoi que ce fût de la personnalité spirituelle pourrait survivre à la désagrégation de l’organe cérébral… »

Jean Rostand, « Ce que je crois », Grasset, 1953, p. 41-42, 57-58.

 

 « Ce que nous appelons esprit ou intelligence résulte de la coopération entre une multitude de fonctions, d’ « agents » hiérarchisés et non intelligents par eux-mêmes. »

 D’après Marvin Minsky, « La société de l’esprit », 1986.

 

«  Qu’est-ce que l’esprit ? Qui suis-je ? La matière peut-elle penser ou avoir des sensations ? Où est l’âme ? Aborder ces questions, c’est aller au-devant de bien des problèmes philosophiques (…) Nous pensons qu’il n’existe pas, à l’heure actuelle, de réponses simples aux grandes questions qui se posent, et il faudra repenser radicalement les problèmes avant que l’on puisse espérer obtenir un consensus sur le sens du mot « Moi » (…)
Les esprits existent dans les cerveaux et pourraient bien, un jour, exister dans des machines programmées. Quand ces machines verront le jour, si elles le voient, leurs propriétés causales ne découleront pas des substances qui les composeront, mais de leur conception et des programmes qui seront exécutés en leur sein. Et nous saurons qu’elles auront ces propriétés causales en leur parlant et en écoutant attentivement ce qu’elles auront à dire. »

Douglas Hofstadter et Daniel Dennett,
« Vues des l’esprit », InterÉditions, 1987, p. 11 et 382.

« … par quelque aspect qu’on l’aborde, la conscience n’existe pas ! Elle n’est de toute façon qu’une illusion, une étiquette restrictive recouvrant un flux permanent d’états indépendants sans réel chef d’orchestre. »

Daniel C. Dennet, « La conscience expliquée », Odile Jacob, 1993.

« Quel est le but de la conscience ? Pourquoi l’évolution a-t-elle créé une conscience ? Tout simplement parce qu’il fallait qu’un organisme dispose d’un moyen de choisir sa prochaine action, un moyen assez « rigide » pour que l’animal ne saute pas sans arrêt du coq à l’âne et ait « de la suite dans les idées », et cependant assez souple pour qu’un fait nouveau, s’il est important, puisse modifier très rapidement la décision à prendre. La conscience est simplement ce moyen. »

Serge Boisse, « L’esprit, l’IA et la singularité », Lulu.com, 2007, p. 168.

 

 « Si nous ne pouvons définir ce qui est intelligent et conscient en nous, si nous ne pouvons distinguer « notre » être de ces millions de bactéries qui nous habitent, si nous ne pouvons clairement affirmer que ces bactéries n’agissent pas sur la conscience, comment pouvons-nous alors prétendre occuper la place ultime, celle de l’être conscient, éveillé, intelligent qui domine et est responsable du bien-être (ou du mal-être) de cette planète ? »

Ollivier Dyens, « La condition inhumaine », Flammarion, 2008, p. 66.

« [Selon certains neurobiologistes] … la conscience est un épiphénomène, une sorte d’aura qui émane de l’activité neuronale mais n’exerce aucun contrôle sur cette activité, contrairement à notre sentiment d’être aux commandes. Celui-ci, affirme-t-on, est une simple illusion, un tour que nous a joué la sélection naturelle. »

Christian de Duve, « Génétique du péché originel », O. Jacob, Paris, 2009, p. 138.

Comprendre

(voir aussi Intelligence et Sens)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« … lorsqu’une vérité est démontrable scientifiquement, celui qui ne la connaît qu’à la manière d’une opinion, pour une raison seulement plausible, ne la comprend pas. Par exemple, si quelqu’un sait par démonstration que la somme des trois angles d’un triangle est égale à deux droits, il comprend cette vérité ; mais si un autre la reçoit comme probable par le fait que des savants ou la plupart des hommes l’affirment ainsi, celui-là ne la comprend pas car il ne parvient pas à la connaissance parfaite dont cette vérité est susceptible. Or, nul intellect créé ne peut parvenir à cette parfaite connaissance de l’essence divine. »

Thomas d’Aquin,
« Somme théologique », 1ère partie, question 12, article 7.

 

« Car enfin qu’est-ce que l’homme dans la nature ? Un néant à l’égard de l’infini, un tout à l’égard du néant, un milieu entre rien et tout. Infiniment éloigné de comprendre les extrêmes, la fin des choses et leur principe sont pour lui invinciblement cachés dans un secret impénétrable, également incapable de voir le néant d’où il est tiré, et l’infini où il est englouti. »

Blaise Pascal,
« Pensées », 1670, § 185.

 

 « La chose la plus incompréhensible du monde, c’est que le monde soit compréhensible. »

« On ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l’ont engendré. »

Albert Einstein (1879-1955)

 

 « Rien ne prouve que toutes les réalités de la nature, ni surtout les plus profondes, soient traduisibles en notre patois humain (…)
Que l’insatisfaction de l’esprit soit notre lot, qu’il faille nous résigner à vivre – et à mourir – dans l’anxiété et dans le noir, telle est une de mes certitudes.
Lorsque, après des millions et des millions d’années, notre espèce s’éteindra sur la terre, l’homme en sera encore réduit à ruminer son ignorance et à rabâcher son incompréhension. Ignorance plus ornée que la nôtre, et mieux armée, – mais ignorance. »

Jean Rostand,
« Ce que je crois », Grasset, 1953, p. 72 et 76.

« … le tir à l’arc (au Japon) ne consiste nullement à poursuivre un but extérieur avec un arc et des flèches, mais uniquement à réaliser quelque chose en soi-même (…) L’archer vise et est la cible, il tire et il est touché tout à la fois (…)
– Il me semble que je comprends ce que vous entendez par but réel, le but intérieur qu’il s’agit d’atteindre. Cependant, comment se fait-il que le but extérieur, le disque de papier, soit touché sans que l’archer ait visé, de sorte que les coups au but confirment de l’extérieur ce qui se passe à l’intérieur ?
– Si vous espérez tirer profit d’une compréhension quelque peu utilisable de ces connexions obscures, vous vous égarez. Les événements dont il s’agit dépassent la portée de l’entendement. Ne perdez pas de vue que, déjà dans la nature extérieure, il est des harmonies qui, si elles sont incompréhensibles, n’en sont pas moins réelles ; nous en avons pris une telle habitude que nous ne pourrions concevoir qu’il en fût autrement.

Eugen Herrigel,
« Le Zen dans l’art chevaleresque du tir à l’arc »,
Dervy-Livres, Paris, 1970, p. 16, 18 et 80.

 

 

«  Il arrive certainement à toute personne imaginative de se dire, de temps en temps, que la vie n’est qu’une énorme plaisanterie, une supercherie – peut-être même une expérience psychologique – signée par quelque supercréature inconcevable (…) Malheureusement (ou heureusement) cette « théorie de la conspiration » se sape elle-même puisqu’elle postule l’existence d’un autre esprit – une superintelligence, donc hors de notre champ de conception – pour expliquer d’autres mystères.
Il semble que nous ne puissions faire autrement qu’accepter une certaine incompréhensibilité de l’existence. À vous de choisir. Nous oscillons tous délicieusement entre une vue subjective et une vue objective du monde, et cette perplexité est au cœur de la nature humaine (…)
… pour apporter une réponse satisfaisante à la question de ce que signifie réellement « comprendre », il faudra sans aucun doute distinguer plus nettement les interactions des différents niveaux d’un système de manipulation des symboles. Dans l’ensemble, ces concepts se sont révélés assez insaisissables, et nous ne sommes sans doute pas près de bien les comprendre. »

Douglas Hofstadter et Daniel Dennett,
« Vues des l’esprit », InterÉditions, 1987, p. 41-42 et 381.

 

 « Il serait de bonne hygiène que le public accepte au moins d’envisager ce que serait notre destin collectif si, malgré ce que disent les scientifiques, l’humanité avait vraiment découvert l’essentiel de ce qu’il y a à découvrir (…) si nous devions renoncer définitivement à découvrir l’esprit même de Dieu – je cite le propos de Stephen Hawkins, physicien britannique et… athée convaincu – si nous ne réussissions jamais à savoir pourquoi, dans l’univers, il y a quelque chose plutôt que rien. »

John Horgan,
« Le temps stratégique », n° 84, nov-déc. 1998.

 
« … si nous parvenons vraiment à découvrir une théorie unificatrice, elle devrait avec le temps être compréhensible par tout le monde dans ses grands principes, pas seulement par une poignée de scientifiques. Philosophes, scientifiques et personnes ordinaires, tous seront capables de prendre part à la discussion sur le pourquoi de notre existence et de notre Univers. Et si nous trouvions un jour la réponse, ce serait le triomphe de la raison humaine – qui nous permettrait alors de connaître la pensée de Dieu.»

Stephen Hawking,
« Une belle histoire du Temps », Flammarion, 2005, p. 163.

« La conclusion provisoire à laquelle nous conduit cet ouvrage, c’est que la physique quantique nous contraint à devoir reconnaître que le réel comprend deux mondes différents (micro et macroscopique) dont la science arrive à rendre compte, mais dont l’entendement humain n’arrive pas encore à comprendre la loi de passage menant de l’un à l’autre. »

À propos du livre « Métaphysique quantique » (2011) de Sven Ortoli et Jean-Pierre Pharabod,
www.philosciences.org février 2012.

 

Compétition

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Pour moi, toute compétition est ordurière. Elle est à l’origine de tous les malheurs de l’homme : la compétition économique où il faut vendre toujours plus de marchandises ; la compétition à l’école ou dans la vie où il faut être le plus grand, le plus beau, le plus fort. Et le sport ne fait qu’entretenir cette obsession malsaine… »

Henri Laborit,
« Sport et Vie »
n° 27, Dijon, nov.-déc., 1994.

 

 « La compétition est inhérente à la vie. Fondamentalement, la compétition est l’expression naturelle du désir d’exceller. C’est un élan commun à tous les êtres vivants et il est au cœur même de la tendance actualisante. Chaque être vivant cherche en effet à s’épanouir autant qu’il le peut dans les circonstances où il se trouve. Les plantes, les animaux et les humains ont en commun cette caractéristique innée. »

Jean Garneau,
« La lettre du psy – compétition saine et malsaine », nov. 2000, http://www.redpsy.com

« La plupart des activités qui sont présentées aujourd’hui comme du sport usurpent ce titre. Elles ne sont que des spectacles, le plus souvent inféodés au pouvoir de l’argent… La compétition, la lutte contre l’autre apparaissent comme des comportements au mieux infantiles, au pire suicidaires. »

Albert Jacquart,
« À toi qui n’es pas encore né »,
Calmann-Lévy, 2000, p. 138 et 198.

 
«  Entre la coopération autonome défendue par Piaget et la coopération compétitive conseillée par Coleman, des différences notoires sont repérées. Dans le premier cas, il s’agit d’aller au-delà de l’égocentrisme, de développer la réflexion et l’esprit critique, de laisser l’initiative aux enfants. Dans le second, il est question de motiver les élèves, de leur demander plus en matière de résultats scolaires. »

Alain Baudrit,
« L’apprentissage coopératif : origines et évolutions d’une méthode pédagogique »,
de boeck, Bruxelles, 2005, p. 24.

« L’économie moderne fonctionne comme la sélection naturelle chez Darwin : dans une logique de compétition mondialisée, une entreprise qui ne progresse pas chaque jour est une entreprise tout simplement vouée à la mort. Mais ce progrès n’a plus d’autre but que lui-même, il ne vise à rien de plus qu’à rester dans la course avec les autres concurrents.
De là le formidable et incessant développement de la technique, rivé à l’essor économique et largement financé par lui. De là aussi le fait que l’augmentation de la puissance des hommes sur le monde est devenue un processus totalement automatique, incontrôlable et même aveugle puisqu’il dépasse de toute part les volontés individuelles conscientes. Il est, tout simplement, le résultat inévitable de la compétition (…) et nullement dirigé par la volonté consciente des hommes regroupés collectivement autour d’un projet… »

Luc Ferry,
« Apprendre à vivre », Plon, 2006, p. 232 et 242.

« À vous entendre, la compétition, qui régit aujourd’hui les rapports entre acteurs économiques et une grande partie des rapports humains, ne serait pas une bonne chose ?
C’est une pure folie ! L’idée selon laquelle, dans chaque secteur, dans chaque discipline, il faut qu’il y ait un premier, un deuxième et un troisième est une aberration. La compétition, c’est la volonté d’être meilleur qu’autrui, de le dépasser. Quitte à tout faire pour le détruire. Dans le domaine du sport, la compétition engendre le dopage, les pots-de-vin. Elle transforme des êtres humains en une nouvelle espèce, intermédiaire entre les humains et les monstres. Dans le domaine économique, elle génère les escroqueries, les actions malveillantes ou agressives entre sociétés concurrentes… Je suis absolument contre la compétition. En revanche, je suis absolument pour l’émulation.
Quelle différence faites-vous entre compétition et émulation ?
Contrairement à la compétition, l’émulation sollicite les meilleurs instincts humains. Chacun se compare aux autres et se réjouit de trouver quelqu’un qui est meilleur que lui, puisque cet autre va l’aider à progresser. C’est un jeu où chaque individu cherche avant tout à se dépasser. Il n’y a rien de plus beau que le sport sans compétition, où les participants cherchent à donner le meilleur d’eux-mêmes. »

 Interview d’Albert Jacquart par Dominique Michel et Nathalie Mourlot,
magazine L’Entreprise, déc. 2004, www. lexpansion.lexpress.fr 2013.

« À l’époque de la mondialisation, cela (la concurrence généralisée) ne peut aboutir qu’à une désagrégation sociale et à un nivellement par le bas. Dans cette optique, l’impératif de compétitivité est seulement une façon élégante de persuader les travailleurs de renoncer à leurs acquis sociaux. C’est d’ailleurs au nom de la compétitivité que l’Union européenne et le FMI ont exigé la réduction des salaires en Grèce et ailleurs. Lorsqu’elle ne prend en compte ni les exigences de la justice sociale ni celles de l’écologie, la compétitivité devient l’alibi d’un dumping social généralisé, qui permet de prendre des mesures antisociales tout en se mettant à l’abri des critiques (…) L’idée sous-jacente est qu’une société ne se compose que d’individus étrangers les uns aux autres, qui s’affrontent au travers de stratégies d’intérêt régulées par la seule autorité du marché. »

Alain de Benoist, propos recueillis par Nicolas Gauthier,
(Boulevard Voltaire, 20 juin 2014) metapoinfos.hautetfort.com.

 

« J’ai l’impression que, dans la phase actuelle, ça va plutôt de plus en plus mal. Pourquoi ? Parce que les sociétés qui sont en pointe, la société occidentale en particulier, ont basé leur recherche d’efficacité sur la compétition. La morale collective actuelle nous fait croire que l’important dans la vie c’est de l’emporter sur les autres, c’est de lutter, c’est de gagner. Or un gagnant, pour moi, c’est un fabricant de perdants. Par conséquent, il faut rebâtir une société humaine où la compétition sera finalement éliminée : je n’ai pas à être plus fort que l’autre, j’ai à être plus fort que moi grâce à l’autre. C’est la seule façon, je crois, de remplacer l’absence de morale actuelle par une morale à laquelle beaucoup de gens pourraient adhérer. »

Albert Jacquart,
www.franceinter.fr/emission-le-sept-neuf-de-bruno-duvic, oct. 2012.

 

« Avec l’eugénisme d’État, il s’agissait pour chaque nation de disposer d’une population apte à soutenir victorieusement la lutte contre les autres nations. Avec l’eugénisme dit  » libéral « , dont il est aujourd’hui question, il s’agit pour les parents d’avoir un enfant suffisamment armé pour tenir son rang dans une société de concurrence généralisée. Le transhumanisme s’inscrit dans cette lignée. Même quand il s’habille de vêtements compassionnels – remédier aux handicaps, effacer les inégalités naturelles, etc. – le transhumanisme est dans son imaginaire profondément imprégné par un esprit de rivalité exacerbée. L’homme augmenté, c’est avant tout un homme plus compétitif. »

Olivier Rey,
entretien avec Danielle Moyse, handicap.blogs.la-croix.com/le-transhumanisme, 2014.


« La considération du facteur compétition dans la problématique écologique implique que toute demande de changement de comportement soit porteuse d’un principe totalitaire, plus ou moins bien dissimulé : si nous voulons réduire notre impact sur le monde, il faut que tout le monde accepte de réduire son niveau de vie. Tout le monde, car si ne serait-ce qu’une petite partie ne le faisait pas, elle dominerait immédiatement ceux qui auraient fait ces efforts (…)
Le conflit intérieur à l’humanité continuera, en détruisant le climat, jusqu’à ce que nous ne puissions plus alimenter le conflit, parce que nous ne pourrons plus nous alimenter. »

Vincent Mignerot,
« Crises, environnement, climat : pourquoi il est trop tard pour agir… depuis toujours »,
www.theorie-de-tout.fr/, 2014.

Communicabilité

(voir aussi Réseau)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Les phares des autos au loin sur les collines,
Les soirs d’hiver, dans l’au-delà noir des vallées,
Naissent comme des comètes, et puis déclinent
Et s’éteignent quand va virer leur destinée.

Ce sont les moments d’autres âmes inconnues,
Les passages d’existences à notre large,
Quelque signal d’humains univers qui émergent
À notre ciel, et puis qui rentrent dans l’obscur.

Ce sont des vies, qu’on ne saura jamais, d’étoiles,
Courts embrasements, suivis d’agonies, solaires.
Les phares prennent leur long cours comme des voiles
Et se fondent en vous, grandes années-lumière. »

 Marcel Thiry,
« La mer de la Tranquillité », 1938.

« J’ai toujours, devant les yeux, l’image de ma première nuit de vol en Argentine, une nuit sombre où scintillaient seules, comme des étoiles, les rares lumières éparses dans la plaine. Chacune signalait, dans cet océan de ténèbres, le miracle d’une conscience. Dans ce foyer, on lisait, on réfléchissait, on poursuivait des confidences. Dans cet autre, peut-être, on cherchait à sonder l’espace, on s’usait en calculs sur la nébuleuse d’Andromède. Là on aimait (…) Il faut bien essayer de communiquer avec quelques-uns de ces feux qui brûlent de loin en loin dans la campagne. »

Antoine De Saint-Exupéry,
« Terre des Hommes »,
Gallimard, 1939, Poche, p. 7-8.

 « Hommes de verre, fantômes d’êtres, vous recouvrez le sol pare-brise contre pare-brise. Je vois vos têtes assemblées. Elles communiquent. Elles sont les cases innombrables d’une civilisation alvéolaire. Des cases aux parois percées, non par le glissement de quelque affreux reptile, mais par le néon rigide, par la vitesse du son, par le marteau piqueur de l’information collective. »

Raymond Borde,
« L’extricable », Éric Losfeld, 1970, p. 68-69.

« Jamais bonjour, bonsoir, bonne année. Jamais merci. Jamais parler. Jamais besoin de parler. Tout reste, muet, loin. C’est une famille en pierre, pétrifiée dans une épaisseur sans accès aucun. Chaque jour nous essayons de nous tuer, de tuer. Non seulement on ne se parle pas mais on ne se regarde pas. Du moment qu’on est vu, on ne peut pas regarder. Regarder c’est avoir un mouvement de curiosité vers, envers, c’est déchoir. Aucune personne regardée ne vaut le regard sur elle. Il est toujours déshonorant. Le mot conversation est banni. Je crois que c’est celui qui dit ici le mieux la honte et l’orgueil. Toute communauté, qu’elle soit familiale ou autre, nous est haïssable, dégradante. Nous sommes dans une honte de principe d’avoir à vivre la vie. »

Marguerite Duras,
« L’amant », Les Editions de Minuit, 1984, p. 69.

 

« … tandis que le mot communication est aujourd’hui porteur de mythologies sociales très positives (le dialogue, l’écoute, l’échange, la rencontre, l’Intersubjectivité en majuscule), ses usages pratiques dans les scénarios de déficit ou de problème de communication sont autres. Ils disqualifient souvent une dimension d’altérité, la confrontation organisée des points de vue et intérêts qui sont un élément clé du modèle démocratique. Si les politiques et décisions qui ne passent pas sont simplement celles qui sont mal expliquées, c’est que la question des intérêts sociaux qu’elles peuvent satisfaire, celle d’une vision de la justice qu’elles expriment sont sans pertinence : « There Is no alternative ! » ».

Éric Neveu,
in « Les nouveaux mots du pouvoir »,
Éd. Aden, Bruxelles, 2007, p. 121.

 

 « … l’usage du mot incommunicabilité, exprimant l’impossibilité de communiquer réellement entre personnes prisonnières d’une subjectivité radicale, est relativement récent. Le concept justifie un nombre croissant de divorces et a inspiré des œuvres littéraires dans lesquelles il n’y a rien à comprendre hormis la volonté d’illustrer l’impossibilité de se comprendre.
Pourtant, jamais encore l’animal humain n’a été aussi bavard : les autoroutes de la communication ne désemplissent pas. L’œil rivé à l’écran et le GSM implanté dans le conduit auditif, nous avons fait du silence un luxe ou un tabou, le signe évident d’une grave dépression (…)
Nous savons également qu’un décalage permanent subsiste entre ce que l’un dit et ce que l’autre entend, entre ce que chacun entend et ce qu’il écoute, entre ce que nous écoutons et ce que nous en retenons… »

Yves Thelen,
« Éveil à l’esprit philosophique »,
L’Harmattan, 2009, p. 144-145.

« La manière dont nous vivons aujourd’hui, en échangeant constamment des messages avec les personnes que nous aimons, avec nos collègues, avec des connaissances lointaines, s’apparente à une troublante télépathie assistée par les machines. C’est que désormais, on ne peut presque plus rien penser ni ressentir dans la solitude. Nos flux de conscience sont en permanence traversés, désorientés par des messages venus du dehors ; et nous-mêmes en émettons sans cesse. Elle est loin derrière nous, la chambre où Descartes s’était réfugié pour méditer auprès d’un poêle. Il faudrait dorénavant un effort de volonté inouï pour prolonger un tel isolement sur plusieurs jours ou plusieurs semaines, car celui-ci a contre lui les forces de la société et de l’Histoire coagulées. Notre destin est plutôt de penser à plusieurs, en immersion dans le bruit de fond formé par tous les signaux que nous envoient les autres. »

 Alexandre Lacroix,
« Ce qui nous relie »,
Allary Editions, 2015, p. 288-289.

Civilisation

(voir aussi Apocalypse)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Le premier homme qui lança une insulte plutôt qu’une pierre fonda la civilisation. »

Sigmund Freud (1856-1939)


« Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles.
Nous avions entendu parler de mondes disparus tout entiers, d’empires coulés à pic avec tous leurs hommes et tous leurs engins ; descendus au fond inexplorable des siècles avec leurs dieux et leurs lois, leurs académies et leurs sciences pures et appliquées, avec leurs grammaires, leurs dictionnaires, leurs classiques, leurs romantiques et leurs symbolistes, leurs critiques et les critiques de leurs critiques. Nous savions bien que toute la terre apparente est faite de cendres, que la cendre signifie quelque chose. Nous apercevions à travers l’épaisseur de l’histoire, les fantômes d’immenses navires qui furent chargés de richesse et d’esprit. Nous ne pouvions pas les compter. Mais ces naufrages, après tout, n’étaient pas notre affaire.
Élam, Ninive, Babylone étaient de beaux noms vagues, et la ruine totale de ces mondes avait aussi peu de signification pour nous que leur existence même. Mais France, Angleterre, Russie… ce seraient aussi de beaux noms. Lusitania aussi est un beau nom. Et nous voyons maintenant que l’abîme de l’histoire est assez grand pour tout le monde. Nous sentons qu’une civilisation a la même fragilité qu’une vie. Les circonstances qui enverraient les œuvres de Keats et celles de Baudelaire rejoindre les œuvres de Ménandre ne sont plus du tout inconcevables : elles sont dans les journaux. »

Paul Valéry, « La crise de l’esprit », Variété III (1919)
in « Europes de l’antiquité au XXe siècle », R. Laffont, 2000.

 

 « La civilisation occidentale moderne apparaît dans l’histoire comme une véritable anomalie : parmi toutes celles qui nous sont connues plus ou moins complètement, cette civilisation est la seule qui se soit développée dans un sens purement matériel, et ce développement monstrueux, dont le début coïncide avec ce qu’on est convenu d’appeler la Renaissance, a été accompagné, comme il devait l’être fatalement, d’une régression intellectuelle correspondante ; »

René Guénon, « Orient et Occident », Paris, Payot,‎ 1924 p. 8.

« Cette civilisation est telle que l’on a juste à être patient et elle s’autodétruira. »

Mahatmah Gandhi, « Hind Swaraj or Indian home rule »,
Navjivan publishing house, chap. VI.

 

« … si la masse orientale finit par être vraiment hostile aux Occidentaux, après les avoir longtemps regardés avec indifférence, qui en est responsable ? Est-ce cette élite qui, toute à la contemplation intellectuelle, se tient résolument à l’écart de l’agitation extérieure, ou ne sont-ce pas plutôt les Occidentaux eux-mêmes, qui ont fait tout ce qu’il fallait pour rendre leur présence odieuse et intolérable ? (…) quand la résistance à une invasion étrangère est le fait d’un peuple occidental, elle s’appelle « patriotisme » et est digne de toutes les éloges ; quand elle est le fait d’un peuple oriental, elle s’appelle « fanatisme » ou « xénophobie » et ne mérite plus que la haine et le mépris. D’ailleurs, n’est-ce pas au nom du « Droit », de la « Liberté », de la « Justice » et de la « Civilisation » que les Européens prétendent imposer partout leur domination, et interdire à tout homme de vivre et de penser autrement qu’eux-mêmes ne vivent et ne pensent ? (…) il n’y a plus guère en Occident que deux sortes de gens, assez peu intéressantes l’une et l’autre : les naïfs qui se laissent prendre à ces grands mots et qui croient à leur « mission civilisatrice », inconscients qu’ils sont de la barbarie matérialiste dans laquelle ils sont plongés, et les habiles qui exploitent cet état d’esprit pour la satisfaction de leurs instincts de violence et de cupidité. »

René Guénon, « La crise du monde moderne »,
Gallimard, 1946, folio essais, 2010, p. 180-181.

 

« Dans tout l’univers de la civilisation industrielle, la domination de l’homme par l’homme croît en étendue et en efficacité. Cette tendance n’apparaît pas comme un recul accidentel et passager sur le chemin du progrès. Les camps de concentration, les génocides, les guerres mondiales et les bombes atomiques ne sont pas des rechutes dans la barbarie, mais les résultats effrénés des conquêtes modernes de la technique et de la domination. L’asservissement et la destruction de l’homme par l’homme les plus efficaces s’installent au plus haut niveau de la civilisation, au moment où les réalisations matérielles et intellectuelles de l’humanité semblent permettre la création d’un monde réellement libre. »

Herbert Marcuse, « Éros et civilisation »,
Les Éditions de minuit, introd., 1963.

 

 « La civilisation est en grande partie fondée sur la couardise. Il est si simple de civiliser en apprenant à être lâche. Étouffez les critères qui conduiraient au courage. Limitez l’exercice de la volonté. Égalisez les appétits. Bouchez les horizons. Décrétez une loi pour chaque mouvement. Niez l’existence du chaos. Apprenez même aux enfants à respirer lentement. Domptez. »

Frank Herbert, « Les mémoires volés »
in « L’Empereur-Dieu de Dune »,
1981, p. 520.

 

 « Ce qui me surprend le plus chez l’homme occidental, c’est qu’il perd la santé pour gagner de l’argent, et il perd ensuite son argent pour récupérer la santé. À force de penser au futur, il ne vit pas au présent et ne vit donc ni le présent ni le futur. Il vit comme s’il ne devait jamais mourir, et il meurt comme s’il n’avait jamais vécu. »

Lhamo Dondump, Dalaï Lama

 

 

Chaos

(voir aussi Hasard et Déterminisme)

 Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

« Au commencement exista le Chaos, puis la Terre à la large poitrine, demeure toujours sûre de tous les Immortels qui habitent le faite de l’Olympe neigeux ; ensuite le sombre Tartare, placé sous les abîmes de la Terre immense ; enfin l’Amour, le plus beau des dieux, l’Amour, qui amollit les âmes et, s’emparant du cœur de toutes les divinités et de tous les hommes, triomphe de leur sage volonté. Du Chaos sortirent l’Érèbe et la Nuit obscure. L’Éther et le Jour naquirent de la Nuit, qui les conçut en s’unissant d’amour avec l’Érèbe… »

Hésiode, « La Théogonie », (VIII e s. av. J.-C.)

 

 « … nous comprenons un peu mieux comment l’organisation et la complexité ont pu émerger du chaos primordial. Entre les particules de la purée cosmique, des forces s’exercent qui vont façonner la matière dès que la température décroissante leur en donnera l’opportunité. Le hasard aura sa place dans ce jeu des forces, mais son rôle sera réinterprété (…)
Les collisions des noyaux dans les brasiers stellaires, les captures moléculaires dans l’océan primitif, l’impact des rayons cosmiques sur les gènes dans les cellules vivantes sont autant de phénomènes aléatoires qui engendrent en permanence du nouveau et de l’inédit. C’est par eux que la nature va trouver l’occasion de manifester ses fantastiques possibilités. Un univers sans hasard, une matière où tous les événements seraient déterminés n’offrirait au regard que grisaille et monotonie. »

Hubert Reeves,
« L’heure de s’enivrer, l’univers a-t-il un sens ? », Seuil, 1986, p. 210-211.

« L’univers paraît construit et réglé – avec une précision inimaginable – à partir de quelques grandes constantes (…) On doit assumer l’idée que dans tous les cas de figures différents du « miracle mathématique » sur lequel repose notre réalité, l’univers aurait présenté les caractères du chaos absolu : danse désordonnée d’atomes qui se coupleraient et se découpleraient l’instant d’après pour retomber, sans cesse, dans leurs tourbillons insensés. »

Jean Guitton, G. et I. Bogdanov,
« Dieu et la science », Grasset, 1991, p. 55-56.

«  La croissance économique, c’est l’augmentation de la production totale de l’ensemble des biens et des services, c’est-à-dire ce qu’on appelle le produit intérieur brut (PIB).
Que vous soyez de droite, de gauche ou d’ailleurs, vous ne pouvez pas vous soustraire à cette réalité. Définir une stratégie de croissance crédible est un impératif absolu pour pouvoir entraîner le pays sur le chemin d’une ambition collective [et éviter le chaos].
Sans croissance, aucun accompagnement social ne pourra sortir les banlieues de l’ornière car le chômage de masse continuera à obscurcir l’horizon de la jeunesse. »

Christian Blanc,
« La Croissance ou le Chaos », Odile Jacob, 2006, p. 22, 10-11.

« Le terme [l’effet papillon] viendrait du titre d’une conférence donnée en 1972 par Lorenz, un météorologue considéré comme un des redécouvreurs de la théorie du chaos (…) Par la suite, il a été confirmé que l’analyse scientifique de l’évolution imprévisible des systèmes météorologiques, qui empêche la vision de leur évolution à court terme (8 jours), attribuait plutôt ce fait à un comportement inhérent à ces systèmes, et non à la méconnaissance des conditions initiales. D’ailleurs il est aisé de voir que de tels systèmes, comme d’autres systèmes chaotiques, sont en fait caractérisés par l’émergence d’une stabilité à moyen et long terme (mois – années) et non d’un chaos de plus en plus grand… »

Stéphane Jourdan,
automatesintelligents.com/echanges/2007/aout/effetpapillon

« L’état d’équilibre du pendule est stable. En revanche, si nous réussissons à faire tenir un crayon sur sa pointe, 1’équilibre est instable. La moindre perturbation le fera tomber d’un côté ou de l’autre. I1 y a une distinction fondamentale entre les mouvements stables et instables. En bref, les systèmes dynamiques stables sont ceux ou de petites modifications des conditions initiales produisent de petits effets. Mais pour une classe très étendue de systèmes dynamiques, ces modifications s’amplifient au cours du temps. Les systèmes chaotiques sont un exemple extrême de systèmes instables car les trajectoires correspondant à des conditions initiales aussi proches que l’on veut divergent de manière exponentielle au cours du temps. On parle alors de « sensibilité aux conditions initiales » telle que 1’illustre la parabole bien connue de « 1’effet papillon » : le battement des ailes d’un papillon dans le bassin amazonien peut affecter le temps qu’il fera aux États-Unis. »

Ilya Prigogine, « La fin des certitudes », Odile Jacobs, 2009.

 

«  … le modèle de croissance à l’œuvre dans les pays développés depuis 1945 n’est plus soutenable, ne serait-ce qu’en raison des contraintes écologiques et énergétiques, et aussi de la montée en puissance économique du reste du monde (…) D’autant que de nombreux facteurs contribuent à refroidir la machine. Qu’il s’agisse du vieillissement démographique, de l’inefficacité croissante des systèmes d’éducation, de l’impact de la mondialisation sur le pouvoir d’achat, du coût de la lutte contre le réchauffement climatique ou de l’exigence du désendettement public et privé, sans oublier la montée des inégalités qui prive une majorité de la population des fruits de la croissance et gonfle l’excès d’épargne. »

Patrick Artus et Marie-Paule Virard,
« Croissance zéro, comment éviter le chaos ? »,
Fayard, 2015.

« … un système complexe vivant (écosystèmes, organismes, sociétés, économies, marchés, etc.) est constitué d’innombrables boucles de rétroaction entrelacées, qui maintiennent le système stable et relativement résilient. A l’approche d’un point de rupture, il suffit d’une petite perturbation, d’une goutte d’eau, pour que certaines boucles changent de nature et entraînent l’ensemble du système dans un chaos imprévisible et bien souvent irréversible. »

 P.Servigne, R. Stevens,
« Comment tout peut s’effondrer »,
Seuil, 2015, p. 251-252.

Causalité

(voir aussi Déterminisme et Expérience)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Toute chose se produit à partir d’une raison et en vertu d’une nécessité. »

Leucippe, (Diels, Frag.2.), V e s. av. J.-C.

« … les causes primordiales subsistent par elles-mêmes, car aucune créature ne s’interpose entre ces causes et l’unique cause de toutes les causes. Et tout en subsistant immuablement dans la cause première, les causes primordiales produisent les autres causes qui viennent hiérarchiquement après elles et qui se multiplient à l’infini jusqu’aux limites ultimes de toute la nature créée… »

Jean Scot Érigène (IX e s.), « Periphyseon », livre II, P.U.F, 1995.

« La puissance de l’homme est en raison de sa science, parce que c’est l’ignorance de la cause qui fait manquer l’effet. On ne commande à la nature qu’en lui obéissant, et ce qui dans la théorie est cause devient moyen dans la pratique. »

Francis Bacon, « Novum Organum », I, 1620.

 

 « La physique des quanta fait s’écrouler aussi les deux piliers de la science ancienne, la causalité et le déterminisme. Utiliser la notion de statistique et de probabilités amène à renoncer à l’idée que la nature puisse montrer une liaison inexorable de la cause à l’effet. »

Lincoln Barnett, « Einstein et l’univers », nrf, Gallimard, 1951, p. 45.   

« L’univers nous paraît intuitivement relever de la causalité, d’un enchaînement de causes et de conséquences, comme s’il s’agissait d’une horloge. En réalité, il n’en est rien. Depuis la mécanique quantique de Broglie, nous avons appris que nous vivons dans un univers de probabilités, un univers créatif, non mécaniste, et qui est en expansion. Cet univers est donc fondé sur des événements qui ont été guidés par certaines probabilités. Mais ces probabilités sont en général inégales : les probabilités deviennent des propensions, les phénomènes ayant tendance à s’orienter spontanément dans une seule direction. Donc Dieu joue bien aux dés avec le monde, mais les dés sont lestés : physique et métaphysique sont par conséquent indissociables. »

Karl Popper in Guy Sorman, « Les vrais penseurs de notre temps », Fayard, 1989, p. 329.

«  La rétrocausalité agit vers le passé, elle se propage de proche en proche, mais vers le passé. Je n’ai pas de doute que la non-localité [renoncer à décrire la nature en termes de « morceaux de réalité » bien localisés] de même que la relativité mettent à mal notre concept familier du temps, mais de là à imaginer une causalité inverse qui remonte le temps ! »

Nicolas Gisin, « L’impensable hasard – Non-localité, téléportation et autres merveilles quantiques »,
Odile Jacob, 2012, numérisation Nord Compo, p. 146.

« Pour concilier la mécanique de l’univers-bloc relativiste, qui rend nos vies éternellement figées, et la mécanique quantique qui les multiplie à l’infini, la théorie de la double causalité propose une solution acceptable pour notre condition humaine, qui consiste à faire évoluer l’espace-temps au sein d’un gigantesque cerveau virtuel qui traite toute son information de manière atemporelle en utilisant les systèmes afférents que sont les êtres vivants. Bien qu’elle puisse paraître fantastique et vertigineuse, cette proposition unifie la physique tout en lui rendant son déterminisme, fondement de la science. »

Philippe Guillemant, «Théorie de la double causalité», Éditions du Temps, n°2, mars 2014.

Aliénation

(voir aussi Cynisme)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

 

« … le concept d’aliénation devient problématique quand les individus s’identifient avec l’existence qui leur est imposée et qu’ils y trouvent réalisation et satisfaction. Cette identification n’est pas une illusion mais une réalité. Pourtant cette réalité n’est elle-même qu’un stade plus avancé de l’aliénation ; elle est devenue tout à fait objective ; le sujet aliéné est absorbé par son existence aliénée (…) Les produits endoctrinent et conditionnent ; ils façonnent une fausse conscience insensible à ce qu’elle a de faux. Et quand ces produits avantageux deviennent accessibles à un plus grand nombre d’individus dans des classes sociales plus nombreuses, les valeurs de la publicité créent une manière de vivre. C’est une manière de vivre meilleure qu’avant et, en tant que telle, elle se défend contre tout changement qualitatif.
Ainsi prennent forme la pensée et les comportements unidimensionnels. »

Herbert Marcuse, « L’homme unidimensionnel »,
Éd. de Minuit, 1968.

 

« L’individu élevé dans une atmosphère de négation de la vie et du sexe acquiert un plaisir-angoisse, terrain sur lequel l’individu se crée les idéologies qui nient la vie et qui deviennent les bases des dictatures. »

Noël Godin, « Jouir sans entraves »,
mensuel « Le Libertaire » n°7, Liège, 1969.


« L’aliéné, c’est celui qui se croit libre, libre dans ses désirs, ses achats, ses opinions, ses pensées intimes, sa culture ; et qui ne l’est pas, car les conditionnements psychiques – techniquement produits, consciemment ou inconsciemment sécrétés par le capital pour le maintien de sa puissance et l’expansion de ses débouchés – le déterminent tout entier, à son insu. On se croit libre entre telle ou telle option morale, et on ne l’est pas plus – ou ni plus ni moins – qu’entre telles ou telles marques concurrentes de lessive que le même trust fabrique, vous suggérant ainsi, par le pire des conditionnements, le sentiment de la liberté lui-même ! »

Maurice Clavel, « Qui est aliéné ? »,
Flammarion, 1970.

« … la rupture technique actuelle offre l’occasion historique de contester la « prétention totalitaire » de l’économie (Zarifian et Palloix), de remettre l’économie à « sa juste place : le service de l’homme » (Robin), de critiquer la  » raison économique » (Gorz), « d’inventer une autre manière de regarder » (Gaudin). Tous raisonnent en termes d’ »activité » incorporant la formation, l’épanouissement de soi, la solidarité, etc., et non plus le seul « travail productif » qui, de toute manière, ne peut qu’aller en diminuant (mille heures annuelles dans quinze ans au lieu de mille six cents actuellement et trois mille deux cents au début du siècle). Tous découplent absolument revenu et quantité de travail. Les échéances sont pour demain, ou presque… »

Bernard Cassen, « Les moyens de s’affranchir du travail aliéné »
in Le Monde diplomatique, mai 1989.

« Ils (les journalistes) manipulent même d’autant mieux, bien souvent, qu’ils sont eux-mêmes plus manipulés et plus inconscients de l’être. J’insiste sur ce point, tout en sachant que, malgré tout, ce que je dis sera perçu comme une critique ; réaction qui est aussi une manière de se défendre contre l’analyse. Je crois même que la dénonciation des scandales, des faits et des méfaits de tel ou tel présentateur, ou des salaires exorbitants de certains producteurs, peut contribuer à détourner de l’essentiel, dans la mesure où la corruption des personnes masque cette sorte de corruption structurelle (mais faut-il encore parler de corruption ?) qui s’exerce sur l’ensemble du jeu à travers des mécanismes tels que la concurrence pour les parts de marché…»

Pierre Bourdieu, « Sur la télévision »,
Liber-raisons d’agir, 1996.

 

 « On peut (à ce propos) se demander si l’une des fonctions essentielles des images publicitaires, plutôt que d’appâter le client potentiel, ce que l’on proclame, ne serait pas de conforter les clients effectifs dans les comportements d’achat qu’ils ont déjà réalisés, ce qu’on ne dit pas. Si on ne le dit pas, c’est soit qu’on l’ignore, soit qu’on feint de l’ignorer, parce que le dire reviendrait à s’avouer que la qualité des produits ne suffit pas à entretenir leur consommation et, par conséquent, qu’il faut nourrir d’images celui qui vient d’acheter un produit donné, pour des raisons non maîtrisées, afin qu’il persiste dans l’achat de ce produit. »

 Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois,

« Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens », PUG, 2002, p. 224-225.

 

« Pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible, c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible. »

Patrick Le Lay, « Les dirigeants face au changement »,
Éd. du Huitième jour, 2004.

« Quelles traces les spots de pub télé laissent-ils en mémoire ? Impact Mémoire, un cabinet conseil en efficacité publicitaire, a testé des films publicitaires sur 125 cobayes et mesuré l’impact de la répétition et du facteur temps dans la mémorisation des messages.
Selon ses dirigeants, Olivier Koenig (professeur en psychologie cognitive) et Bruno Poyet (publicitaire), il suffit d’exposer le téléspectateur à quatre diffusions hebdomadaires du spot pour que celui-ci laisse une trace forte dans son esprit : 57 % des personnes testées se souviennent du spot le lendemain, et 34 % s’en rappellent deux mois plus tard.
Le meilleur scénario de diffusion ? Exposer le consommateur trois jours de suite, laisser reposer trois jours et effectuer une piqûre de rappel le septième jour. »

Etienne Gless,
«  Le matraquage publicitaire à la télé paie dès la quatrième diffusion »,
lentreprise.lexpress.fr/ 2006.

« Cher client, bonjour et bienvenue au Cosmarché Gandhi. Souhaitez-vous bénéficier d’une remise de 3 % sur l’ensemble de vos achats ? C’est simple ! Ajustez sur vos yeux les lunettes Topvision qui se trouvent sous la poignée de votre Caddie® et le tour est joué ! En faisant ce simple geste, vous permettez à nos ordinateurs de suivre la trajectoire exacte de vos yeux sur nos rayons et de mesurer très précisément l’attraction de nos produits (…) Dans d’impeccables allées courbes, criblées de capteurs, des consommateurs, lunettes chaussées, le buste tassé sur le fauteuil dépliable de leur Caddie®, se laissent lentement rouler à travers le cosmarché (…)
– Excusez-moi monsieur, vous ne vous sentez pas aliéné ?
– Aliéné ? Pourquoi ? J’ai une tête de fou ?
– Je veux dire esclave de ce cosmarché, de ces pubs, manipulé par ce Caddie® qui vous dit… Enfin, vous vous sentez libre ?
– Pas vous ? Il y a le choix, non ? Regardez les abricoings par exemple : il y en a dix variétés ! Qu’est-ce que vous voulez de plus ?
– Vous ne vous sentez pas manipulé, téléguidé ?
– Par qui ? Par les pubs ? Je ne les écoute même pas. Je suis incapable de vous citer un seul produit qui soit passé sur cet écran ! Il y en a trop ! On prend ce qu’on connaît ! Et puis avec le Caddie®, on ne se fait plus avoir puisqu’il prend le moins cher si on lui demande, alors…
L’homme m’a demandé si j’étais incitateur pour une autre chaîne de supermarché et je l’ai remercié… »

Alain Damasio, « La zone du dehors »,
Gallimard, Folio science-fiction, 2007, p. 549-552.