Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…
« Tandis que le bateau est à l’arrêt, observez soigneusement des oiseaux voler à des vitesses égales dans toutes les directions de la cabine (…) si vous lancez quelque chose à votre ami, les distances étant égales, vous n’avez pas besoin de le lancer avec plus de force dans une direction que dans une autre, et si vous sautez à pieds joints, vous franchissez des distances égales dans toutes les directions (…) faites maintenant avancer le bateau à l’allure qui vous plaira : pour autant que la vitesse soit uniforme et qu’il n’oscille pas, vous ne constaterez pas le moindre changement dans les effets mentionnés et aucun d’eux ne vous permettra de dire si le bateau est en mouvement ou à l’arrêt (…) Le mouvement est mouvement et agit comme mouvement pour autant qu’il soit en rapport avec des choses qui en sont dépourvues ; mais pour toutes les choses qui y participent également, il n’agit pas, il est comme s’il n’était pas. »
Galilée,
« Dialogue sur les deux grands systèmes du Monde »,1632.
« Trois degrés d’élévation du pôle renversent toute la jurisprudence, un méridien décide de la vérité ; en peu d’années de possession, les lois fondamentales changent ; le droit a ses époques, l’entrée de Saturne au Lion nous marque l’origine d’un tel crime. Plaisante justice qu’une rivière borne ! Vérité au deçà des Pyrénées, erreur au-delà. »
Blaise Pascal, « Pensées », 1670, § 294.
« … si la Terre était en repos, le corps qui est en repos relatif dans le vaisseau aurait un mouvement vrai et absolu, dont la vitesse serait égale à celle qui emporte le vaisseau à la surface de la Terre, mais la Terre se mouvant dans l’espace, le mouvement vrai et absolu de ce corps est composé du mouvement vrai de la Terre dans l’espace immobile, et du mouvement relatif du vaisseau par rapport à la Terre. »
Isaac Newton, « Philosophiae Naturalis Principia Mathematica », 1687.
« … même si la mécanique classique ne fournit pas une base assez large pour la représentation théorique de tous les phénomènes physiques, il faut lui reconnaître une part importante de vérité, car elle explique avec une merveilleuse précision les mouvements réels des corps célestes. C’est pourquoi le principe de relativité doit aussi être valable avec une grande précision dans le domaine de la mécanique (…)
… tous les corps de référence K’ doivent être tout à fait équivalents à K pour la formulation des lois de la nature s’ils effectuent, relativement à K, un mouvement rectiligne, uniforme et exempt de rotation (…) C’est dans ce sens que nous parlons du principe de relativité restreinte (…) nous entendrons par « principe de relativité générale » l’affirmation suivante : tous les corps de référence, quel que soit leur état de mouvement, sont équivalents pour la description de la nature (…) cette formulation devra être remplacée plus tard par une autre plus abstraite [en effet] … dans les champs de gravitation il n’existe pas de corps rigides jouissant de propriétés euclidiennes ; la fiction de corps de référence rigide est, par conséquent, inutile dans la théorie de la relativité générale. La marche des horloges est également influencée par les champs de gravitation, de telle sorte qu’une définition physique directe du temps à l’aide d’horloges n’a pas du tout le même degré de précision que dans la théorie de la relativité restreinte. »
Albert Einstein,
« La théorie de la relativité restreinte et générale », 1916,
Dunod, Paris, 2012, p. 16, 70-71 et 116.
« La loi de la constance de la vitesse de la lumière dans l’espace vide, corroborée par le développement de l’électrodynamique et de l’optique, jointe à l’égalité de droit de tous les systèmes d’inertie [principe de la relativité restreinte] (…) a conduit tout d’abord à l’idée que la notion de temps devait être relative, puisque chaque système d’inertie devait avoir son temps propre. »
Albert Einstein, discours prononcé à Londres (1922)
« Nous éprouvons naturellement le caractère subjectif du temps qui passe. Qu’il nous faille attendre impatiemment, et le temps nous semblera long ; mais plus nous vieillissons, plus nous avons le sentiment que les années nous filent entre les doigts… Pourtant, nous postulons intuitivement qu’une heure est toujours une heure : quelles que soient les circonstances, si la vision d’un feuilleton filmé dure cent-vingt minutes, il nous apparaît évident que ce laps de temps s’écoulera semblablement pour tout un chacun s’installant devant l’écran, où qu’il se trouve. C’est que notre expérience de l’Univers est extrêmement réduite : nous subissons un champ de gravité relativement uniforme et la vitesse de nos déplacements est infime par rapport à la vitesse limite de la lumière. Nous sommes dès lors forcément très dubitatifs lorsque la théorie de la Relativité nous apprend que l’astronaute qui subirait des accélérations très élevées ou qui traverserait d’intenses champs gravitationnels vivrait un temps propre ralenti et, de retour sur Terre, découvrirait son frère jumeau plus âgé que lui. Leur montre respective aurait confirmé que la durée de chaque séance cinématographique est bien de cent-vingt minutes, mais le second aurait disposé d’un bien plus grand nombre de séances ! »
YvesThelen,
d’après « Éveil à l’esprit philosophique », L’Harmattan, 2009, p. 33-34.
« … avant la théorie de la relativité générale (1915), la physique fournissait une description non locale de la gravitation : si on déplace un caillou sur la Lune, notre poids sur Terre est immédiatement affecté ; on pourrait donc, en principe, communiquer instantanément à travers tout l’univers. Avec la théorie d’Einstein, la gravitation devient un phénomène qui, comme tous les autres phénomènes connus en 1917, se propage à vitesse finie [la vitesse de la lumière] de proche en proche (…) l’homme qui a rendu la physique locale se trouva environ dix ans après sa découverte à nouveau confronté à la non-localité [de la physique quantique]. (…) il est possible et même fréquent que deux objets éloignés l’un de l’autre ne forment, en réalité, qu’un seul objet ! C’est cela, l’intrication. Ainsi, si l’on touche l’un des deux, tous deux tressaillent. »
Nicolas Gisin,
« L’impensable hasard », Odile Jacob, 2012, num : Nord Compo, p. 76 et 70.