Vertu

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Ainsi donc, la vertu est une disposition à agir d’une façon délibérée, consistant en une médiété [juste milieu] relative à nous, laquelle est rationnellement déterminée et comme la déterminerait un homme prudent. Mais c’est une médiété entre deux vices, l’un par excès et l’autre par  défaut ; et c’est encore une médiété en ce que certains vices sont au-dessous et d’autres « au-dessus » du « ce qu’il faut » dans le domaine des affections aussi bien que des actions, tandis que la vertu, elle, découvre et choisit la position moyenne. »

Aristote,
« Éthique à Nicomaque »

 

« Lorsqu’il s’agit de ces jeunes gens qui sont portés à accomplir des actes vertueux, soit par une bonne disposition naturelle, soit par habitude, soit plutôt par la faveur divine, il suffit de la discipline paternelle qui procède par avertissements. Mais il y a de jeunes impudents, enclins au vice, et qui ne se laissent pas facilement émouvoir par des paroles ; il a fallu alors recourir à la force ou à la crainte pour les détourner du mal. Cessant en effet au moins par là de mal faire, et laissant les autres vivre tranquilles, ils se trouvent finalement conduits eux-mêmes, par l’habitude qu’ils ont prise, à faire volontairement ce dont ils s’acquittaient d’abord par crainte, et à devenir vertueux. »

Saint Thomas d’Aquin (XIII e s.),
« Somme théologique ».

 

 « La vertu n’irait pas si loin si la vanité ne lui tenait compagnie. »

« L’hypocrisie est un hommage que le vice rend à la vertu. »

François de La Rochefoucauld,
« Réflexions ou sentences et maximes morales », Paris, 1665.

 

« La jouissance de la vertu est toute intérieure et ne s’aperçoit que par celui qui la sent: mais tous les avantages du vice frappent les yeux d’autrui, et il n’y a que celui qui les a qui sache ce qu’ils lui coûtent. C’est peut-être là la clef des faux jugements des hommes sur les avantages du vice et sur ceux de la vertu. »

Jean-Jacques Rousseau,
« Les pensées de Jean-Jacques Rousseau »,
1764.


« Les vertus (telles que le zèle, l’obéissance, la chasteté, la piété, la justice) sont la plupart du temps préjudiciables à leurs détenteurs, en tant que des impulsions qui règnent entre eux avec une violence et une convoitise excessives, et qui ne veulent absolument pas que la raison les tienne en équilibre par rapport aux autres impulsions. Si tu as une vertu, une vertu réelle, entière (et pas simplement la velléité impulsive d’une vertu !) – tu es sa victime ! Mais c’est pourquoi aussi le voisin loue ta vertu ! »

Frédéric Nietzsche, « Le gai savoir », 1882.

 

 « Aujourd’hui, les petites gens sont les maîtres, tous prêchent la résignation, l’accommodation, et la prudence, et le labeur (…) Surmonter, je vous en prie, ô mes frères, ces petites vertus, ces petites astuces, ces scrupules gros comme un grain de sable, ce fourmillement de fourmis, cette misérable satisfaction de soi, ce bonheur du plus grand nombre. »

Frédéric Nietzsche,
« Ainsi parlait Zarathoustra », (1883)
Aubier, 1962, p. 553-555.

 

 « On peut faire du laid et du monstrueux avec n’importe quoi, y compris la vertu. »

Robert Escarpit, « Lettre ouverte au diable », Albin Michel, 1972, p. 75.