Vide

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« On façonne l’argile pour faire des vases, mais c’est du vide interne que dépend son usage. »

Lao-Tseu, (VI e s. av. J.-C.),
« Philosophes taoïstes »,
bibl. de la Pléiade, Gallimard, 1993.

 

 « L’univers est constitué de corps et de vide. S’il n’y avait pas ce qu’on appelle vide, espace ou nature impalpable, les corps n’auraient où se placer. Ils ne pourraient pas non plus se mouvoir, ce qu’ils semblent bien faire. Et il est tout à fait impossible de concevoir, par le concept ou d’une manière analogue, des substances existant en dehors de ces réalités, si ce n’est comme manifestations ou accidents de ces dernières. »

Épicure, (V e s. av. J.-C.)
« Lettre à Hérodote ».

 

« Takuan (Maître Zen du XVIIième s.) nous dit que la perfection de l’art de l’épée est que le cœur de l’épéiste n’est plus troublé par aucune pensée de moi ou de toi, de l’adversaire et de son épée, de sa propre épée et de la manière d’en user, par aucune pensée de vie ou de mort. « Ainsi, pour toi, il n’y a partout que vide-toi-même ; l’épée que tu as tirée, les bras qui la conduisent, mieux encore, même l’idée du vide a disparu.  » « D’un tel vide absolu naît le plus merveilleux épanouissement de l’acte pur », constate Takuan. »

Eugen Herrigel,
« Le Zen dans l’art chevaleresque du tir à l’arc »,
Dervy-Livres, Paris, 1970, p. 99.

 

 « Le vide quantique est, je crois, une merveilleuse facette de la Réalité, qui nous montre que nous ne devons pas nous arrêter aux « illusions » créées par notre propre échelle. Les quanta, les vibrations, qu’ils soient « réels » ou « virtuels », sont partout. Le vide est « plein » des vibrations. Il contient potentiellement toute la Réalité. L’Univers entier a peut-être été tiré du néant par une « gigantesque fluctuation du vide que nous connaissons aujourd’hui comme étant le big-bang ». »

Basarab Nicolescu,
« Nous, la particule et le monde »,
Le Mail, 1985, p. 75.

 

 

« Le plus haut degré de vacuité d’un espace vide ne correspond pas forcément à un état de néant absolu (…) l’espace vide tel qu’on l’entend généralement pourrait tout à fait être rempli d’un océan de champ de Higgs (vestige refroidi du big bang), responsable de beaucoup des propriétés des particules qui nous composent, nous et tout ce qu’il nous a jamais été donné de rencontrer. »

Brian Greene,
« La magie du cosmos », R. Laffont, 2005, p. 326 et 310.

« « Ce livre [celui que vous tenez, bien sûr] comble un vide fort nécessaire ». La plaisanterie fait son effet parce qu’on comprend en même temps les deux sens opposés. Soit dit en passant, je croyais à une boutade inventée, mais j’ai découvert à mon grand étonnement que cette formule avait bien été employée en toute innocence par des éditeurs ! »

Richard Dawkins,
« Pour en finir avec Dieu », Perrin, 2009, p. 439.

«Dans ce cadre [en physique quantique], point capital, il n’existe pas de différence fondamentale entre un état contenant de la matière et un état n’en contenant pas. Cela tient au fait que les objets fondamentaux de la physique quantique ne sont ni des corpuscules ni des ondes comme en physique classique, mais précisément les « champs quantiques » que nous venons d’évoquer, qui ont la propriété de s’étendre dans tout l’espace (…)
S’il n’y a plus de distinction formelle entre le vide et les autres états, il devient impossible de lui donner un statut réellement à part : il n’est plus un espace pur, encore moins un néant où rien ne se passe, mais un océan rempli de particules virtuelles capables, dans certaines circonstances, d’accéder à l’existence. Le vide apparaît ainsi comme l’état de base de la matière, celui qui contient sa potentialité d’existence et dont elle émerge sans jamais couper son cordon ombilical. La matière et le vide quantique sont de fait liés de façon insécable.»

Etienne Klein,
«Discours sur l’origine de l’Univers», Flammarion, 2010, p. 92-93.

Réalité

(voir aussi Vide)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Ce que la science peut atteindre, ce ne sont pas les choses elles-mêmes, comme le pensent les dogmatistes naïfs, ce sont seulement les rapports entre les choses ; en dehors de ces rapports, il n’y a pas de réalité connaissable. »

Henri Poincaré, « La science et l’hypothèse », intr., Flammarion, 1920.

 

 « … le chercheur croit certainement qu’à mesure que ses connaissances s’accroîtront, son image de la réalité deviendra de plus en plus simple et expliquera des domaines de plus en plus étendus de ses impressions sensibles. Il pourra aussi croire à l’existence d’une limite idéale de la connaissance que l’esprit humain peut atteindre. Il pourra appeler cette limite idéale la réalité objective. »

Albert Einstein et Léopold Infeld,
« L’Évolution des idées en physique », 1938.

 

 « Ma main se sent touchée aussi bien qu’elle touche. Réel veut dire cela, rien de plus. »

Paul Valéry (1871-1945)

« La question de savoir ce qu’est une table en réalité ne présente aucun sens. Il en va de même ainsi de toutes les notions physiques. L’ensemble du monde qui nous entoure ne constitue rien d’autre que la totalité des expériences que nous en avons. Sans elles, le monde extérieur n’a aucune signification. Toute question se rapportant au monde extérieur qui ne se fonde pas en quelque manière sur une expérience, une observation, est déclarée absurde et rejetée comme telle.»

Max Planck,
« L’image du monde dans la physique contemporaine », (1922), Gonthier-Médiations, 1963.

« …nous pouvons observer et voir ce qui se passe dans notre tête, et nous ne pouvons observer ni voir rien d’autre. Le ciel étoilé que nous fait connaître la sensation visuelle est en nous. Le ciel étoilé auquel nous croyons est inféré. »

Bertrand Russel
in P. Chambadal, « À la recherche de la réalité physique »,
librairie A. Blanchard, 1969, p. 252.

 

« Au niveau subatomique, la matière n’existe pas avec certitude à des places définies, mais manifeste plutôt une « tendance à exister », et les événements atomiques ne surviennent pas avec certitude, mais manifestent plutôt des « tendances à survenir ». Dans la formulation de la théorie quantique, ces tendances sont exprimées comme des probabilités et sont associées aux quantités mathématiques qui prennent la forme d’ondes. »

Fritjof Capra,
« Le Tao de la Physique », Éd. Sand, 1975, p. 70.

 

« Nous construisons le monde, alors que nous pensons le percevoir. Ce que nous appelons « réalité » (individuelle, sociale, idéologique) est une interprétation, construite par et à travers la communication. »

Paul Watzlawick
in « L’invention de la réalité », 1981.

« Le monde extérieur, dont nous connaissons tous la « réalité » de manière intuitive, nous apparaît ainsi comme une création du système nerveux. Il s’agit, en quelque sorte, d’un monde possible, d’un modèle permettant à l’organisme de gérer la masse d’informations qu’il reçoit, et de la rendre utile dans la vie quotidienne. Ainsi, il nous faut définir une sorte de « réalité biologique » comme la représentation du monde extérieur que le cerveau d’une espèce donnée parvient à construire. »

O. Dyens, citant Jesper Hoffmeyer et François Jacob,
« La condition inhumaine », Flammarion, 2008, p. 34.

 

« Cette nouvelle « physique de l’information » [la théorie de la double causalité] se justifie par le caractère contre intuitif de la réalité qui nous est dépeinte par la physique actuelle : un espace-temps courbe et élastique, un temps spatialisé, une matière essentiellement vibratoire que l’on ne distingue même plus de l’espace lui-même. Il devient dès lors presque impératif de soutenir l’idée somme toute très logique que notre réalité apparente ne soit finalement qu’une construction du cerveau et que la vraie réalité soit plutôt un vaste champ d’informations très différent de ce que l’on perçoit. »

Philippe Guillemant,
«Théorie de la double causalité», Éditions du Temps, n°2, mars 2014.

« … le tissu de notre monde physique, l’espace lui-même, est un objet purement mathématique au sens où seuls ses propriétés intrinsèques sont des propriétés mathématiques – des valeurs telles que le nombre de dimensions, la courbure et la topologie.
… toute la « substance » de notre monde physique est constituée de particules élémentaires, qui s’avèrent à leur tour être des objets purement mathématique (…)
Nous avons vu qu’il existe quelque chose d’incontestablement plus fondamental que notre espace tridimensionnel et les particules qui l’habitent : la fonction d’onde et la région de dimension infinie, appelée espace de Hilbert, dans laquelle elle évolue [et qui sont également] des objets purement mathématiques. »

 Max Tegmark,
« Notre univers mathématique – En quête de la nature ultime du Réel »,
Dunod, Poche, 2014.